‹ Le socialisme et les jaunesChapitre 115 sur 143 · LE COLLECTIVISME EST UNE VIEILLERIE · texte numérisé non relu

LE COLLECTIVISME EST UNE VIEILLERIE

Il ne fait doute pour personne que beaucoup d'ouvriers n'ont adhéré aux théories que nous combattons que parce qu'on les leur a présentées comme un évangile nouveau. Or, c'est justement par quelques phrases très courtes, tirées de l'Evangile, le vrai celui-là, que je prétends vous démontrer que l'idée du socialisme et du collectivisme est loin d'être nouvelle et que si, dans la Bible, on trouve très nettement formulé le principe supérieur de l'humanité, en vertu duquel chaque homme est ou doit être un citoyen libre, on y trouve aussi, non moins clairement indiquée, l'idée du collectivisme. C'est, qu'ils le veuillent ou non, dans le Nouveau Testament que les collectivistes modernes ont été prendre toutes leurs idées... Je vais vous le prouver.

Voici ce que disait saint Pierre dans les Actes des Apôtres, et j'appelle particulièrement votre attention sur ce passage, qui est, en résumé, toute la doctrine collectiviste : « ... Car il n'est personne parmi eux qui fût dans l'indigence, parce que tous ceux qui possédaient des fonds, des terres, des maisons, des biens, les vendaient et apportaient le prix de ce qu'ils avaient vendu et le mettaient aux pieds des apôtres pour que ceux-ci le distribuent à chacun suivant ses besoins. »

C'est bien là, n'est-ce pas, ce que disent actuellement les apôtres du collectivisme, M. Jaurès et consorts; ils disent : « Donnez-nous tous les biens de la France, et nous les distribuerons à chacun selon ses besoins. »

La théorie, vous le voyez, n'est pas nouvelle, elle ne date que de deux mille ans. [Rires et applaudissements.)

Ce qu'il y a de plus joli, c'est qu'il y a deux mille ans, il y avait déjà de faux frères, des « carottiers ». Un certain Anyas, pour obéir aux prescriptions des apôtres, avait vendu ses biens ; cela fait, il avait pensé qu'au lieu de remettre tout le prix qu'il en avait tiré il ferait mieux d'en distraire une petite somme et de la garder pour lui. Mais, quand il apporta à saint Pierre le soi-disant produit de la vente de ses biens, le saint lui dit : « Tu n'as pas tout donné. » Anyas s'en défendit, puis finit par avouer, et l'Evangile nous dit qu'il mourut de confusion.

Vous voyez bien que l'idée socialiste est vieille comme le monde. Dans la Bible, l'erreur du collectivisme ne réside pas ; au surplus, il y a des idées saines, celle qui élève l'homme, celle qui a permis à la femme dans les pays de religion chrétienne de prendre la place qu'elle doit avoir au foyer familial, tandis que dans les pays de religion mahométane ou bouddhiste, elle est restée ce qu'elle était il y a des siècles, une esclave. C'est la Bible qui a amené chaque homme au droit de propriété.

A côté de ces idées saines et justes que l'on trouve dans la Bible, il y a celles émises par saint Paul. Saint Paul était un Juif, ne l'oubliez pas ; il était imbu ridées non chrétiennes, et c'est à lui que nous devons nirtout ridée, le principe du collectivisme. Les gens jui de nos jours ont tenté d'acclimater ces théories dans lûs pays, comme une nouveauté, ont tout simplement ité les prendre dans les Écritures saintes; malheueusement, ils n'ont pris de l'Evangile que les idées

les plus vieilles, les idées sémites du collectivisme.

