CHAPITRE PREMIER
AcsmcrLTiJitE.
Le véritable agriculteur considère les végétaux et le! auioiaux comme les deux éléments d*unè grande piii galvanique. L'élément végétal est principalement destiné à fournir aux animaux , et surtout à rhomme , 1< nourriture , Tabri , le vêtement. L'élément animai i aussi pour mission de fournir aux végétaux leurs substances les plus fertilisantes , leurs engrais les plus acti£s. De là leur lien , leur solidarité. Une immense el magnifique circulation de la chaleur^ de la lumière, à Télectricité, de Tair atmosphérique et des eaux, entre tient incessamment la vie dans cette pile, dans ce grand dualisme.
La mission agricole de Tbomme , c'est de transformer les plantes et les animaux en véritables laboratoire! de chimie, destinés à consacrer son règne sur la natun terrestre, par les spécialités dé leurs produits. La terri a pu être pour notre race une vallée de larmes , niaii elle deviendra le séjour du bonheur, le jour où noui saurons nous en servir pour obtenir, mieux encori qu'aujourd'hui , des bois magnifiques , les uns légeri et poreux , les autres durs et admirablement veinés des fécules variées, des gommes de mille espèces des sucs appropriés à tous nos besoins industriels e pharmaceutiques; des chairs succulentes > des peau:
selon les demandes de nos îndbstrielf ; des laines selon le goût le pins délicat de nos femmes; des animanx domestiques adaptés à tons nos besoins et à tous nos caprices. Ne Toublions jamais , Thomme est le
FERMIER DU GLOBE , la SECONDE PROVIDENCE de notrc
monde sublunaire. C'est à ce titre qu*il a droit de le transformer dans la limite de sa puissance et de son saToir ; de peupler notre terre d'espièces tellement mo* difiées et améliorées , qu'elles soient en réalité des espèces nouvelles,^t de multiplier les produits de ma-^ nière à satisfaire avec luxe à tous ses besoins , quelque exigeants qu'ils puissent être.
De la fertilité du «ol et de la prodaction.
Dans les pays rapprochés du cercle polaire , dit M. Moreau de Jonnès, qui a fait une étnde spéciale de la statistique , les bois de construction et le chanvre sont presque les seuls objets que le règne végétal fournisse avec une abondance qui en permette l'exploitation. L'hectare planté en bois et aménagé convenablement rapporte annuellement 20 francs , terme moyen. Semé en chanvre, il donne plus de 200 francs ; mais Tencombrement de ces produits rend difficile et dispendieux leur transport et leur débarquement.
En Grèce, la culture de l'olivier, du cotonnier, de la garance, donne 600 francs par hectare , ce qui est un produit double de celui que comporte notre climat.
Sousles tropiques, l'hectare, cuHivé en caféiers ou en cannes à sucre, rapporte huit fois plus qu'en blé ou en vignes dans nos contrées. Son produit a trois ou quatre fois plus de valeur que celui des cultures de la Grèce. Il vaut dix à onze fois les produits les plus avantageux des contrées boréales, et plus de cent fois l'exploitation de leurs forêts. Cinq myriamètres et demi carrés de
bonne terre,. dans les Antilles, pourraient saffire, s*ih étaient bien cultivés » à produire tout le sucre que k France consomme.
Tmnsfonuitton des plMUen.
Beaucoup de plantes se transforment, et deviennent, les unes en changeant de climat, les antres par d'autres moyens agricoles, des plantes tout à fait nouvelles, ainsi que Raspail l*a prouvé pour le maffs et pour plusieurs autres.
Le froment n'a pas toujours été le froment. 'Les bonnes terres et la culture en ont fait la plante nutritive par excellence. Abandonné à lui-même pendant des années, il redeviendrait, surtout dans un sol ingrat, une céréale très inférieure. Que d'enseignements dans ce fait ! ! ! Quand viendra le jour où les douze cent mille hommes des armées européennes seront employés à créer des plantes nouvelles ou à féconder les terres, qui ne demandent pour être feriijes que l'action de l'homme, de cette petite providence à laquelle la grande Providence a confié les destinées du globe ?
Vaine iM^lore.
On appelle ainsi cet usage qui existe dans quelques contrées, de laisser les bestiaux paître en commun sur toutes les terres, aussitôt la moisson faite. Rien de plus nuisible au progrès de l'agriculture, puisque les laboureurs se trouvent condamnés, par suite de cette absurde coutume, à suivre la routine du pays, et qu'ils m peuvent introduire aucune innovation qu'après y avoii été autorisés.
