LB8 PATRONS ET LA TACTIQUE DE BASCULE ISS
trouvera débordé et restera, le plus souvent, impuissant à conjurer la grève. Dans un centre ouvrier où il existait, par suite de la tactique de bascule, des syndicats jaunes et des syndicats rouges, nous avons vu ce fait se produire : les Rouges avaient décidé la grève; les Jaunes, tenant bon, continuèrent à se présenter au travail; les Rouges, appuyés par le préfet de l'endroit, réclamèrent des patrons le renvoi des chefs jaunes. Intimidés, les patrons étaient tout prêts à se soumettre et allaient céder, lorsque les Jaunes, faisant preuve d'un courage vraiment héroïque, revendiquèrent de nouveau leur droit au travail en menaçant de se retirer en masse si on ne leur faisait pas justice. On peut dire que, dans la circonstance, les patrons ont été sauvés malgré eux.
Les ouvriers ont reconquis le droit d'association, ils ont commencé à en user et ils en useront de jour en jour davantage, parce qu'ils se rendent compte que leur liberté et leur force résident dans ce seul droit. Les syndicats sont donc appelés à prendre de l'extension ; et les patrons, par contre, ont tout avantage à favoriser la formation de bons syndicats et de bo7is seulement : car ce n'est pas en entretenant les haines et les luttes parmi les ouvriers, qu'ils obtiendront le calme et le travail dans leurs usines.
Maintenant, qu'il me soit permis de demander à nos détracteurs, à laquelle ou auxquelles de ces catégories de patrons que nous venons de passer en revue, ils peuvent accuser les Jaunes de s'être vendus?
Il y a deux autres catégories que j'ai, à dessein, passées sous silence, me dira-t-on, parce que ce sont justement les deux fortement teintées de jaune.
De ces deux dernières catégories, la première est
celle des Laroche-Joubert, des Japy, des Toulain, et pas d'autres. En effet, ces trois patrons, qui à eux seuls forment une catégorie, sont franchement jaunes, et ils ne s'en cachent pas. Leurs ouvriers sont Jaunes aussi ; mais, si vous vous avisiez de leur demander s'ils sont vendus à leurs patrons, ils vous regarderaient avec des yeux plutôt étonnés. Comme ils ont des actions à eux, achetées de leurs deniers, ils considèrent que ce sont eux qui ont payé leurs patrons pour devenir leurs copropriétaires.
Nous en arrivons enfin à la dernière catégorie, celle dans laquelle se groupent les patrons qui, sans avoir adopté complètement tout le programme des Jaunes, ont cependant compris la supériorité de leurs syndicats à cause de l'esprit qui les anime. A Longwy, à Laval, à Nantes et dans quelques autres centres encore, des ouvriers lassés des grèves constantes qui les conduisaient à la misère, ont voulu former des syndicats jaunes pour se défendre contre les meneurs politiciens. Des patrons clairvoyants qui connaissaient les doctrines des Jaunes favorisèrent ce mouvement en faisant comprendre aux ouvriers que, non seulement ils verraient d'un bon œil la formation des syndicats jaunes, mais que même ils leur donneraient leur appui.
Il n'y a là rien que de tout naturel, et je ne vois pas quel est celui qui pourrait qualifier une pareille entente de marchandage ou de vente, sans faire preuve de bien petit esprit.
Nous proclamons bien haut, au contraire, que le but auquel nous tendons est celui-là : que les bons ouvriers forment des syndicats avec le programme des Jaunes et que tous les patrons comprennent assez leurs intérêts pour favoriser de pareils syndicats.