‹ Le Socialisme Et Le Principe De PopulationChapitre 9 sur 61 · Gopwix. Op, cit, livre IT, chap. I, p · texte numérisé non relu

Gopwix. Op, cit, livre IT, chap. I, p

che irrégulière, celles qui se présentent tout d'abord à l'esprit sont la guerre, les maladies pestilentielles et la famine. À côté de celles-là, Malthus en indique d'autres telles que les occupations malsaines, les traraux rudes, l'exposition à l’inclémence des saisons, l'extrème pauvreté, le peu de soin donné aux enfants en nourrice, les villes très populeuses, les excès de tout genre, en un mot le vice et la misère. Mais toutes ces causes, exception faite pour la guerre, la famine et la peste, sont obscures, et il en est d’autres plus puissantes : les conquêtes et le mauvais gouvernement. Après la conquête, en effet, l’envahisseur, dans les temps anciens, livrait les villes au pillage et à l'incendie, et massacrait la population entière sans même épargner les femmes et les enfants, à moins qu'il ne la réduisit en esclavage. Ilest vrai que dans les temps modernes, ces exterminations deviennent de plus en plus rares, et même ont presque disparu. Pourtant, ne voit-on pas les peuplades encore barbares, sans cesse refoulées par la civilisation croissante, cantonnées, comme c’est le faitaux États-Unis d'Amérique, dans certains districts disparaître peu à peu ? Maisc'est surtout dans le mauvais gouvernement, par les vexations et les contributions de toute sorte que le pouvoir impose à ses administrés et qui sont autant decauses de gêne et de ruine, que Godwin voit un obstacle à l'accroissement dela population.

Et, chose tout à fait digne de remarque, l’exemple

qu’il donne des effets d’un mauvais gouvernement, Godwin l’emprunte à Malthus.« La cause fondamentale de la faible population de la Turquie, comparée à l'étendue du territoire de cet empire, écrit celui-ci, est, sans contredit, dans la nature de son gouvernement (1).»

Telles sont les caüses, « non pas invisibles et mystérieuses », mais, au contraire, « bien apparentes, palpables, et consignées dans les pages de l’histoire du genre humain », qui arrêtent la population, et sans lesquelles, elle pourrait s’accroître, lentement, il est vrai, mais d’une manière régulière.

Ainsi donc, l’homme, considéré d’une manière absolue, possède la faculté d’accroître le nombre des individus de son espèce. Mais cette augmentation ne se produit pas telle que Malthus la présentait. La progression géométrique ne s’est jamais réalisée nulle part, l’accroissement ne s’est jamais élevé au double dans un siècle. Et encore, il ne semble pas que ce rapport se soitsoutenu et que la population générale du globe ait augmenté depuis les temps les plus reculés. « Et tant que les affaires humaines ne seront pas mieux conduites et sous de meilleurs auspices qu elles ne l’ont été jusqu’à présent, sous les gouvernements les mieux réglés, il n’y aura point d’ac-

croissement absolu dela population. »

1, Mazraus. Essai sur le principe de population. Trad. Prévost, p. 109,

RE D'ailleurs, en admettant même ce doublement de la population, y a-t-il lieu de concevoir quelque inquiétude en ce qui concerne l'avenir? Le terre pourrat-elle toujours suffire à la subsistance d’une population sans cesse croissante? Godwin ne méconnaît pas l’importance de la question, mais il se hâte d’affirmer qu’il ne saurait y avoir là un sujet d'alarme. Il s’en faut de beaucoup que tout le sol de notre planète soit déjà cultivé, d’immenses solitudes restent encore à défricher dans l’ancien comme dans le nouveau continent. Le fussent-elles, d’ailleurs, l’homme, dans les sociétés civilisées, ne peut jamais éprouver de difficulté pour se procurer de la nourriture. Les moyens que la terre offre pour se procurer de la subsistance n’ont point de limites définies et il est impossible de vouloir assigner au progrès des bornes infranchissables. Il est vraisemblable, on peut même affirmer que « la faculté d’accroissement progressif des hommes ne devancera jamais la faculté progressive de perfectionnement que l'esprit humain est susceptible de développer dans la production des moyens de subsistance (1). »

Telles sont les idées générales de Godwin, en ce qui touche la question de la population. Il convient,

dès maintenant, de faire les plus expresses réserves

1. Gopwix. Recherches sur la population. Trad. Constanci0, 1821, op. cit., 1. VI, chap. IX, p. 469,

sur l’impartialité et la justice de cet auteur. Dans les dernières pages de son Znquête sur la population, il dit, en effet : « Je suis convaincu que M. Malthus n'a écrit son premier petit volume in-8, qui parut en 1798, que comme un jeu d’esprit, une espèce de plaisanterie qui ne pouvait manquer de procurer à son auteur la réputation méritée d'homme d’esprit(1).» Selon lui, Malthus aurait dû éprouver une profonde stupéfaction quand il aurait vu l'accueil enthousiaste qui était fait à ses «spéculations », et c’est alors seulement qu'il aurait décidé d’établir sa loi sur des bases plus solides et, dans ce but, de refondre complètement son ouvrage. Nous ne croyons pas que tel ait été le dessein de Malthus. Nous avons esquissé antérieurement l’état des esprits en Angleterre à la fin du dix-huitième siècle et nous avons montré quel but, politique tout d’abord, en 1798, puis scientifique en 1803, s'était proposé Malthus, quand il avait énoncé son fameux principe de population.

Du reste un reproche beaucoup plus grave est à faire à Godwin. Il est bien certain que, sous sa forme primitive, lathéorie de Malthus avait un caractère fataliste et pessimiste qu'il était difficile de contester. Si la population, en se développant en raison

géomètrique, tend constamment à dépasser les

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