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LA GRÈVE ET LA REVOLUTION ORGANISÉES AUX FRAIS DES CONTRIBUAULES

« C'est ainsi qu'à Paris la Bourse du Travail du Château-d'Eau, dite officielle, touche à elle seule des subventions diverses qui se chiffrent en moyenne à 400.000 francs par an.

11 y a mieux encore. Ladite Bourse du Travail officielle, non contente de grouper et de nourrir la Confédération générale du Travail et des Unions de syndicats divers, abrite en même temps la Fédération des Bourses du Travail; celle-ci, comme la Confédération générale du Travail d'ailleurs, est dirigée par des énergumènes qui organisent ouvertement, avec notre argent, l'émeute dans la rue, la ruine des usines et le chambardement de la patrie. Ils ne sont pas des Rouges ! mais des anarchistes militants, les Greffulhe, lesYvetot, les Pouget, ancien rédacteur du Père Peinard^ les Latapie et autres Lévy. [Sensation.) Ce Comité de la Fédération des Bourses du Travail est en même temps Comité de la grève générale, et c'est lui qui publie le Bulletin mensuel de la grève générale ; c'est lui encore qui fait publier le Manuel du soldat, dans lequel on engage nos jeunes conscrits à déserter. Ces gens-là ' sont dans leur rôle, puisqu'ils sont anarchistes. Soit! Mais vous ne savez pas tout. Vous ignorez que la Fédération des Bourses du Travail reçoit directement de l'Etat une subvention annuelle de 10.000 francs, de sorte que c'est avec votre argent, à vous patriotes, que l'on publie le Manuel du soldat et le Bulletin de la grève générale. [Mouvement.)

Toute l'organisation rouge est basée sur le mémo principe. »

Ce discours se terminait par un examen approfondi des responsabilités, en particulier du rôle des intellectuels de tous les partis, qui avaient contribué à acclimater le socialisme dans la classe ouvrière ; puis, venaient le développement du programme des « J aunes » , les résultats obtenus et, enfin, un nouvel appel au pays.

Entre temps et dans les occasions urgentes, la Fédération des « Jaunes » publia des manifestes retentissants, qui furent placardés en immenses affiches, tant à Paris qu'en province.

Nous en donnons quelques types à titre documentaire.

Travailleurs!! Frères!!

Les Jaunes méprisent les agitateurs et les fainéants.

Les Jaunes veulent le travail pour tous.

Les Jaunes demandent la propriété des outils.

Les Jaunes revendiquent les profits de leur travail.

Travailleurs, levons-nous, pour combattre l'ennemi qui ne veut point reconnaître ces droits.

L'ennemi, c'est le socialisme ! doctrine esclavagiste.

Pourquoi souffres-tu, mon frère l'ouvrier ? parce que tu ne possèdes rien.

Soulève-toi contre les socialistes qui prétendent te faire signer une renonciation définitive à la propriété.

Travailleurs !! Depuis les débuts de l'humanité, les hommes qui ne possèdent rien ont lutté pour conquérir quelque chose. Les esclaves se sont révoltés contre leurs maîtres, les serfs contre les féodaux, les sujets

contre les États, chaque fois que le droit de propriété îeur fut contesté.

Ce qui distingue l'esclave de l'homme libre, c'est que l'esclave ne possède rien, ne se possède pas soimême, n'est pas le propriétaire de son outil, ni le bénéficiaire de son labeur.

Eh bien ! camarade, écoute laraison de nos angoisses.

Le socialisme dont les chefs se sont tous enrichis, le socialisme qui prêche des utopies vieilles comme le monde, n'est pas une nouveauté scientifique.

Le socialisme est l'attentat le plus cynique que les capitalistes et les politiciens aient jamais dirigé contre l'émancipation des prolétaires.

Frère, écoute les Jaunes :

Les créateurs de la richesse sont d'abord les inventeurs, les vrais savants, les ingénieurs, puis les citoyens qui ont su économiser et qui développent l'activité et la richesse humaine en risquant leur capital dans l'industrie, le commerce, l'agriculture.