Dans quelques lieux, le droit de pâture constitue, co réalité, deux propriétaires pour le même sol ; ainsi, plusieurs grandes prairies sur les bords de la Loire de-
viennent communes aux riverains aussitôt que les foins sont coupés, sans que ceux-ci jouissent d*un droit réciproque. De pareils ab^is n'attestent que trop combien la féodalité avait jeté de profondes racines.
ArrosemenU.
Les puits artésiens peuvent servir à élever au-dessas du sol les sources souterraines qui, parties d*une montagne plus ou moins éloignée, s*écoulent, au moyen d'une couche de terrains perméables, entre deux couches qui ne le sont pas. Mais il n'y a pas possibilité de les établir partout. La quantité d'eau qu'ils fournissent est souvent minime et ne s'élève pas toujours en fontaine jaillissante. Aussi l'aménagement (utilisation) des cours d'eaux naturels est-il d'une extrême importance. Combien de contrées où Ton pourrait, en détournant des ruisseaux et même de petites rivières, arroser d'immenses étendues de terre qui deviendraient fertiles ! Malheureusement l'extrême division de nos propriétés s'y oppose. Combien d'usines mues par l'eau , qui ne travaillent que le jour, et qui, la nuit, pourraient faire uiouvoir des pompes ou alimenter des béliers hydrauliques destinés ci arroser les terres voisines et à les transformer en prairies, si notre organisation agricole et notre législation n'y faisaient encore obstacle dans la plupart des cas ! Il y a donc une réforme importante à faire sous ce rapport ; car les hommes ne peuvent abandonner, sans en tirer parti , l'un des plus puissants moyens qu'ils aient de rendre leurs sueurs fécondes, et d'exploiter des terrains souvent rebelles à la charrue.
La quantité de terres sous jardins et de prairies arrosées que |)ossèdo la France est d'environ k millions d'hectares sur 53. £n faisant des étangs dans nos montagnes, en détournant un grand nombre de cours
d'eau près'de leurs sources, en établissant partout des machines hydrauliques , et surtout des turbines , l'on pourrait porter ce chiffre à 12 millions d'hectares ; ce qui permettrait à la France d'entrer dans une voie toute nouvelle pour la production des plantes potagères , du bétail et des engrais.
Forêts.
Les forêts sont faites pour les montagnes. Là, elles servent h abriter les vallées, à tempérer l'atmosphère, à s'emparer de son humidité, qu'elles rendent ensuite h leur partie la plus élevée sous Iti forme de sources; à retenir le sol dans les lieux élevés, et à prévenir ainsi les dégradations causées par les pluies et les ouragans. Combien de rivières aujourd'hui desséchées I Combien de torrents qui ont porté le nom de fleuve dans les lieux où les bois ont été détruits ! Frappées par les rayons du soleil, les montagnes qui leur donnaient naissance ne présentent plus aux nuages qu'une surface chaude qui vaporise leur eau prête h s'y fixer, au lieu de cette chevelure qui la pompait autrefois avec avidité. La plantation de nos montagnes et la culture de leurs bois sont donc d'une grande importance. Mais comment espérer de quelques particuliers sans mission, qu'ils veilleront à l'intérêt public? Que leur importe à eux qu'un port, éloigné de plusieurs kilomètres, soit comblé dans quelques siècles? ou même que la rivière qui passe auprès de leurs propriétés doive cesser d'être navigable h la même époque? C'est donc à la société elle-même à intervenir par son représentant direct (le gouvernement), et à s'occuper activement de planter toutes les chaînes dont les versants donnent naissance à des sources importantes.
Observons en passant que les ruisseaux qui descendent des hauteurs deviennent , étant canalisés par la
main de l'hoiBiue, ks moyens de transport et d'exploitation des mines de ces montagnes et de leurs forêts. Ainsi, lout est lié dans le monde; et Téconomie sociale nous prouve que ce monde a été fait i)our Thomme et que rhomme a été fait pour le monde, comme la géologie nous enseigne que Tbomme intellectuel a paru sur cette terre , le jour où, pour nous servir d*uae exprès^ sion poétique mais vraie , la terre avait pris sesiuibito de fête pour le recevoir.
Grmnde et petltjC ealtorc.
Ou a beaucoup discuté pour savoir laquelle vaut le mieux, de la grande ou de la petite culture. Ce point ne fait plus question aujourd'hui. Il est évident que certaines récoltes, les blés, les pommes de terre, les betteraves sont produites à meilleur marché par la grande culture; mais la petite l'emportera quelque temps encore pour la culture potagère : ce qui revient à dire qu'un jour, en agriculture comme ailleurs, le travail manuel sera remplacé par les machines. Il en sera de même partout où le travail ne réclame que de la force mécanique.
