Gonwi, livre II, chap. IV, p. 216 et suiv
2, Gopwix, livre IL, chap. VII, p. 268-269,
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Godwin conclut que, si la faculté d’accroissement existe, elle est du moins restreinte dans des limites très étroites : un doublement en un peu plus de cent ans. Et il attribue à ce résultat, puisque rien n’y vient contredire, une signification et une portée générales. Un doublement de l'espèce humaine en moins de cent ans n’est pas possible (1).
La contradiction apparaît icimanifeste avec la proposition de Malthus que, dans les pays neufs, spécialement aux États-Unis d'Amérique, la population a crû dans des proportions plus que géométriques. Cette opposition ne va-t-elle pas ruiner le principe que Godwin s'efforce d'établir ou tout au moins l’enfermer dans certaines limites ? En aucune façon. L'accroissement si rapide de la population aux États- Unis, répond Godwin, ne peut être l’effet du seul principe de procréation. Pour que la population par le seul effet de la procréation puisse augmenter du double tous les vingt-cinq ans, il faudrait admettre en moyenne huit naissances par mariage. Or, aux Etats-Unis, la fécondité de l’espèce humaine ne diffère pas absolument de ce qui a lieu dans les différents pays de l’Europe. Si l’on consulte en effet le cens de 1810, on constate que le nombre des habitants blancs libres au-dessous de seize ans, dans toute l’Union, s'élevait à 2.933.211 et que celui des
1, Gorwin, livre Il, chap. X, p. 323.
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habitants blancs libres au-dessus de seize ans était de 2.928.882. Si l’on se rappelle l’idée qui se dégage des statistiques de la Suède, à savoir que les femmes nubiles n’excèdent pas le cinquième de la population, et si après avoir tenu compte de ce que toutes ne se marient pas et que certaines demeurent stériles, on rapproche cette observation des chiffres concernant la population aux États-Unis, on constate que là encore il n’y a pas, en moyenne, plus de quatre enfants pour chaque femme capable de devenir mère. La puissance de l'instinct de reproduction est ainsi sensiblement la même que dans le reste du globe.
Que l’on considère maintenant le chiffre de la mortalité. Puisque les obstacles à l’accroissement de la population qui agissent dans les vieux pays font défaut, quelle est la proportion de la mortalité ? La mortalité est-elle plus faible ? Godwin ne le pense pas davantage : le nombre de ceux qui meurent de maladie reste sensiblement le mème. Dès lors une seule raison peut être donnée de l'accroissement si rapide de la population aux États-Unis : c’est l’émigration. De telle sorte que l'exception dont est parti Malthus pour édifier sa loi n’en est même pas une et que pas plus aux États-Unis que dans la vieille Europe, la population n’a tendance à s’accroître en progression géométrique par périodes de vingt-cinqans(1).
1, Gopwis, livre IV, chap. IX, p. 197.
Lot
Ainsi la population, dans les circonstances les plus favorables, a tendance à doubler en un peu plus de cent ans. Pourtant, dit Godwin, il ne semble pas que le globe soit plus peuplé aujourd’hui qu'il y a des milliers d'années. C’est donc que cet accroissement estcontinuellement contrecarré.Quiest-ce quientrave ainsi la population dans son développement ? Quelles sont les forces qui empêchent la population de s’accroître, même, dans une progression aussi lente ?
Malthus assure que la population est réprimée par l'effet du vice et de la misère, et il ajoute que cela dérive de la tendance constante des individus à s’accroître de tout temps et en tous lieux au delà des moyens de subsistance.
Il est bien certain qu'entre autres causes, le vice et la misère contribuent à entraver l’accroissement de la population. Mais faut-il faire dériver ces causes de la tendance constante de l’espèce humaine à s’accroître au delà des moyens de subsistance? Tel n’est pas l’avis de Godwin. Il imagine une contrée quelconque, capable de fournir les moyens de subsistance nécessaires à l'entretien de mille habitants, et il suppose que, dans cette contrée, la population, parvenue à ce chiffre de mille habitants, ait tendance à s’accroître encore. Elle se trouve alors arrêtée par le manque des moyens de subsistance : il y a pression de la population sur les moyens de subsistance.
Par l'effet des différents obstacles répressifs, le chif-
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fre des habitants est ramené à cinq cents. Puisque par hypothèse, ce pays est capable de nourrir le double d'habitants, il devrait s'effectuer un prompt repeuplement. Mais rien n’est moins certain, ei on ne trouve nulle part d'exemple où les choses se soient passées de la sorte. « Partout où la population commence à décroître, le mal ne cesse de faire des progrès. Dans de tels pays, on ne voit pas, comme cela devrait l'être, d’après les principes de l’Æssai sur la Population, un flux et un reflux périodiques du nombre des habitants, ou pour mieux dire, une sorte de ressort qui, aussitôt que la compression appliquée a été poussée jusqu'à un certain point, fait reprendre à la population toute son élasticité et sa force. Partout, au contraire, où la population éprouve un décroissement considérable, et longtemps prolongé, on ne verra jamais, je pense, le pays recouvrer son ancienne prospérité etsa population, à moins de devenir le siège de l'établissement d’une nouvelle race d'hommes qui aillent y fixer leur demeure (1) ». Ce qui entrave la population dans son développement, ainsi, ce n’est pas sa tendance à dépasser sans cesse ses moyens de subsistance. La population, dit Godwin, se montre comme un « principe intermittent », qui agit par intervalles et par saccades.
Si l’on étudie maintenant les causes de cette mar-