Ouvrier français, ne brise pas tes instruments de travail en suivant les conseils de faux intellectuels qui veulent te diriger ; ne détruis pas ton usine, ce serait folie.

Ton devoir est de chercher à acquérir ta part légitime des outils communs qui sont l'Industrie.

Travailleurs,

Nous sommes des milliers et des milliers prêts à la bataille, contre ceux qui veulent nous réduire au collectivisme, au communisme, à l'étatisme, contre ceux ; qui veulent nous mettre en régie.

Ouvrier rouge, les Jaunes sont tes frères; ils veulent travailler avec toi à l'émancipation commune ; ne mérite pas leur mépris en restant dans le troupeau des esclaves collectivistes.

Camarade,

Si tu veux être ton maître, si tu veux devenir libre par l'accession à la propriété dans une société libre, ■ viens avec les Jaunes.

L'heure sonne pour les conquêtes prolétariennes.

La paix, l'union doivent exister entre les trois facteurs de toute production:

1° L'intelligence scientifique et directrice ;

2" Le travail manuel ;

3° Le capital.

L'accord se fera entre ces trois facteurs par la participation légitime des travailleurs au capital.

Ouvrier français ! Les meneurs socialistes te dupent, ils méprisent le travail manuel. Or, le travail est noble, ne l'oublie pas, et ceux qui ne travaillent pas sont ces meneurs socialistes au service de l'usure, de la spéculation et du pouvoir.

Ouvrier français ! Les chefs révolutionnaires sont presque tous millionnaires, ils t'ont écrasé d'impôta et n'ont rien fait pour te faire vivre à bon marché. El, ils se servent de toi et ne te servent jamais ! Apprends, camarade, à résister à la tyrannie de la bande des faux intellectuels que tu entretiens par les impôts.

L'effort de tous les hommes libres de tous les pays, s'il est dirigé vers la paix et le développement de la propriété individuelle, de l'agriculture, du commerce, de l'industrie, fera cesser le chômage dont tu souffres.

L'union des travailleurs décidés à défendre eux-

mêmes leurs intérêts et leur travail mettra fin aux entreprises guerrières et aux louches spéculations des socialistes millionnaires.

Enfin, Camarade, lis le programme des Jaunes, programme de vraie liberté, de vrai progrès, de vraie émancipation. Compare le programme rouge des socialistes, théorie de néant, d'esclavage, d'exploitation du peuple par des bourgeois politiciens.

Lis nos brochures et nos journaux. Après cette étude, tu viendras grossir notre armée.

Allons, travailleur, crie avec nous : « Vivent les Jaunes ! Vivent les hommes libres dans la nation pacifiée ! »

Le Comité exécutif de la Fédération

NATIONALE DES JauNES DE FrANCB AUTRE MANIFESTE

A TOUS LES Français! Aux Jaunes I

Comme suite aux décisions de notre Congrès national, corporatif et social, qui tint ses assises les 48, 19 et 20 novembre dernier, salle des Agriculteurs de France, 8, rue d'Athènes, le Comité exécutif de la Fe'de'ration nationale des Jaunes de France a travaillé au remaniement de ses statuts et à élargir, en le précisant, notre programme social.

Le mouvement social jaune a pour but de préparer et de réaliser la renaissance nationale en créant la réconciliation des classes sur un programme de justice sociale.

Nous voulons faire régner l'accord entre le capital et le travail, ressusciter nos industries, relever notre commerce, notre agriculture et notre marine. Les Syndicats ouvriers, syndicats patronaux, d'agriculteurs et

d'ouvriers agricoles, de marins, etc., etc., réunis et fé- ' dérés, d'abord par corporations, régions et métiers, ensuite nationalement, sont les cadres de cette organisation puissante.