Maetolnes agricoles.
Nos pères avaient des esclaves humains ; nous avons, et nos ûls auront de plus en plus des esclaves de feu et de bois appelés machines. Les esclaves humains créaient le loisir de l'étude pour les hommes libres; les machines créeront le loisir pour les esclaves émancipés. Mais d'ici là, que de souffrances pour les ûls d'esclaves, pour les prolétaires, chaque fois qu'ils auront à travailler en concurrence d'esclaves de fer et de bois , si durs à la fatigue, si économes dans leurs dépeiiseSi si réduits dans leurs besoins ! ! !
Les machines agricoles sont utiles aux consomma-
leurs, puisqu'elles diiAinnent lés frais de production, et, par suite, le prix des denrées alimentaires. Elles sont encore utiles aux propriétaires actuels, parce qu'elles sont plus économiques et plus faciles à diriger que des hommes ; mais elles sont très nuisibles à cette masse de travaillelirs, en concurrence desquels elles s'établissent; car si elles font aussi bien, elles les supplantent. Alors ceux-ci, pour viVre, se distribuent sur diverses autres branches d'industrie, et font à leur toar concurrence à d'autres ouvriers. En effet, lorsqu'une marchandise abonde sur le marché, son prix s'abaisse ; conséquemment, quand il y a beaucoup d'ouvriers à demander de l'ouvrage, le prix de l'ouvrage, ou le salaire , suit la même loi et s'abaisse aussi.
« Quand deux ouvriers, a dit Cobden, courent après » un maître, les salaires baissent; ils haussent quand » deux maîtres courent après un ouvrier. »
L'établissement d'une machine qui supprime la main d'œuvre, indépendamment du tort qu'elle fait aux ouvriers, se trouve encore doublement nuisible à la masse, en ce que la machine diminue le taux des salaires , et partage la même quantité d'ouvrage entre un plus grand nombre d'ouvriers, ce qui en condamne quelques uns à chômer. Heureusement il est possible, comme nous le dirons plus loin, de concilier ces intérêts d'une façon très avantageuse pour tous.
Si nous cherchons une application spéciale pour comprendre l'utilité des machines agricoles, nous voyons de suite que le même manège, par exemple, pourrait servir successivement, par un procédé mécanique très simple, à battre le blé, à puiser de l'eau au moyen de pompes, et, partant, à faire des irrigations. Il servirait encore, au besoin, à hacher des pailles, à râper des betteraves ou des pommes de terre, etc.
Des CBsnils.
La France, aTons-nous dit, posssèdc 52,700,000 hectares de terres, qui suffisent à peine à nourrir 86 millions d'hommes, tandis qu'elle devrait pou- Toir fournir amplement aux besoins de nourriture, d'abri , de vêtement de 120 millions d'habitants. Mais aussi, sous le rapport de l'agriculture et surtout des engrais, que d'ignorance et de gaspillage dans l'emploi de ses richesses ! Les urines et les matières fécales fournies par les habitants d'un pays représentent le blé qui sert à leur nourriture. Mais en France , que fume-t-on avec les substances si fertilisantes fournies par l'espèce humaine ? Cela va-t-il à 4 , à 5 millions d'hectares ? — Ici les toucs conduisent à nos fleuves, comme pour en altérer la pureté, des masses immenses d'engrais; ailleurs cette même richesse est gaspillée; partout le désordre et l'anarchie président à la vente et à la fabrication des substances fertilisantes. — Le gouvernement pourrait employer souvent , à leur retour d'Afrique et d'Amérique, les navires de l'Etat à nous apporter cet engrais fossile, le guano, quiest une véritable fiente des oiseaux du monde anté-historique ; mais il a craint sans doute , en touchant à cette précieuse denrée, de contrarier nos excellents amis les Anglais. Jamais il ne lui est venu à l'esprit de supprimer les droits sur les azotates de potasse et de soude (sels de nitre), ou de proposer une récompense d'un million à celui qui rendrait toutes les terres fertiles en fabriquant avec du feu, de l'air et de l'eau, ou de toute autre manière, au prix de 15 francs les 100 kilos, du sulfate d'ammoniaque. Il ne s'occupe pas davantage de la réforme des tarifs de nos canaux qui s'opposent au transport des engrais d'un département dans un autre. — . En général, en France^ nous ne donnons à la terre que
la moitié des epgrais qu'elle réclame ; et cependant, si notre patrie était bien administrée, elle pourrait arriver avant longtemps à se procurer des fumures abondantes pour 30 millions d^heclares. ,£n vérité, plus on y réflécbit, plus on étudie les ressources que la nature a mises entre nos mains et le mauvais usage que nous en faisons, plus Ton reste stupéfié, plus l'on est disposé à dire avec un savant professeur ; « Il y a dix-huit cents ans, le Verbe » de Dieu s'est incarné, s'est fait homme, et par suite » s'est effectué l'affranchissement mystique des âmes. I) Il faut aujourd'hui que la science se fasse peuple » pour nous affranchir de nos deux plus cruels tyrans^
» TlGNORANGE et la MISÈRE. »
Des assolements.
