PLAGE DE LA CORDERIE DU TEMPLE
Paris, 27 juin 1903.
« Mon cher Biétry,
Mon appréciation au sujet de notre local, 14, place de la Corderie du Temple?
108 LE SOaAilSME ET LES JAUNES
Simplement : c'est merveilleux, un coup favorable du sort, presque une indication providentielle!
Figurez-vous bien que ce local tient une place, et une grande, dans l'histoire du siècle dernier. Et ce n'est vraiment pas banal que vous, Biétry, soyez appelé à recueillir la succession morale qu'ont abandonnée les sportulaires du jacobinisme.
Cette désignation ne dira pas grand'chose aux générations présentes entretenues — aux frais de l'Etat — dans l'ignorance la plus épaisse de l'histoire contemporaine.
Le socialisme, lui-même, enjuivé et gouvernemental mué en combisme, a perdu toute mémoire du lieu qui abrita ses premiers néophytes — il y a près d'un demisiècle — en pleine floraison du despotisme impérial.
Et, cependant, c'est là que beaucoup d'entre eux — et non des moindres — ont commencé leur fortune publique.
Lorsque sont venus les temps de malheurs, après les premières défaites, aux frontières de l'Est, ce modeste local, que nous avons visité et qui jusque-là n'abritait que des associations d'ouvriers, a été envahi par une nuée d'arrivistes auxquels il fallait pied ou aile du régime qui allait finir.
Ce qui reste de ceux-là, vous les voyez à l'œuvre, plats valets du jacobinisme bourgeois, créatures à tout faire des plus répugnants ministres qui aient jamais gouverné le pays.
Les sincères d'entre nous ont trouvé la mort dans la bataille, ou sont morts sur les routes de l'exil, ou bien vivent ignorés dans leur étonnement du scandaleux aboutissement de la République française.
C'est un passé vécu dont, pour ma part, je n'ai rien