‹ Le socialisme expliqué aux enfants du peupleChapitre 5 sur 13 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

coMifiencB.

Le commerce a pour mission de distribuer les produits aux consommateurs, et les capitaux aux producteurs.

Le commerçant est donc entrepreneur de transports, marchand ou banquier ; souvent il réunit deux de ces fonctions , quelquefois toutes les trois.

Télégraplies.

La télégraphie électrique est à Tancienne télégraphie ce que Timprimerie est à la copie manuscrite. S'il existait un télégraphe électrique de Paris à Pékin, le journal publié le matin à Paris pourrait, vingt-quatre heures plus tard , être reproduit en Chine. Les mers elles-mêmes cessent de faire obstacle à la circulation de la pensée, et la science prépare de jour en jour davantage l*iinité des peuples.

uu

Postes.

Sous Louis XIV, le Courrier de Paris arrivait une fois par mois dans Touest de la France ; il y a trente ans , deux fois par semaine et en trois jours ; aujourd'hui deux fois le jour et en douze heures. Nantes est moins éloigné de Varsovie, que Brest, il y a trente ans, ne Tétait de Strasbourg ou de Marseille. Ainsi tombent à petit bruit les barrières qui séparent les nations.

Gbemlns de fer.

Dans i*état actuel des choses , sur les chemins de fer bien installés, les voitures à vapeur font de trois à cinq myriamètres par heure. Ce moyen de communication est dispendieux à établir, parce qu'il faut , autant que possible , que la route sur laquelle on pose des rai(s soit droite et n'offre point de pentes sensibles. Généralement ils ne coûtent guère moins , tout compris, d'an million par lieue de quatre kilomètres.

Nul ne saurait prévoir encore toutes les modifications qui seront apportées, dans notre patrie et en Europe , par les routes à rails ; aussi leur rôle politique échappe-t-il à nos prévisions. Cependant, si les grands centres de l'ancien continent venaient à être réunis par des chemins de fer, nécessairement les populations des pays les moins éloignés s'épancheraient sur 1* Angleterre, et surtout sur la France , où elles s'enivreraient à longs traits de nos arts , de nos sciences , de nos libertés et de nos idées sociales, pour les reporter dans leurs pays.

L'esprit reste confondu en songeant qu'un jour nos neveux pourront aller en voilure de l'extrémité occidentale de l'Europe à la partie la plus orientale de

TAsie, et s'arrêter, en outre, dans les principales villes qu'ils trouveront sur leur passage, le tout dans l'espace de quarante jours.

Voitures à vapeur sur les routes ordinaires*

Les voitures à vapeur devront s'emparer, avant peu, des routes ordinaires. Elles auront l'avantage de pouvoir diminuer, de moitié au moins, le prix actuel du transport des voyageurs, en parcourant près de vingt kilomètres à l'heure, et de réduire des deux tiers le prix du transport des marchandises confiées aujourd'hui au roulage.

Elles ne pourront point entrer en concurrence avec les chemins de fer pour la rapidité , ni avec les canaux pour le bas prix; mais elles serviront merveilleusement à lier entre elles les villes de médiocre importance.

Canaux.

Ce moyen de communication , comme nous venons de l'indiquer, satisfait au besoin des transports économiques, de même que les chemins de fer au besoin des transports rapides.

On appelle écluses les canaux dans lesquels la pente des eaux est rachetée au moyen de chaussées qui en forment une série d'étangs successifs et d'écluses , ou sacs écluses^ qui servent à passer d'un étang dans l'autre, sans détruire le niveau constant et uniforme de leurs eaux.

On appelle canaux à points de partage, ceux dans lesquels deux vallées, le plus souvent étrangères au même bassin , sont mises en communication.

Les fleuves sont des canaux creusés par la nature. Ils ont le grand inconvénient de varier de profondeur, de présenter des hauts-fonds , et d'offrir souvent un courant considérable qui , s'il est favorable à la des-

cente, s'oppose constamment Si la remonte ; mais comme iLs ont précédé tout antre moyen decommnnication, la plupart de nos grandes villes sont bâties sur leurs rives. Ils sont d'ailleurs trop souvent la seule' voie de transport économique qu'aient à leur disposition lés populations riveraines.