Les agriculteurs du moyen âge, moins habiles que les Romains, ne connaissaient ni les plantes sarclées, ni le$ prairies artificielles; épuiser la terre par deux ou trois récoltes successives de céréales, puis l'abandonner au repos appelé jachère, c'était là tout leur assolement. La culture alterne, ou pour mieux dire mobile, a le grand avantage de supprimer les jachères et de livrer la totalité des terres à l'exploitation. Elle se prête aussi beaucoup mieux aux caprices du marché, et paie largement le loyer de l'excédant de bras et de capitaux qu'elle emploie.
Ajoutons que l'introduction, dans l'assolement, des prairies artificielles et des plantes sarclées, a un côté moral, et correspond, non seulement à l'anéantisser ment de la routine, mais encore à la production d'une plus grande quantité de viande de boucherie pour la nourriture dû peuple.
Les instruments dont la culture moderne fait usage ont atteint déjà un haut degré de perfection. Avec une bonne charrue, ou peut cultiver à trente-trois centime-
;s de profondeur; l'action de k grande herse en fer liette et divise la terre presque aussi bien que la bêche; houe à cheval, ou petite houe triangulaire, divise la ne en même temps qu'elle remplace à peu de frais le grande quantité de main-d'œuvre pour le sarclage. en est de même des autres instruments que nous ne tons pas.
Durée des Imnx.
Pourquoi reprocher à nos paysans de ne pas aban* )nner le mode de culture de leurs pères? Nos sociétés ricoles, qui crient si fort à ce sujet, ne sont-elles pas conséquentes? Comment, en eiïet, se hasarder sans pitaux à quitter l'assoleinent routinier qui en exige peu , mr une culture qui en exige beaucoup plus ? Pourquoi ailleurs le, fermier risquerait-il sa fortune au profit du opriétaire?
La durée des baux n'est habituellement que de neuf inées dans notie patrie ; il y 9 même de nombreuses . calités où ils sont résiliables de trois en trois ans. Or, jand le fermier s'est donné la peine d'améliorer, c'estdire d'accumuler sur une terre son travail et ses capiux, le propriétaire ne manque jamais, au renouvelleent du bail, d'augmenter le prix de la ferme , et de approprier ainsi l'œuvre du laboureur. Aussi les feriers n'améliorent pas , bien sûrs qu'ils sont de trailler pour autrui.
Nous concluons de ce qui précède que les baux à ng terme seraient tout à fait dans l'intérêt des ferliers, des propriétaires et du pays :
Dans l'intérêt des fermiers, dont le sort s'amélioreil considérablement.
Dans celui du pays, qui profite toujours de l'améliotion du sort des travailleurs.
Dans celui mêoie des propriétaire», qui sont plus
sûrs d'être payés par un fermier riche que par un fermier pauvre.
£n général, les terres sont affermées en France proportionnellement au prix de vente de 18 à 22 fr. Thectolitre de blé. Il en résulte que dans les années où k froment ne vaut que 1^ à 16 fr., les fermes sont trop chères d'au moins un cinquième. C'est ce qui a eu lieo en 18^9 et 1850. Cette surélévation du loyer des terres est un fait déplorable et qui se produit partout , grâce à la sotte concurrence que se font entre eux les fermien chaque fois qu'une terre est à louer.
Fermlani anglats , donumlcrs et tenanden.
Les fermiers anglais sont, en général, plus heureoi que les fermiers français, parce que leurs baux sont à longue échéance. Cela tient aussi à ce que la plupart apportent sur la terre qu'ils cultivent des capitaux considérables et proportionnés aux grandes exploitation de leur pays. En Angleterre, les maisorîs de banque ne font pas difficulté d'accorder du crédit aux cultivatean et de les traiter à l'égal des chefs d'usines et de maosfactures; et c'est ce crédit qui leur permet de tirer meilleur parti de leurs produits , et de mettre en circulation dans le commerce, sous la forme de billets i ordre , la valeur des récoltes qui ne sont pas encore vendues.
