LE SOMMES
Cette déclaration mettait fin, à n'en pas douter, au socialisme doctrinale. Le réformisme ainsi compris, et la tactique de Millerand ministre confirme cette opinion, consiste simplement en un opportunisme habile où l'on charge les contribuables et l'Etat de la tutelle populaire.
Les tiraillements provoqués par cette attitude « bourgeoise » de Millerand donnèrent lieu à des excommu nicationset suscitèrent de vives polémiques. Plusieurs Congrès se réunirent pour trancher le différend entre purs et réformistes.
C'est le Congrès international d'Amsterdam, en 1904, qui trancha définitivement le débat, en condamnant la tactique re'formiste, la participation des socialistes au gouvernement de VÉtat bourgeois et l'abandon de la lutte des classes.
Le même Congrès enjoignit aux socialistes français divisés en chapelles et écoles d'avoir à réaliser entre eux V Unité basée sur la doctrine économique et sociale indiquée par les Congrès internationaux.
Bebel et Kautsky jouèrent un rôle prépondérant dans ces décisions, que les pontifes français observèrent en baissant la tête, comme des enfants pris en faute. C'est d'autant plus amusant que la scission, en Aile-
magne, continue à être de plus en plus profonde entre Marxistes et Bernsteiniens d'une part, entre la démocratie socialiste et les syndicats ouvriers d'autre part, et qu'aucun de nos Jaurès ou sous-Jaurès n'osa ou ne sut le faire remarquer.
A l'heure actuelle, le Congrès national de 1905 a réalisé l'unité entre les différentes fractions du socialisme français. Guesde, Vaillant, Jaurès, Allemane et Hervé sont unis sous le même étendard. Si l'on songe à la diversité de programmes, de tendances, de doctrines, de tous ces hommes qui prétendent servir le même Idéal, l'on ne peut s'empêcher de hausser les épaules et de dire qu'il n'y a que pour tenter de mauvais coups qu'une pareille réunion d'hommes hostiles les uns aux autres et marchant à des buts différents qui fût momentanément possible.