TROISIÈME PARTIE
Création du parli socialiste national. — Le manifeste. — Le local de la rue Pierre-Lescot. — Le travail libre. — Une année de luttes.
Rivés à cette idée, d'arracher la classe ouvrière de l'ornière socialiste, nous croyions cependant encore à la vertu, à l'honorabilité du mot. Nous nous disions surtout que, si nous arrivions à édifier en France un parti ouvrier et social français, détaché de toute alliance, soustrait à l'influence des théoriciens de l'internationalisme, nous aurions fait un grand pas vers la pacification des esprits et la construction d'un grand parti populaire.
Nous étions gênés, d'autre part, sous les récriminations incessantes et les plaintes de nos affiliés et adhérents qui avaient horreur du mot Jaune, qui baissaient la tète sous l'épithète et qui voulaient bien lutter contre la démagogie socialiste et les syndicats rouges, mais avec un drapeau choisi par eux.
Notre erreur, comme celle de nos camarades, fut de croire qu'un parti de protestation peut choisir son terrain, ses armes et le jour ou la nuit; mais, comme le disait si fortement Mirabeau dans une page déjà citée au cours de cet ouvrage : « Ceux qui soyit persécutes doivent se parer des injures de leurs ennemis ; ils leur ôteront ainsi le pouvoir de les hwnilier avec des expressions dont ils auront su s'honorer. » C'est pour avoir méconnu cette tactique historique que, pendant une nouvelle
année, de 1903 à 1904, nos efforts furent incertains, notre tactique chancelante et nos ennemis arrogants. Rien de cette période ne fut cependant complètement perdu, si Ton s'en réfère aux résultats.
Le titre de Parti socialiste national avait été choisi, parce que celui de Fédération nationale des Jaunes de France était repoussé ou très discuté pour désigner l'Union de nos syndicats ouvriers. Voici, en effet, le procès-verbal de la réunion préparatoire du 23 décembre 1902, date à laquelle nous reprîmes l'organisation momentanément abandonnée. Ce document, d'un grand intérêt rétrospectif, prouve combien peu notre mouvement social fut forgé de toutes pièces sous l'influence des patrons et des capitalistes, ainsi qu'essayèrent de l'accréditer nos adversaires, alors qu'en réalité c'est pas à pas, dans la nuit, au milieu des embûches, des tâtonnements, d'expériences loyales, mais vite abandonnées, jusqu'à ce que nous ayons trouvé des bases de granit, que nous avons cherché la voie la meilleure et édifié notre programme.
Voici le document extrait des archives de la Société :