Il ne faut pas chercher ailleurs la supériorité de l'agriculture anglaise sur la nôtre.
Il est un mode de fermage plus avantageux qae cem que nous avons signalés jusqu'ici ; nous voulons parler des afféagements (fiefs) usités en Angleterre, et qv n'existent en France que dans les départements bretons. Le domanier ou afféagiste ne possède, dans ce^ tains cas, que la superficie du sol et les édifices ; il paie au propriétaire foncier une rente fixe ; il ne peut êm
expulsé qu'après indemnité préalable, réglée à dire d'experts, de ce qui lui appartient. Selon d'autres usements (nous nous servons ici du mot consacré) le tenancier n'est plus congéable et ne peut être expulsé que pour défaut de paiement : alors c'est un fermier dont le bail n'a pas de limite.
HobUlMUoii da sol.
Un négociant achète des sucres pour 10»000 fr. ; il les solde par un billet ou promesse à trois mois d'échéance, puis les revend en détail. D'un côté , ces sucre» soQt utiles; et de l'autre , la promesse ou billet de 10,000 fr. qui les représente, fait l'office de monnaie. Il y a donc , par le fait même de la mobilité, ou vente facile de ces sucres , deux utilités de produites.
Autre exemple : Un canal est créé au moyen de mille actions de 1,000 fr., qui se cotent à la Bourse, qui ont leur cours comme la rente, et sont de véritables billets de banque portant intérêt. Dans ce cas-ci, il y a encore deux utilités : bien plus, ces actions peuvent servir de nantissement. Le propriétaire peut les donner en gage de l'argent qu'il emprunte, et se dispenser ainsi des frais d'hypothèque. Un canal peut donc devenir une propriété aussi mobile que les marchandises, et aussi bien accommodée aux besoins du commerco. Or, il serait à désirer qu'il en fût ainsi de toutes les propriétés foncières : en même temps que leur sol produirait des moissons, les titres qui les représentent pourraient devenir capital circulant. Ce serait, en France, une somme de près de 100 milliards mise à la disposition de l'industrie !
Avec un levier aussi gigantesque, quels résultats ne pourrait-on pas obtenir?
Système hypothécaire.
Tandis qae l'oo peut faire déclarer en faillite le oé^ gociant qui ne satisfait pas à ses engagements, et obié-| nir assez prompiement la réalisation de ce qu'il possèdes il est, au contraire , très lent et très difficile d'obtenir l'expropriation contre le possesseur d'un immeuble. C'est ce qui explique pourquoi l'intérêt d'un prêt sur hypothèque est aussi élevé que celui qui serait exigé d'un industriel ne jouissant que d'un faible crédit. l\ est évident, par suite, que le régime hypothécaire devrait' être réformé, comme n'offrant pas de suffisantes' garanties anx prêteurs, et renchérissant le loyer desi capitaux.
Le Gouvernement provisoire de la République française est très coupable de ne s'être pas occupé de cette grande question, malgré les incessantes réclamations des socialistes. L'on eût dit qu'il ne se doutait pas de l'existence de nos 23 millions de paysans et de l'importance de notre agriculture.
Le prêt au moyen de bons hypothécaires se fait à des taux réduits et très avantageux à tous, en général à 5 pour 100, en Piémont, en Gallicie, dans le duché de Posen, dans la Pologne russe et dans la Silésie» où il existe depuis soixante-dix-huit ans.
Ce prêt, en France, se fait h 7 pour 100, y compris les frais, tandis que la terre ne produit que 3 pour 100. De là, la ruine certaine de tous ceux qui empruntent Si l'État organisait une caisse hypothécaire h son profit prêtant à 3 pour 100 son papier, bientôt elle aurait livr< 20 milliards, doublé la circulation des valeurs actuelles créé à la nation un revenu de f '^O millions, et débar rassé les petits propriétaires ' les cultivateurs d* 800 millions d'usure qui les i nent de plus en plu chaque année. Je dis 800 mil ns! Si, après avoii
remlfouri^ les assorears actùds, le gonvernemeni faisait à son profit les assurances, bientôt son revenu se trouverait encore augmenté de 200 raillions. — 200 et 600 font 800 millions, avec lesquels, après avoir fait face aux besoins de l'État, Ton pourrait encore sup~ primer tout ce qui renchérit la vie : l'impôt, des patentes, si lourd aux travailleurs ; celui des portes et fenêtres, qui fait payer à chacun la lumière et l'air qu'il respire; l'impôt personnel, taxe d'autant plus odieuse sur le droit de vivre, que la Constitution n'a pas voulu reconnaître le droit au travail. L*impôt foncier, lui aussi, a besoin d'être réduit : c'est l'un des moyens que nous avons d'abaisser le prix des denrées de première nécessité, telles que le pain, le vin, la viande, les vêtements et les meubles, et de rendre à tous la vie matérielle pins heureuse et plus facile. Il est d'ailleurs bien entendu que cette réduction d'impôt serait établie surtout en faveur des fermiers, qui sont plus pauvres et ont plus de besoins que leurs propriétaires.
