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LES PATRONS ET LA TACTIQUE DE BASCULE

Irons qu'on s'est évertué à dépeindre comme des monstres, des bourreaux féroces : ils n'ont jamais existé que dans l'imagination des bons sociosqui les ont produits, comme des clichés truqués, pour les besoins de leur cause.

Mais il y a les patrons juifs, les chrétiens juifs et autres, sordidement rapaces; les grippe-sou ignobles qui exploitent avec un cynisme éhonté la misère humaine. Ils s'adressent surtout à la main-d'œuvre féminine ; ils n'ont généralement pas de grands ateliers ; ils travaillent à domicile pour éviter tout contrôle ; ils exigent un travail considérable en échange de salaires Bcandaleusement insuffisants. Ce ne sont pas les bourreaux féroces, ce sont d'ignobles sangsues.

Je ne parlerai pas de l'Etat-patron, M. Japy et d'autres en ont souvent entretenu les lecteurs de ce journal, et on ne pourra pas accuser les Jaunes de s'être vendus à lui.

Il a été aussi souvent question des grands magasins de nouveautés qui, eux également, tout comme les Juifs, exploitent en grand la main-d'œuvre, par le travail à domicile.

Les loups, dit-on, ne se mangent pas entre eux. S'appuyant sur ce dicton, certains patrons et non des moindres, pour ne citer que les Menier, les Dufayel, se font socialistes, et pour cause. Afin de paraître frères bon teint, ils hurlent avec les socialistes, ils s'en font les fervents apôtres, ils soutiennent le Bloc. Le malheur est que les socios sont, il faut le croire, plus féroces que les loups, puisqu'ils se dévorent entre eux. Dufayel a commencé à en faire la triste expérience : le tour de son ami viendra probablement aussi et, il faut l'espérer, ils y passeront tous.

Un type bien méprisable est celui du patron égoïste et jouisseur. Chez lui le sens moral n'existe pas : il ne considère l'ouvrier que comme une machine à produire et qui ne doit servir qu'à la satisfaction de ses bas instincts. Il serait assurément mieux à sa place dans les pays barbaresques. 11 a beau avoir la parole cassante, le geste brusque, affecter de porter la tête haute, de se donner enfin des airs de grand manitou ; il n'en reste pas moins un objet de mépris pour tous dans ses ateliers, où il paraît du reste le moins possible. Il paie déjà cher et il paiera encore bien plus cher les basses complaisances, les faiblesses sans nom qu'il a achetées des uns et des autres pour jouir à tout prix.

Nous arrivons maintenant à la catégorie la plus nombreuse des patrons : la catégorie de ceux qui sont bons, honnêtes, qni, Jusqu'à un certain point, sont iportésà s'intéresser à leurs ouvriers, mais qui, comme tous les autres, cherchent cependant, comme on dit vulgairement, à tirer la couverture à eux et restent fortement imbus de préjugés contre les syndicats : ils s'en déclarent même franchement les ennemis. Quand ils ne peuvent empêcher leur formation, ils croient de bonne politique de susciter un syndicat rouge là où un syndicat jaune se forme le premier, et vice versa, pour diviser leurs ouvriers, afin qu'un syndicat unique ne soit pas trop puissant. C'est ce que j'appelle la tactique de bascule. Ces patrons ne se rendent pas compte qu'il y a peu d'ouvriers militants. Ainsi que nous l'avons fait constater dans un article précédent, la masse des ouvriers est timide et reste pour ainsi dire neutre. Qu'un mouvement d'agitation se produise, tous les neutres se laisseront entraîner par les meneurs, et le noyau des très bons qui ne s'est pas senti appuyé se

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