LA QUESTION DU PLACEMENT
« Je crois, Messieurs, dit en substance Biétry, que la question du placement qui servit de prétexte à une véritable agitation révolutionnaire à Paris et en province n'a pas, jusqu'ici, été présentée sous son véritable jour.
En tout cas, l'intervention législative, au lieu de
guérir les maux dont souffrent les chômeurs, ne fera que les aggraver.
Si les bureaux payants donnèrent lieu à des abus qu'il était urgent d'enrayer, ils n'en constituaient pas moins un organe nécessaire, tant que par d'autres organes on ne les aura pas remplacés {et remplacés avantageusement pour les ouvriers comme pour les patrons), car on admettra que, si la disparition des bureaux payants doit entraîner une confusion dans le placement et faire éclore cent systèmes d'exploitation et mille abus jusqu'ici inconnus, il était inutile de lever des barricades, de mobiliser le Parlement, le Sénat, le Conseil municipal, pour obtenir ce résultat. »
PRECISONS
« La plupart des personnes qui causent des bureaux de placement s'imaginent que ceux-ci intéressent l'universalité des travailleurs : c'est une grosse erreur. D'abord, le placement n'a un intérêt capital que pour Paris et quelques grandes villes ; en second lieu, il ne porte que sur des catégories spéciales de travailleurs.
D'une statistique entreprise en 1892 par l'Office du Travail, il résulte qu'une moyenne de 300.000 personnes, à Paris seulement, ont recours aux bureaux de placement. Pour le département de la Seine entier, 889.000 personnes se servent de cet intermédiaire.
Dans ce chiffre de 300.000, les gens de maisons figurent pour 100.000, dont 40.000 hommes et 60.000 femmes.
Les garçons limonadiers et restaurateurs, 20.000.
Viennent ensuite :
Les garçons cordonniers 21 . 500
Les garçons épiciers 15.000
Les garçons d'hôtel 15.000
Les garçons marchands de vins 11.000
Les garçons boulangers 6 . 500
Les garçons bouchers 7 . 000
Les pâtissiers, teinturiers, coiffeurs, musiciens flottent entre 2, 3 et 5.000.
Telle corporation — comme, par exemple, les employés de commerce — n'a jamais recours aux bureaux de placement, — et cette constatation qui peut s'appliquer à cent métiers milite singulièrement pour le placement corporatif. En effet, les employés de commerce, sous des titres divers : Syndicats professionnels. Associations de comptables, de voyageurs, Mutualité, etc., etc., assurent eux-mêmes et corporativement le placement de leurs chômeurs. »