SÉANCE PLÉNIÈRE DE LA DEUXIEME JOURNÉE
C'est M. Jooris, président de l'Union des Syndicats indépendants de Lille, qui préside cette réunion.
Les débats furent assez importants pour que leur compte rendu sténographique prenne utilement sa place ici ; il sera plus intéressant que la reconstruction faite avec des documents résumés.
M. JooRis, président. — Messieurs, je vous remercie du grand honneur que vous m'avez fait en me choisissant, parmi tant d'autres plus dignes, comme président de cette seconde séance plénière, bien que je ne sois pas affilié à la Fédération. J'accepte avec le plus grand plaisir et je vous promets d'apporter dans l'exercice de mes fonctions éphémères la plus grande impartialité. [Applaudissements.)
La parole est à M. Biétry.
M. Pierre Biétry. — Mesdames et mes chers Camarades, — vous me permettrez bien d'employer cette expression, puisqu'il n'y a ici que des congressistes qui vont collaborer à une même œuvre, — je crois qu'il convient avant tout, pour éviter que la confusion et le trouble ne se mettent dans nos travaux, de résumer en quelques mots ce que nous attendons de vous, ce que nous estimons utile à la bonne marche de nos études et à la prise des résolutions pratiques auxquelles nous devrons nous arrêter.
Je pense qu'il serait bon, ne fût-ce que pour donner aux rapporteurs des différentes Commissions particulières, dont les travaux viennent à peine de se terminer, le temps matériel de rédiger leur rapport, avant de le présenter à l'Assemblée plénière, je crois, dis-je, qu'il serait bon que nous commencions immédiatement l'étude du problème qui nous préoccupe par-dessus tout et qui constitue l'ensemble de la question sociale, puisqu'il est, si l'on peut dire, le véhicule de toutes nos revendications : je veux parler de la participation et de
l'accession à la propriété. C'est bien là en effet qu'est le problème.
Si, comme nous l'espérons, vous jugez nécessaire que cette question si importante soit tranchée tout de suite, la discussion générale pourrait s'engager immé- . diatement. {Assentiment.)
Je vous demande, puisque, dans cette réunion, les ouvriers sont en immense majorité, de laisser la parole, par courtoisie, d'abord à un patron ; après ce premier orateur, un ouvrier prendra la parole, puis alternativement un patron et un ouvrier.
Ceci fait et la question primordiale étant ainsi tranchée, nous verrons beaucoup plus clair dans celles qui nous seront soumises ensuite, et nous pourrons discuter en toute connaissance et avec beaucoup de fruit les divers rapports qui nous seront présentés demain. {Applaudissements.)
Le Président. — La parole est à M. Japy.
M. Japy. — Messieurs, j'abuserai le moins possible de vos instants et je tâcherai de vous exposer aussi rapidement que possible ce que je considère être la situation actuelle delà France. Nous devrions, dans ce Congrès, ne traiter que des questions économiques; trop est malheureusement, la religion et la politique sont, à l'heure actuelle, tellement enchevêtrées dans les autres questions, qu'il est impossible d'étudier les unes sans tout au moins effleurer les autres. Gardez-vous bien de croire que je viens vous faire un prêche : je suis loin d'être clérical, je suis même malheureusement un fort mauvais chrétien ; néanmoins, je vais être obligé, à l'appui de mes paroles, de faire quelques emprunts aux Ecritures saintes ; ils seront d'ailleurs très brefs et peu nombreux. Je tiens en effet à vous montrer que
l'idée socialiste, l'idée collectiviste n'est pas du tout une idée nouvelle.