Navigation it la vapeur sor le» fleuTc».

Les bateanx à vapeur établis sur nos fleuves ont souvent quintuplé le nombre des voyageurs, comme cela s'est vu entre Nantes et Angers. Mais ils ne pourront cependant , si ce n'est dans quelques cas exceptionnels, soutenir la concurrence, soit avec les chemins de fer, soit même avec les voitures à vapeur des routes ordinaires. Les bateaux à vapeur des Etats-Unis sont gigantesques ; ce sont, en réalité, de grandes maisons flottantes.

Boate» ordinaires.

En permettant d'employer des voitures pour le transport des marchandises et des hommes , elles ont été le premier pas de la civilisation vers des progrès ultérieurs. Les routes à la M^c Adam , sur lesquelles les diligences anglaises font jusqu'à quinze et seize kilomètres à l'heure, offrent, sous ce rapport, ce que l'on peut trouver de mieux. Elles présentent les mêmes avantages que les célèbres voies romaines^ sans coûter autant en frais de premier établissement.

Prix moyens du fret pour les transports a l'intérieur. NouTelles commnnicatlona A créer.

Sur les routes ordinaires de France, dont les pentes

ii*excèdent pas trois centimètres , le transport de mille Icilos, k mille mètres de distance , coûte, fr. 0,25 Sur les chemins de fer à pentes insensibles. . 0,032 Dite. . . . inclinés de un centimètre. 0,096

Dilo. . deux centim. . 0,160

Dito trois centim. . 0,22(i

Sur les rivières, par ordinaire 0,0369

Sur les mêmes , par accéléré 0,0697

Sur les canaux à grande section 0,015

Sur les canaux k petite section 0,02

Ce tableau , qui concerne spécialement la France , peut cependant s'appliquer à la plupart des autres contrées.

Si maintenant nous jetons les yeux sur le globe , nous comprenons facilement que quatro mille myriamètres de canaux, autant de chemins de fer, et douze mille de routes ordinaires, suffiraient dans le moment actuel , avec ce qui existe , pour son exploitation , et donneraient à toutes nos industries un essor gigantesque.

Toutes ces communications réunies ne coûteraient cependant que 21 milliards. £n y ajoutant 9 milliards employés à améliorer les ports , à faire de grands défrichements, à établir des entrepôts écluses , des ponts aussi beaux et mieux adaptés à notre civilisation que ceux des Romains, on arrive à ce résultat :

Il suffirait déplacer, en avances faites à l'industrie, dix fois le budget de la France , pour faire atteindre au monde unf degré de prospérité matérielle peu audessous de cèHque nous appelons aujourd'hui des utopies.

• P^age» de» voles de commaiilcaUon.

C'est une opinion bien erronée que celle que certains économistes ont émise dans ces derniers temps,

tiS

savoir, que les cheniias de fer et les canaux ne doiven être entrepris que dans le cas particulier où leur péages pourraient représenter 5 pour 100 des capitau: employés à leur construction*.

Au dire de Dupont de Nemours, le canal du Laoguedoc Toiturait, il y a quarante ans, un commerce d( 50 millions par an. Il donnait , chaque année , 5 millions de bénéfices aux marchands sur leurs frais de transport; il avait augmenté le revenu des terres voisines de 20 millions, dpdt dépassaient, par les impôts directs et indirects, fià^ns la caisse du gouvernement; et cependant il ne soldait pas en péages les 5 pour 100 des 30 millions employés à sa construction.

L'ingénieur Favier a calculé que le canal du Centre, qui ne donnci^^que 3 pour 100 des 16 millions (valeur actuelle) qu'il a coûté, a cependant augmenté le reveoo de la France de 5 millions 680 mille francs , et a produit au gouvernement, en impôts de toute espèce, 12à 15 pour 100 du capital.

Nous avons aussi , nous, présenté des considératioas du même genre dans notre Statistique des canaux it Bretagne,

Nous conclurons donc que les gouvernements doivent constamment s'efforcer d'ouvrir des voies de communication , sans beaucoup s'inquiéter des péages qu'ils pourront percevoir. Toutes les entreprises de ce genre sont bonnes , et l'on ne saurait discuter aujourd'hui que sur la plus grande opportunité des unes ou des autres.