Il y a une grande différence, en France, entre la législation commerciale et la législation habituelle : la première est plus expéditive et moins coûteuse. La mobilisation du sol aurait à la fois l'avantage de supprimer les hypothèques et de couper court h ces interminables procès qui concernent la propriété foncière, en les rattachant à une juridiction plus prompte, moins chère, et cependant plus équitable.
Nous pourrions encore emprunter, en les améliorant, les habitudes anglaises, pour ce qui concerne les personnes que la loi déclare incapables et qui ont un droit d'hypothèque sur les biens de leurs tuteurs. Alors, chaque fois que le tuteur ou le mari n'inspirerait pas toute confiance, les sommes à recevoir par leurs pupilles ou leurs épouses seraient déposées à la caisse des consignations. En Angleterre, le mouvement descapi-
taux consignés à la cour de la chancellerie, dans de cas semblables, s*élève à 1 milliard ; peut-êlre pourrait il, eu France, atteindre rapidement la même somme.
Aiii«llonitloii« êucttMivei du sort des evltlniiears.
Chez les Romains, le cultivateur éiait esclave ou colon. Esclave, il ne possédait rien en propre, pas même sa vie : on lui crevait les yeux au besoin pour qu*il fût moins distrait en tournant la meule. Le colon faisait, il est vrai, partie, comme le bétail, du capital d'exploh tation, mais on ne pouvait le vendre qu'avec la terre; il avait le droit d*hériter, de posséder et de tester. La rente qu'il payait au propriétaire était fixe; celle qu'il fournissait à Tétat variait d'une année à l'autre.
Au moyen âge, l'esclave devint serf mainmortable; et le colon serf proprement dit. Le sort de resclarc s'améliora un peu; celui du colon empira, car il deviot laillable et corvéable à merci par son propriétaire oa seigneur.
Mais l'égalité devant Dieu, prêchée par le christianisme, devait bientôt conduire à une plus grande égalité devant la loi. Aussi les mainmortables et serfs devinrent-ils métayers ou fermiers à moitié fruit ; quelques serfs même se rachetèrent, et s'élevèrent au rang de propriétaires-domaniers (francs-tenanciers), et de domaniers congéables.
Plus tard, beaucoup de seigneurs, attirés dans les cours par l'appât des faveurs royales, trouvèrent commode de substituer les baux en aident à leurs fermes li moitié fruit, ce qui fut encore un nouveau progrès.
ProlAUlIreii , fermiers , petits boarfcoi».
La masse de la société française se compose de ces trois classes. Si elles étaient unies, toutes les institutions
sociale» auraient leur bonheur pour but. Divisées, elles sont aisément vaincues, une à une, par Taristocratie, quf les met aux prises pour en avoir plus facileifient raison.
£t cependant le prolétaire n'a quelque bien-être que par le travail.
Le fermier doit à son travail le peu de bonheur et de repos dont il jouit.
Le petit bourgeois lui-même achète en travaillant , souvent très péniblement , quelques douceurs dans la vie.
Le 'travail, voilà donc le lien qui réunit ces trois classes. La protection du travail, voilà leur intérêt commun. Le jour où elles comprendront toutes les trois cette vérité si simple, elles s'uniront, elles vaincront l'aristocratie, c'est-à-dire ce qui n'est pas le travail ; en d'autres termes l'oisiveté, la paresse, l'exploitation. Alors les révolutions seront terminées parla seule puissance de la raison.
Salalrcft et femiMM.
Il est bien constant, pour ceux qui ont étudié l'histoire, que les salaires ont marché en décroissant depuis le moyen âge. La même quantité de travail achète aujourd'hui près de moitié moins de blé et de viande qu'à cette époque. La raison eu est simple : à mesure que les habitants des campagnes se sont aiïranchis et sont venus dans les villes chercher un sort plus heureux, ils ont contribué, par leur concurrence et par leur habitude d'un salaire peu éievé, à faire baisser le prix de la main-d'œuvre.