Je n'ai pas l'intention, je l'ai dit et je le répète, de faire un prêche, je voulais seulement vous montrer que la doctrine collectiviste est vieille comme le monde : elle n'a jamais réussi, pas plus en Chine, où d'ardents propagateurs s'en firent les apôtres, qu'en Europe où Jean de Leyde tenta de profiter du schisme des anabaptistes pour l'implanter. Jamais le but poursuivi ne fut atteint, parce qu'il y eut toujours des carottiers, des Anyas, et qu'il y en aura toujours. La doctrine collectiviste serait parfaite, serait l'idéal, si nous étions tous des saints. Mais je dis que parmi nous — et je ne crois faire de tort à aucun de nous — il n'y a pas beaucoup de saints. {Rires et applaudissements.) Je crois donc que nous devons condamner la théorie du collectivisme. Elle est d'ailleurs condamnée par l'expérience.

L'évolution de l'humanité ne s'est pas du tout faite dans le sens du collectivisme; elle a toujours tendu au contraire vers la propriété individuelle. Dans l'his-lj toire des temps les plus reculés, dans la Bible, nous' voyons le patriarche tout-puissant garder jusqu'à sa mort tous ses biens. Plus tard, le prince, le roi est maître absolu de ses terres. Dans les tribus arabes, la propriété individuelle n'existe pas ; c'est à la tribu qu'appartient la terre. En Russie même, de nos jours, il y a certaines régions où la propriété individuelle n'existe pas; c'est la commune qui possède, sous le nom de MiV, l'ensemble des terrains compris dans sos limites; tous les trois ans, un tirage au sort répartit entre les habitants les terres à cultiver. Ainsi donc, nous voyons, à l'origine des civilisations, une propriété collectiviste organisée ; mais l'idée collectiviste est si contraire à l'évolution de l'humanité qu'au fur et à me-

sure que la civilisation se raffine, la propriété collectiviste tend à disparaître pour faire place à la propriété particulière, à la propriété individuelle ; l'expérience nous montre qu'à cet égard c'est l'aboutissement de l'évolution humaine. On nous objecte que le machinisme est venu bouleverser cette évolution. A cette assertion je répondrai : Non, l'évolution de l'humanité n'est bouleversée par rien; elle peut être troublée temporairement par des incidents, elle ne peut être bouleversée. Prenons une comparaison : un astronome, étudiant la marche d'une planète ou d'une étoile, s'aperçoit un beau jour que cette marche subit une certaine déviation : pas un instant, il ne songe à dire que les lois de Kepler sont fausses, mais il se dit que le dérangement qu'il a relevé est dû à la présence insolite d'une comète, d'une planète : il cherche et il trouve l'élément perturbateur. Les lois qui régissent l'univers sont immuables, et ce que nous sommes convenus d'appeler des bouleversements dans la vie des peuples ou de l'humanité ne sont que des incidents passagers dont il convient certes de chercher la solution, mais une solution appropriée au fait et au moment, non une solution qui ait la prétention de clore toutes les autres questions plus ou moins connexes. Ne nous y trompons pas, en effet, Messieurs, il n'y a pas de solution à la question sociale, parce qu'il n'y a pas une question sociale; il y en a une quantité qui n'ont pas de solution, parce que, si elles en avaient une, ce serait le paradis sur terre. {Ajjplaudissements.) Or, tant qu'il y aura deux hommes ensemble sur terre, il n'y aura pas de paradis. {Rires et nouveaux applaudissements.)

244 LE SOaALISME ET LES JAUNES

IL n'y a pas qu'une question sociale

Nous devons donc ôter au peuple cette idée, idée simpliste, qui l'a toujours séduit, qu'il existe une question sociale et par conséquent une solution à cette question sociale, solution, disent les socialistes, qu'il n'est pas impossible de trouver. Il faut lui ôter cette idée pour qu'il ne soit pas plus longtemps abusé par des théoriciens plus ou moins convaincus eux-mêmes. Il faut pénétrer le peuple de cette idée : la question sociale se compose de problèmes multiples et variés, qui tous demandent une étude spéciale, et qu'enfin la marche fatale de l'humanité est dirigée vers la liberté individuelle, vens la propriété individuelle.

Messieurs, c'est pour tenter de poser la formule de quelques-uns de ces problèmes et d'essayer de trouver des améliorations à la condition des travailleurs, que nous sommes réunis en ce Congrès. ( Vifs a'pplaudissemenis.)

Page 1