Blâmant les méthodes jusqu'ici employées et qui excluent les capacités des organismes vitaux du pays, nous avons résolu de faire appel à des personnalités éminentes de la classe ouvrière, du patronat, de l'agriculture et du commerce. Nous avons aussi sollicité et obtenu les concours désirés pour les questions plus spéciales de l'instruction publique, de la marine et de l'armée, qui sont des organes essentiels de notre vie nationale.

C'est de concert avec ces forces nouvelles que l'ancienne direction du mouvement jaune a rédigé l'appel ci-dessous, qui donne l'expression définitive de nos déclarations aux travailleurs et à la France.

Nous vous prions de vouloir bien contribuer à fixer avec nous, sur des bases durables et solides, l'avenir de la Fédération nationale et du Parti des Jaunes de France^ dont les doctrines et la vitalité se sont aflirmées avec tant d'éclat lors de notre récent Congrès des 18, 19 et 20 novembre 1904.

Nous vous rappelons qu'au cours de ces journées désormais historiques, où de simples travailleurs manuels ont étonné ceux qui les ont écoutés, par leur sagesse, par leur entente profonde des problèmes sociaux, par la sérénité et la clarté de leurs débats et de leurs décisions, dans cette assemblée de travailleurs,

le socialisme actuel et le collectivisme ont été définitivement rejetés et condamnés, comme des doctrines rétrogrades, allant à rencontre de la civilisation et qui tendent à ramener le monde à la servitude primitive.

Nous vous rappelons qu'il a été reconnu dans ce Congrès que l'aboutissement unique et fatal de toutes ces doctrines esclavagistes était le socialisme municipal ou le socialisme d'État, c'est-à-dire l'Etat-Roi et maître de tout, réglant sans appel par ses préfets, ses tribunaux, ses fonctionnaires, le sort de chacun, lui distribuant le salaire et la nourriture et pouvant, au gré de sa tyrannie, le priver de l'un et de l'autre et le tenir ainsi toujours à sa merci.

Nous devons combattre le socialisme avec d'autant plus d'esprit de suite que la pente des choses nous y mène toute seule; qu'il est dans la nature des Etats de tout tirer à eux et d'augmenter leurs moyens de pression et leurs monopoles. Les Jaunes doivent combattre les mises en régie et les confiscations et multiplier, autour d'eux, les groupements, les associations, qui peuvent faire contrepoids à la toute-puissance de l'État et des municipalités.

Les Jaunes ont pour dogme économique et social : la liberté par la propriété individuelle. Un homme qui ne possède rien n'est pas un homme libre, car, attendant tout d'autrui, il est contraint, s'il veut vivre et manger, à une soumission éternelle. On lui dispute jusqu'au droit de penser, tandis qu'une propriété, si petite qu^elle soit, lui assure le moyen de résister.

Le citoyen est celui qui possède; il ne peut s'intéresser à sa ville et à son pays que s'il y a quelque chose à défendre.

Les Jaunes ont donc décidé de diriger tous leurs efforts vers la conquête par l'ouvrier de la propriété individuelle.

ils ont décidé de travailler à la transformation du salariat en contrat d'association et proposent que, chaque fois que c'est possible, l'ouvrier devienne associé, c'est-à-dire co-propriétaire de l'entreprise...

L'expériencedémontretouslesjoursque,partoutoùce système est appliqué, les conflits cessent et que la prospérité et la paix succèdent aux difficultés.

hes Jaunes forment une Fédération qui n'est pas seulement composée d'ouvriers, mais de patrons et, en général, de toutes les personnes qui adhèrent à leur programme, pour la réalisation duquel ils comptent, non sur les Pouvoirs publics, mais sur leur activité personnelle, sur la force de leur union et sur la logique de leurs revendications.

Ils considèrent aussi que quiconque travaille et produit augmente la richesse publique et, par conséquent, le bien-être individuel, et regardent comme des fous ceux qui croient que les patrons sont des ennemis nés.