AccmnaUitloii des capitaux; effet des maclilnes.

Observons, en passant, la tendance des capitaux à s'accumuler. Un canal est-il créé ? celui du Languedoc, par exemple : bientôt ses rives ont augmenté de

&00 millions de valeur, oa treize fois la valeur primitive du canal Ce seul fait nous explique combien la richesse sociale pourra être immense un jour.

D'un autre côté , Perronet a écrit que le canal de JBriare produit une épargne réelle de 550 hommes et de 3,000 chevaux, qui seraient continuellement occupas au tran<:port des marchandises que Ton y embarque. Or l<*s 3,000 chevaux représentent, pour la quantité de terrain destiné à les alimenter, 24,000 hommes , ainsi que pour la force qu'ils sont susceptibles de développer.

Ces deux exemples, qui prouvent la rapidité avec laquelle s'accroissent nos moyens producteurs, sont une preuve de plus contre l'opinion de Malthus sur la population et la nécessité de la misère.

Intervention des ffoavemements dans les travanx paMlcs et dans les entreprises privées.

C'est encore une opinion très fausse que celle des économistes qui voudraient , dans l'intérêt de leur pays, soustraire les travaux publics à l'action centrale, c'est-à-dire du gouvernement. Suivre leur avis, ce serait livrer les moyens de transport au Monopole de quelques sociétés privilégiées; ce serait renoncer à toutes les voies de communication qui ne peuvent payer les 5 pour 100 du capital nécessaire pour les établir; ce serait çnGn marcher directement à la féodalité commerciale. Bien aveugle le pays qui ne comprendrait pas aujourd'hui qu'il ne saurait jamais emprunter plus utilement que pour la construction de roules , de chemins de fer et de canaux , et qu'il importe de ne pas en prohiber le parcours par des péages trop élevés. Et puis n'oublions jamais cette règle : aux individus le règlement des intérêts individuels, aux fa-

milles celui Ae leurs intérêts spéciaux , aux x^ommunes celui des intérêts communaux , aux cantons celui des intérêts cantonaux, aux déparlements celui des îiitérêls départementaux, à TEtat , à la patrie, à la grande association nationale, celui des intérêts nationaux.

Il ne faudrait pas conclure de ce qui précède , que nous voulions limiter Tintervention de la société aux travaux publics. Noos croyons , en effet , qu'il est encore un grand nombre de cas où Tadministraiion doit faciliter le développement des grandes usines , surtout par la création de moyens de transport. Ainsi nous concevons que le gouvernement , ayant découvert une mine de houille , la confie à une association ; et qu'ensuite il en facilite l'exploitation par un chemin de fer que l'administration de cet établissement ne saurait entreprendre à ses frais. Bien entendu qu'en pareil ca.il saurait spécifier certaines obligations , pour les producteurs de houille, au profit des consommateurs.

NaTlgaaon maritime.

Viennent maintenant les moyens de communication à l'extérieur. Ils se classent aujourd'hui sous quatre chefs : le petit cabotage , le grand cabotage , les dépêches et le long cours.

Encore quelques améliorations dans la construction des bateaux à vapeur, encore quelques réformes dans les tarifs des douanes au sujet des fontes , des fers , des machines, des houilles, et les deux cabotages se diviseront en cabotage régulier ou h la vapeur, et cabotage ancien ou irrégulier. Le premier, par son action rapide et sûre , correspondra aux chemins de fer ; le second représentera l'action plus lente , mais plus éconouiique ,

des canaux.

Il a déjà été question de paquebots à vapeur destinés è mettre en relation tous les grands ports de l'Europe:

ce qui prouve que des entreprises de ce genre sont jugées utiles et correspondent , dès aujourd'hui , à notre situation industrielle. Sous ce rapport, comme pour les paquebots destinés aux. dépêches , nous sollicitons l'action des gouvernements. Il faut aux sociétés qu'ils représentent des voies économiques et promptes pour les transports à l'extérieur, comme pour les transports b l'intérieur.