Tant que les corporations ont existé , cet effet s'est fait sentir moins vivement ; mais il s* est manifesté d'une manière très remarquable depuis 1789, malgré les guerres de la Répubjique et de riimpirc. Les fer-
mages, ao contraire, ont marché en seiM inverse. Ternie moyen, les propriétés qui, en 1800, Talaient 20,000 fr., et donnaient 1,000 francs de rerenn, valent aajoard'hui 36,000 fr, , et donnent 1,250 fr. de rentes. Cette énorme augmentation n*eût certes pas eu lieu, au moins pour le revenu, si les blés étrangers n'avaient pas été prohibés par nos lois.
Grcnten d'abondance. Assorances.
De la part des particuliers, la prévoyance est louable; elle ne Test pas moins de la part des gouvernements. Aussi en viendront-ils à se faire un jour les assureurs des propriétés et de l'existence de leurs administrés : ce qui sera pour eux un moyen de plus d'être utiles et de prélever, sous la forme et sous le nom de primes d'assurances, un impôt très peu onéreux. Quant aux provisions alimentaires, les silos de M. Ternaux, et les greniers perfectionnés inventés tout récemment, nous mt montré comment on peut, à bas prix , construire des greniers d'abondance et mettre les populations à Tabri de la famine.
Il y a toutefois d'autres institutions qui peuvent se emnbiâer avec celles-ci, nous en parlerons ultérieurement.
Propriété foncière.
Le droit de propriété ne consiste plus à pouvoir user et abuser. La loi à placé Tinlérêt général au-dessus de l'intérêt particulier : ainsi, dans nos villes, les mairies peuvent régler les alignements et les façades; et Texpropriation pour cause d'utilité publique a lieu journellement.
On a dit, dans ces derniers temps, que les premiers propriétaires furent des usurpateurs : cette pensée est vraie ; mais, mal comprise, elle conduit à l'anarchie.
Autant il est mile de chercher à modifier la forme dcr la propriété, autant nous sommes partisans des modifications réglementaires qui doivent présider à la vente et au prêt, autant nous croyons dangereux et nuisible de mettre tpul; en question. Il est juste d'ouvrir à tous les portes du bien-être, mais il serait odieux de dépouiller les uns pour enrichir les autres.
BlTtolon des pro^rMIte.
Quelques économistes se sont imaginé que l'égalité des partages devait amener la division infinie des propriétés. Cette opinion nous semble fausse. Des recherches statistiques que nous avons faites à ce sujet nous ont prouvé que les propriétés des petits propriétaires se morcellent, mais que les capitaux s'accumulent chaque jour davantage entre les mains de .ceux qui /sont riches. C'est ainsi que nous avons reconnu que les deux tiers des terres vendues dans cinq départements français, de 1815 à 1830, avaient été rachetées par cent cinquante familles qui ne représentaient, au plus, que la quinze centième partie de la population. (Bien entendu qu'il s'agit ici de la valeur des terres et non de leur nombre.)
Sous la Restauration, l'aristocratie de naissance voulait reconstituer à son profit de grandes propriétés , aussi féodales que l'époque le permettait; nous voulons aussi, nous, de grandes propriétés, mais nous les désirons communales ou nationales.
Fermes ioeléttiires.
Vingt, trente, quarante feruiiers, ou même plus, se réunissent. Locataires, en moyenne, de 20 hectares, leurs familles se trouvent par suite locataires de 400 à 800 hectares, ou plus, selon leur nombre.
A la campagne, maîtres et travailleurs mangent ensemble. Toutes Içs familles mangent donc en commun, dans une vaste salle qui est à la fois réfectoire, salle de danse et de plaisirs.
Une seule cuisine sert pour tous.
Les habitations entourent une grande cour rectangulaire.
Les écuries sont spécialisées. Ici les juments pouUnières, là les bœufs à Tengrais; ailleurs les chevaux et bœufs de travail; ailleurs les porcs; ailleurs les moutons.
Les terres les plus voisines des écuries et des habitations ont été transformées en un magnifique jardin potager, où les principales cultures se font, non pas à la bêche, mais à la charrue et avec des instruments perfectionnés. Ces cultures occupent au moins 40 hectares. Elles permettent à la cité agricole *ûe fournir les associations ouvrières de la ville voisine, de légumes et de fruits de toute espèce ; et, par le bas prix des ventes, d'introduire une plus grande quantité de ces denrées dans la nourriture du peuple.
