LES JAUNES ET LE SALARIAT
Le salaire, les Jaunes le veulent juste et proportionné à la valeur ou à la dureté de leur travail, ainsi qu'à leurs besoins ; ilsdemandent, en outre, une évolution du salariat et une évolution du patronat, afin de faciliter aux travailleurs l'accession à la propriété des instruments de travail.
Les Jaunes tiennent compte des usages, des lieux, des emplois divers pour solliciter des salaires différents, et ils se groupent en syndicats pour obtenir collectivement un salaire équitable :
« Quant au salaire familial, certes, dit notre ami le D' Graveline, l'idée est séduisante de proportionner le salaire aux besoins de l'ouvrier et à sa valeur sociale ; c'est à la même pensée qu'obéit cette stipulation de la loi sur les accidents du travail qui fixe des indemnités différentes, suivant que la victime est célibataire ou mariée, et, en ce dernier cas, suivant le nombre de ses enfants.
Mais ne voit-on pas le danger d'une telle disposition. Le patron, pour diminuer ses risques, se trouve naturellement porté à embaucher de préférence des céliba-
taires. Il en serait assurément de même, si le chef d'industrie devait augmenter la paye de ses ouvriers lors de chaque naissance. Aux charges de familles nombreuses s'ajouterait, véritable prime à la dépopulation, la difficulté de trouver un emploi. On irait ainsi à rencontre du but proposé, et le remède serait pire que le mal.
N'existe-t-il donc aucun moyen d'adopter une mesure,
qui, tout en mettant plus de justice dans les rapports
! de patrons à ouvriers, serait d'un précieux secours
contre le plus grand de nos maux : le suicide lent de
la race par la rareté des enfants? Peut-être !
Il faudra, cette fois encore, rompre nettement avec l'individualisme et revenir, en les rajeunissant, aux anciennes conceptions sociales : on substituera donc le contrat collectif au contrat individuel de travail. Les classes laborieuses ne seront plus alors comme presque partout aujourd'hui, une masse confuse et sans cohésion, véritable poussière d'hommes, mais un bloc solide et compact, où tous seront étroitement solidaires les uns des autres. Inutile d'insister sur les avantages professionnels qui en résulteraient, chacun les aperçoit.
Ceci fait, quoi de plus aisé que d'instituer, en outre, le salaire collectif? Pourquoi ne pas donner à cette personne morale, qui vient de passer un contrat, l'ensemble des salaires stipulés pour ses membres en exécution de ce contrat ?
Rien ne s'y oppose logiquement, tout l'indique au contraire, et nous voici en mesure de verser à chaque ouvrier son salaire familial.
Dès lors, en effet, le patron ne verra point varier ses débours suivant qu'il naîtra ou qu'il mourra quelque enfant parmi son personnel, aucun inconvénient du