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LE LOCAL DE LA RUE DE LA CORDERIE

à regretter, que cette visite de quelques minutes a fait revivre dans ma mémoire. Mais, à ce passé, se mêle intimement ce que nous voulons, ce que nous espérons de l'avenir.

Quel symbole plus frappant que cette combinaison heureuse qui vous fait, vous Biétry, soldat de l'avenir, entrevoir sur les lieux mêmes de leurs évolutions ces soldats du droit populaire dont l'histoire oubliera probablement les noms.

Il y eut deux phases bien distinctes dans l'institution aujourd'hui disparue de la Chambre fédérale des Associations ouvrières établie, 14, rue de la Corderie, dans le local même où siégeront demain notre journal, le Travail libre, et nos syndicats indépendants.

La première de ces phases, saine et forte, comprenait une organisation exclusivement ouvrière. Parmi nous, ni avocats, ni bavards, ni rhéteurs, ni cuistres, exclusivement des hommes de métier, délégués de leurs groupes (syndicats et coopératives) pour le seul et unique objet défini dans le programme de la Chambre fédérale : instruire le peuple d'abord, l'émanciper ensuite.

Dans nos faubourgs ouvriers, chez beaucoup, la mémoire n'est pas encore absolument éteinte, et le prochain numéro du Travail libre, se datant de la place de la Corderie, réveillera pas mal de souvenirs.

Des souvenirs contradictoires aux temps présents. Puisque l'énergie qui nous rassemblait n'était autre que le culte delà liberté dont vous, moi et tant d'autres avons pris le deuil.

Et j'en reviens à l'incroyable leçon historique dont notre mouvement ouvrier doit tirer parti au bénéfice de sa campagne. Ah! mon cher Ami, quelle résurrec-

tion nous pourrons évoquer, quelles ombres sacrées pour le prolétariat nous pourrons revivre dans la mémoire de ceux qui ont pu les oublier.

Cette Chambre fédérale des Sociétés ouvrières qui, tous les mardis, tenait son siège place de la Corderie, a eu pour fondateur un ouvrier impeccable : Varlin '.

Ce fut dans un carrefour de la forêt de Bondy que Varlin lut à ses camarades quelques feuillets où étaient tracés les statuts fédéralisant les rares groupements ouvriers ayant survécu au coup d'État de décembre 1851.

Je puis vous en parler en connaissance de cause, car nous sommes peu nombreux de ceux qui lui survivent, et bien plus rares encore de ceux qui ont connu intimement sa pensée.

Or, je puis vous affirmer qu'elle tenait tout entière dans cet unique programme : V émancipation du travail.

Aujourd'hui, ce programme, aux mains des sportulaires, n'est plus qu'une lamentable loque. C'est le césarisme du bas empire qui revit avec tout son cortège d'iniquités et de spoliations. On se croirait revenu sous le règne de Constantin Copronyme, ayant pour soutien de ce trône infesté tous les déserteurs du parti de la liberté.

De 1864 à 1870, pendant six années, la classe ouvrière tint ses états place de la Corderie-du- Temple, en dehors de toute action politique, loin de toute corruption bourgeoise, étudiant les sages pro-

1 . Varlin fut ministre des Finances pendant la commune. C'était un modeste ouvrier d'une grande probité. Pendant qu'il était ministre des Finances, sa femme allait laver elle-même le linge du ménage au lavoir public. Le jour où il fut arrêté, Varlin avait quatorze sous dans sa poche. Voilà qui doit bien étonner Houvier.

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