Ouvriers et patrons sont des travailleurs ; ils ont des intérêts communs, s'ils en ont de différents. Ils doivent s'entendre, tout en gardant chacun leur indépendance et leur autonomie.

Nous ne faisons pas de politique en ce sens que notre parti n'a pas d'opinion particulière à émettre sur des questions d'ordre purement idéologique et religieux. Mais les travailleurs doivent diriger la vie économique et sociale du pays et non pas se laisser diriger par ceux qui ne produisent pas.

Les travailleurs doivent tous s'unir pour perfection-

ner la République en augmentant l'initiative des citoyens et la part qu'ils doivent prendre à l'amélioration des intérêts du pays.

Les travailleurs français n'étant pas organisés en corporations professionnelles, puisqu'un travailleur à peine sur 75 fait partie d'un syndicat, il résulte de cette situation que le monde du travail en France ne peut soutenir ses intérêts professionnels d'une façon sérieuse.

En outre, la plupart des syndicats ouvriers actuels non indépendants, au lieu de s'occuper des intérêts de leurs industries, font de la politique, agitent le pays, s'occupent de questions absolument étrangères au travail national, parce qu'ils sont dirigés non par des travailleurs, mais par des ambitieux se servant de ceux qui peinent pour satisfaire leurs seules cupidités personnelles.

Cet état de choses est des plus périlleux pour les ouvriers qui sont écrasés d'impôts et qui ne s'habituent pas à se défendre eux-mêmes. Grâce à cet émiettement des citoyens, quelques politiciens mènent seuls tout le pays, font augmenter les dépenses de la nation par un accroissement constant du nombre des fonctionnaires.

Le travail national ne peut se développer, enrichissant les ouvriers, que si les impôts pèsent le moins lourdement possible sur notre pays.

Il est donc nécessaire que le monde du travail, qui constitue l'immense majorité des Français, se groupe dans le but d'arrêter l'augmentation constante du nombre des fonctionnaires et du traitement trop élevé de beaucoup d'entre eux, cause de l'accroissement constant des impôts et de la dette nationale.

Les impôts directs et indirects sont le produit des pouvoirs publics et des politiciens, mais ils intéressent au plus haut degré tous les citoyens. Les travailleurs en particulier et le monde du travail en général doivent donc être appelés à se prononcer sur les systèmes fiscaux.

Depuis la Révolution, la France va de l'anarchie à la tyrannie, parce que la nation n'est pas organisée et que la vraie République n'existe pas dans notre patrie. Les impôts augmentent, parce que les travailleurs ne sont pas unis en des corporations puissantes.

L'assistance, la solidarité doivent surtout s'organiser en dehors de l'Etat, qui, lui, ne peut faire produire des intérêts aux capitaux qui lui sont confiés. L'assistance faite par l'État prend au peuple des sommes colossales et ne donne aucun résultat, parce que les fonctionnaires absorbent inutilement une part considérable des sommes prises aux travailleurs.

Si les travailleurs veulent progresser, voir leur situation s'améliorer; s'ils veulent vivre à bon marché, ils doivent s'unir pour imposer leur volonté à l'Etat ; ils sont le nombre, la force et le droit. Ils n'ont qu'à vouloir.

Que, donc, tous les vrais ouvriers cessent de se laisser tromper par les rêves des collectivistes, qui les conduiront à l'esclavage et à la misère, et s'unissent pour former la Fédération nationale des Jaunes de France. C'est pour arriver à ce résultat que nous demandons à tous les citoyens à l'esprit libre et indépendant, à tous ceux qui veulent le vrai progrès, de répondre à notre appel.

Se grouper en syndicat ne suffit pas pour arriver à des résultats sérieux ; sans une association, les syndi-

cats ouvriers ne sont pas une force ; seule, une Fédération nationale leur donnera la puissance nécessaire pour améliorer la situation des travailleurs de France.

Le Président de la Fédération nationale des Jaunes de France^

P. BlÉTRY,

Ouvrier horloger.

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