Entrepôts.

Par la coupure des Isthmes de Suez et de Panama » rÉgypte, d'une part, de l'autre la République actuelle de Guatimala et les grandes Antilies, deviendraient les deux premiers entrepôts de l'univers, ce qui devrait nécessairement modifier les habitudes actuelles du long cours , pour le réduire , en quelque sorte, dans un grand nombre de cas, à un grand cabotage. Les dangers du cap Horn et du cap de Bonne- Espérance , si féconds tous deux en tempêtes , disparaîtraient par suite.

Au moyen âge, certaine.^) villes. Gênes, Venise, Amalfi, Biircelone et Marseille, étaient en possession de tout le commerce du Levant, qui se faisait alors en entier par la Méditerranée. C'étaient de véritables entrepôts, les lieux de contact et d'échange des marchandises de nos contrées chrétiennes et féodales , contre celles des pays Indiens et musulmans. Or il est aujourd'Iiuî d'autres villes et d'autres contrées qui tendent à jouer le même rôle. Ainsi , par la coupure de l'isthme de Suez, nos relations avec l'Inde devront redevenir encore méditerranéennes comme avant la découverte de la boussole.

Les Anglais, en créant leurs nombreuses colonies d'entrepôt , semblent avoir eu pour but de s'assurer r approvisionnement universel du globe. Toutes sont

situées de manière à leur permettre l'exploitation de conirécs étendues : ainsi Jersey et Guernesey, dans la Manche , servent à solder à la France , par la contrebande, la différence des importations. Malte et Corfou rapprochent l'Angleterre du Levant , et assurent sa prépondérance dans le commerce méditerranéen , dont Gilbraltar est la clef. Cette ville lui permet encore de fournir à l'Espagne tous ses produits ; c'est, ea outre un bazar d'où elle sort fréquemment pour faire des excursions mercantiles dans les États barbaresques. Les îles d'Ormus et de Kescbmis résument le commerce du golfe Persique et des pays arrosés par les grands fleuves qui s'y jettent; Socotora est une possession unique par rapport à la mer Rouge ; Penang commande le détroit de Malacca; les îles de Melleville ei de Bathurst lui seront un moyen de pénétrer en Chine et au Japon , pendant que le cap de Bonne-Espérance sert à lui assurer la suprématie de l'océan Indien \out en facilitant son invasion dans l'intérieur de l'Afrique, et que Ânanbon et Ferdinand -Po lui livreront \k Guinée.

Les établissements qui portent en France le nom d'entrepôts ne sont autre chose que des magasins surveillés par le gouvernement. Les marchandises qui y sont déposées jouissent du privilège de n'être soumises aux droits qu'à leur sortie. Il y a cependant une tolérance accordée aux négociants solvables, que noas devons faire connaître.

Ou appelle marchandises en entrepôt fictif, celles qui sont déposées chez leurs propriétaires, à la condition de les représenter en nature à chaque visite, et d'acquitter les droits d'entrée au moment de la vente. Dans le cas d'entrepôt réel, comme dans celui d'entrepôt fictif, la liberté de ne payer les droits qu'à la sortie de l'entrepôt constitue pour le commerce un véritable prêt qui lui est cxtrêmeuient profitable. La bonne organisation

des magasins d'entrepôt est d*ane haute importance pour les transactions commerciales. L'Angleterre présente sous ce rapport d'admirables modèles que nous ont fait connaître les frères FJachat. *0n les appelle docks. « Ils consistent en longs bassins bordés de ma* » gasins ; entre les magasins et les bassins se irouve un » quai couvert d*un hangar. C'est là que les marchan- » dises sont pesées , vériGées , conditionnées ; de là , » prises par des grues , elles sont emmagasinées , et , » lorsqu'elles doivent en sortir, c'est par la face oppon sée du magasin que d'autres grues les descendent » sur des chariots qui les emportent. Ainsi la compta- » blUté et ia surveillance deviennent extrêmement fa- » ciles. »

. Les débarquements se font dans ces établissements avec le plus grand soin et la plus grande économie. Les colis sont mis à quai à mesure du débarquement ; ils passent d'abord entre les mains des tonneliers , qui en sont responsables au moment de la livraison , pour le conditionnement; puis entre celles des marqueurs. La marque doit porter le numéro de rotation du navire , le numéro porté sur le manifeste et la date de l'année. Les barriques ou colis marqués et pesés , on en prend des échantillons. Le garde-magasin reste responsable du bon arrimage des marchandises dont le propriétaire reçoit une reconnaissance appelée warrant. Ces warrants sont transmissibles par endossement comme les billets à ordre.

