SONT : OU DES NIAIS OU DES MISÉRABLES
Aussi^ Messieurs^ Vœuvre que vous avez entreprise a toutes mes sympathies; je vous félicite de votre courage et je vous souhaite de tout mon cœur une grande réussite. »
On le voit, les encouragements aux Jaunes venaient des sommets de la République.
H. LANOIR
De taille un peu au-dessus de la moyenne, cheveux châtain presque crépus, barbe blonde, petits yeux gris, myopes, constamment abrités derrière un lorgnon légè-
rement impertinent, l'ensemble de l'homme est assez sympathique, sauf l'allure astucieuse des gestes très instinctifs.
Si M. Lanoir avait eu le désir sincère de créer en France un mouvement ouvrier indépendant, il eut, durant quelques mois, la possibilité de le faire et de graver en même temps son nom dans le granit pour la postérité. Mais cet homme, malheureusement, n'avait pas d'aussi hauts desseins.
Astucieux, remarquablement intelligent et menteur effronté, il dominait toujours ses interlocuteurs pari l'assurance et la force avec lesquelles il attestait des choses dont il ignorait le premier mot. Avec cela, doué d'une incomparable puissance de travail, M. Lanoir aurait pu faire, malgré ses tares, un des premiers politiciens de ce temps peu productif d'hommes si, au milieu de tous ses défauts, une seule ambition noble eût poussé des rameaux. Lanoir n'avait aucune ambition ; il n'avait que des appétits, et même de bas appétits ; il n'était pas de ces prolétaires, qui ont des instincts de patriciens; il n'avait pas le goût du luxe, des œuvres d'art ou de la vie élégante et large ; il mangeait gras dans de petits restaurants, buvait du gros vin au litre, mais abondamment, se délassait en jouant à la manille avec des sanstravail, ou se livrait aux orgies de casernes, sans souci du qu'en dira-t-on, chez les ouvriers qu'il méprisait. Par contre, très hypocrite avec les riches et les puissants, il affectait des idées religieuses outrées et une discipline de vie familiale exemplaire. La passion dominante de Lanoir était Vargent, l'argent pour l'argent. D'aucuns l'ont accusé d'appartenir à la police, d'autres de servir des intérêts purement patronaux, d'autres d'être aux gages de tel ou tel parti politia^e. 11 y avait
LES RÉFORMATEURS. — LES JAUxNES 81
quelque chose de fondé dans chacune de ces assertions; mais, pour nous qui l'avons connu, aucune ne répond complètement à son type.
Ex-employé à la Compagnie d'Orléans à laquelle il rendit des services secrets, Lanoir avait, en réalité, appris de bonne heure a ne servir complètement que ses INTÉRÊTS A LUI. Il toucha de l'argent de toutes les mains, servit à demi toutes les causes, mais il ne servit complètement que lui-même. Quand il estima sa fortune faite, il s'en alla, avec le même cynisme qu'il avait vécu, en jouir dans le Midi, sur la côte d'Azur, à Juan-les- Pins, dont il devint, selon la courbe par laquelle finissent les hommes « arrivés », conseiller municipal.