L'agriculture de la cité agricole n'est point savante : on l'apprend en peu de temps. Elle consiste à faire d'excellents labours, et à fumer, en général, moitié plus qu'on ne le fait dans nos campagnes. Pour avoir des masses d'engrais, voici le moyen que l'on emploie : tous les jours, tous les détritus, toutes les matières fécales, toutes les urines des hommes et des animaux, les eaux de vaisselle, les eaux du lavoir, etc., sont versés dans une grande cuve et brassés avec une poudre siccative de manière à former une excellente poudrette ; et puis la cité agricole possède une énorme quantité de bétail qu'elle nourrit l'été avec des fourrages productifs, tels que le maïs ; l'hiver avec des betteraves, des ajoncs pilés, etc.
La cité agricole a sa boulangerie» son atelier de
forge et de charronnage, sa fabrique d'instruments aratoires; elle fait des ouvrages de vannerie, des sabots, etc.
La cité agricole possède une infirmerie où les ouvriers des villes viennent chercher à bon marché le bon air, les joies des champs et le retour à la vie laborieuse ; une sorte d'hôtellerie où des ouvriers invalides et des retraités viennent vivre à bon marché. Elle a une basse-cour magnifique et très bien entendue, soit pour la production des œufs, soit pour Tengrais des volailles. Elle possède une fabrique de boissons économiques, de cidres et de poirés, égaux à beaucoup de vins et supérieurs aux boissons connues. A cette fabrique est annexée une brasserie.
Le même manège sert tantôt à fournir de l'eau à la cuisine, dans les écuries et dans tous les appartements, tantôt à râper des pommes de terre ou des betteraves, tantôt encore à battre les blés.
Un cabinet de lecture, muni d'une bonne bibliothèque, permet le soir à beaucoup de travailleurs de s'instruire, soit dans leur profession, soit en dehors de leur profession.
La musique et les arts sont cultivés dans la ferme sociétaire.
Telle est l'une des transitions que la société actuelle pourra créer entre ce qui existe et ce qui doit exister un jour.
Cette transition présente de bien grands avantages : elle supprime la guerre entre le propriétaire actuel et le fermier; elle supprime le prolétariat agricole en transformant les prolétaires en associés ; elle supprime les inconvénients des machines qui, cessant de travailler en concurrence avec les ouvriers, deviennent entre leurs mains des esclaves de bois et de fer fournis par la science. Elle facilite aussi les irrigations et la multiplication des engrais; perfectionne la culture jardinière
«t la grande cultore agricole; elle offre enfin mille autres avantages secondaires qui resSortiront de la leo lure des autres chapitres de ce livre.
Le compte rendu des Généralités de France, publié sous Louis XIV, établit qu*à cette époque les fermes du Berry se composaient d'assez grands édifices dans lesquels habitaient vingt on trente familles associées. Malheureusement elles ne possédaient ni le fonds de la terre, ni même le cheptel. Pourquoi ces associations, alors si nombreuses, ne se reproduiraient-elles pas aujourd'hui dans de meilleures conditions d'existence ? Pourquoi déclarer impossible ce qui a déjà et longtemps existé?
Admettons maintenant plusieurs fermes sociétaires rapprochées les unes des lautres. Admettons pour ces établissements une banque centrale, une direction unitaire ; et leur effet nécessaire sera de devenir assez ri* ches pour louer ou pour acquérir successivement toutes * les terres voisines, et y substituer le travail d'hommes associés au travail d'exploitation de l'homine par rhomme.
Mais pour réaliser cet immense résultat , pour l'étendre au globe entier, et supprimer ainsi la famine et la misère ; pour anéantir la lutte et l'antago^nisme qui commencent à cesser sons la forme de guerres sanglantes, mais qui se^perpétuent par la concurrence dans l'industrie ; pour rendre enfin les hommes mûrs à l'association, il faut développer à la fois leurs forces physiques, morales et intellectuelles. Tra-* vaillons sans relâche, évitons de brusquer les transitions, et pent-étre nous sera-t-il donné, sinon de réussir complètement, au moins de hâter un résultat dont pourront jouir nos neveux
Gonclnslon.
On peut résumer tout ce que nous avons dit au sujet 5 Tagriculture par ce seul précepte qui renferme imlicitement tous les autres :
pliciteoient tous les autres :
// faut SOCIALISER la proptHété foncière, qui a un caractère féodal, une forme trop individuelle.