Les résultats de ce système sont :

1"* De débai'rasser les négociants des soins matériels de leurs marchandises ;

2"" De les dispenser d'avoir des commis et des« bureaux;

3° De permettre la mise en portefeuille de leurs marchandises comme celle de toute autre valeur circu-

lable;

h^ De mettre réellement en circulation tontes les marchandises en stationnement dans les entrepôts.

ItoiMm eonmeretelc de Londres.

« Cette maison , disent les frères Flachat , se compose » de longs corridors le long desquels sont distribués » de petits appartements composés d'une antichambre » et d'un cabinet. C'est là tout le local nécessaire aux » plus fortes maisons opérant sur lei denrées exotiques. » M unis des warrants de leurs commettants, les courtiers » (un courtier est un notaire commercial) vont de t'un » à l'autre de ces cabinets , et , après l'inspection des « échantillons qui se trouvent à l'étage au-dessous , la marchandise peut changer de propriétaire, par une » signature , sans aucun frais de manutention , de pe- >» sage ou de transport »

■ SpéeoiatloB.

La spéculation consiste à acheter une marchandise lorsqu'elle esta bon marché, pour la revendre lorsqu'elle est clière. Les entrepôts, en servant à constater l'approvisionnement, la font sortir du cercle des opérations de hasard.

En France , le marché de Bordeaux est mieux réglé que celui de Marseille ; celui de Marseille, mieux que celui de Nantes; celui de Nantes, mieux que celui dn Havre ; celui du Havre, que celui de Paris. Aussi dans ce dernier, la spéculation est-elle soumise à mille chances imprévues. £n Angleterre , le marché de Londres est parfaitement réglé et domine tous les autres. Entre deux arrivages^ les marchandises y augmentent de 5 à 7 pour 100 ; par suite , le commerce sur place peut y être fait avec chances de bénéûces, minimes à la vérité*, mais presque certains.

RMnltcor «mnelrctel* Scatlsttiiae anWerMlle.

Il serait atile qae dans chaque pays il existât uq Moniteur commercial qui , deux fois le mois , donnerait l'inventaire des entrepôts. Chaque jour il ferait connatire les arrivages, les départs, (es sinistres; et tous les mois , le mouvement de la circulation tant extérieure qu'intérieure. Une semblable publication , qui s*enrichirait encore de tous les documents officiels» contribuerait à détruire les funestes effets de la concur* rence et ajouterait à Ja sûreté de la spéculation.

Tous les ans, en outre, il devrait être publié une statistique générale des affaires faites sur les principaux marchés , et de la quantité de produits de toute nature créés par chaque contrée. Cette statistique uni<« verselle conduirait encore à d'heureux résultats, en prévenant une foule de fausses opération» commerciales et industrielles.

lillicrié lia comineree.

Si la nature a varié le sol , le climat , la position , Iq caractère des différents peuples, c'est sans doute pour les rendre propres, dans 1 association humanitaire. Si des emplois différents. Chacun d'eux doit donc cultiver SCS facultés spéciales, plutôt que de chercher à se fournir lui-même tous les articles réclamés par sa consommation. Les protections fiscales accordées par un gouvernement à des industries qui ne sont pas faites pour la contrée qu'il régit sont un grand mal, en ce qu'elles créent une masse considérable d'intérêts fictifs qui s'opposent ensuite à toute amélioration.

En 1667, Golbert, voulant faire naître en France des manufactures nouvelles, prohiba par un tarif les importations de la Hollande qui, à cette époque, fournis-

. sait l'Europe entière. Mais la Hollaude , à son tour, cessa d'acheter nos vios , nos eaux-de-vie , et nous payâmes plus cher nos produits manufacturés. Cette guerre mercantile se transforma bientôt eu une guerre véritable dont le système continental de Napoléon n'a été que la conséquence.

Eu 1824, nous avons commis une nouvelle faute en n'arrêtant pas chez nous la fabrication du sucre indigène; car nous avons nui aux fabriques dont les produits servaient à acheter le sucre exotique , et nous nous sommes condamnés à payer le sucre français plus cher que le' sucre étranger. Aujourd'hui, les propriétaires dont les capitaux «ont engagés dans cette industrie s'opposent à toute réforme.

« Quand il faut , dit Storch , moins de travail oi » moins d'argent pour acheter une quantité suffisaoie » d'un article, il est clair qu'il reste une plus graode » somme de travail ou d'argent pour en acheter ou pour » en produire d'autres, et que la somme des richesses » nationales est augmentée. » Cet économiste n'est p'«s le seul qui pense ainsi: MlM. Ganilh, Say, IVlac. Culloch, Parnell , Péreyre , développent la même opinion dans leurs écrits. Comment pourrait-il en être autremeDi, lorsque la France offre malheureusement tant d'exemples des abus du système prohibitif ou protecteur? A'^ moment où éclata la révolution de juillet, les encouragements donnés à la production intérieure n'avaieni-i^ pas supprimé plusieurs débouchés , et poussé Lyon, Louviers, Tarare, Rouen, à produire des soieries, des draps, des mousselines, des fers et des cotonnades bien au delà de la consommation , et de manière à encombrer tous les magasins ?

Ce fut en 1820 que les marchands de Londres présentèrent à la chambre des communes une pétiiiun dans laquelle ils réclamaient la liberté du. commerce, en soutenant leur opinion par des arguments irrcsis-

tibles. Ce fait mémorable, sous le rapport commercial, [ut imité bientôt par Glasgow ,. Bristol et toutes les grandes villes commerçantes de l'Angleterre. Depuis cette époque, l'Amérique, en 1827, par le rapport des citoyens de Boston , et la France , en 1828 , par la pétition des douze mille cinq cents propriétaires de vignes, ont adhéré pleinement à ropinion des hommes d'affaires de la Grande-Bretagne qui gagne tous les jours du terrain. Cependant la liberté absolue du commerce serait aussi nuisible qu'utile dans le moment actuel, au moins pour la France. Il faut nécessairement une transaction entre le passé et l'avenir. Sous ce rapport, nous croyons que le projet suivant, emprunté par nous, mais avec modifica lions, à sir Henri Parnell, et soumis à diverses sociétés scientiûques et industrielles qui l'ont pris en grande considération, serait à peu près ce qu'il y aurait de mieux.

Projet de règlement eommerdaU

l** Les droits doivent être entièrement supprimés , mais d'une manière progressive , sur les matières premières nécessaires à la vie ou aux opérations importantes de l'industrie.

2" lis doivent être considérablement diminués sur les articles étrangers utiles à la vie et à l'industrie , mais non indispensables.

3° Il est bon , même dans l'intérêt du Trésor, qui perd toujours aux droits trop élevés , d'examiner jusqu'à quel point il faut réduire les droits sur les objets de luxe.

Produits de la première classe : Laine de brebis , lin , soie brute , chanvre , drogueries pour teintures , cuirs et peaux, engrais divers, écorces et bois, chiffons, fontes, plomb, étain, cuivre, fer, aciers, charbon de terre, ardoises, blés, bétail, sel.

Produite de la deuxième classe : Gottm filé , laine lin9 et chanvres filés» fil retors, savon, soie organsinc paille tissée, machines, papiers , livres, instruments d science, fer-blanc, poisson salé, huile, boissons.

Produits de la troisième classe : Tissus étrangers spiritueux , sucres , café, tabac, meubles, bijouterie modes, vaisselle d'or et d'argent , etc.

Les droits k percevoir sur la seconde et la troisième classe seraient perçus de la manière la plus commode pour le négociant importeUr, et ils seraient toujoan asses modérés pour ne pas nuire k la vente , xonditios essentielle, car ces articles ne peuvent être payés que par l'exportation des produits indigènes.

Gommcrec de» denrées de première neeesslté.

La disette des premiers mois de 18/!(7, les éettes créées à cette époque à la plupart de nos villes pir/<' cherté des grains, le mauvais état de nos finances, \c^ misères dont nous avons été témoins dans l'hiver &e 18/i8 , la déplorable qualité du pain fourni sur beaucoup de points par les produits de l'importation , le coup de fourche de Buzançais qui pouvait êti*e le signal d'une nouvelle Jaquerie sans résultat social , tous ces enseignements et tant d'autres Implicitement renfermés dans la question des grains seront-ils perdus pour la classe bourgeoise ? Avons-nous besoin, di«gs-je en janvier 18/i8, dans mes C(mseits à la bourgeoisie^ avonsnous besoin, dans cette affaire comme dans mille autres, d'épouser les intérêts de la maison Rothschild et des loups-cerviers qui voudraient jeter leurs écus dans la balance ? Si le vainqueur de Rome a pu dire : Vœ oietis ! malheur aux vaincus ! est-ce donc une raison pour qu'un Brennus de la banque puisse dire , avec noVtt autorisation : Vœ tniseris ! malheur aux malheureux! Si l'incarnation du monopole, si la Bourse n'a ni cœur

ni entrailles « si elle ne voit dans le peuple que des unités de force à côlé les unes des autres, et trop souvent des unités de consommation « des unités de machines humaines, nous» les disciples de MoîsOi^ de Jésbs et de Py thagore , nous les tuteurs politiques des classes pauvres , nous , les frères des malheureux , pouvonsnous accepter de participer à leur exploitation ?

Hâtons-nous donc , dans l'intérêt du peuple , dans celui même de notre conservation , si nous savons le comprendre, d'organiser dans chaque ville une boulangerie sociétaire 4'après le meilleur modèle connu. Sinon, faisons, comme dans quelques grandes villes de l'étranger, des boulangeries communales. Que partout la vérité préside aux transactions; que le pain soit toujours vendu pour ce qu'il est : pain de froment avec un quart de maïs s'il contient un quart de maïs; pain de froment avec un quart de riz, s'il contient un quart de riz.

Quoi de plus facile que d'organiser, par Tinlermédiaire de nos préfets , une association de propriétaires appuyant et garantissant dans chaque ville les opérations d*un grenier d'abondance, et celle de la boulangerie soit sociétaire 9 soit communale qui y serait annexée ?

Depuis l'époque ou j'écrivais ces lignes, la question a singulièrement marché. Une boulangerie sociétaire, établi&li ï^antes, a réalisé en un an, malgré l'impéritie de ses chefs et desmécomptes de toute nature, un bénéfice de 2,500 fr. Cette boulangerie a prouvé qu'elle pouvait livrer, an prix du pain de deuxième qualité, du pain presque toujours supérieur ou au moins ég<|l à celui de première qualité, et pesant constamment le poids. Il a été reconnu que ce pain était plus nutritif, selon les uns d'un sixième, selon tous d'un dixième au moins, que le meilleur pain des boulangeries ordinaires. Ailleurs, dans une petite commune, on a mieux

fait encore ; on a transformé le boulanger en un salarié de la commune, et Tassociation communale a pris pour règle de fournir gratuitement le pain à toutes les familles dont les chefs seraient malades.

Les boulangeries sociétaires, véridiques ou communales, seraient aujourd'hui, en France, en grande prospérité, si elles n'avaient rencontré l'opposition du gouvernement , et surtout celle de l'aristocratie nobiliaire et cléricale, pour faire obstacle à leur développement Il y aurait un volume à écrire sur toutes les misères et tribulations de la boulangerie de Nantes ; et cependant nous sommes parvenus, malgré tout, à la réorganiser après quelques mois d'interruption.

Les boulangeries par association conduiront aux meuneries : d'un côté , les grands établissements de mouture seront heureux d'avoir une clientèle fixe et assurée; de l'autre, les producteurs de céréales auront intérêt à s'entendre avec les boulangeries par association , pour se créer, dans les meuneries , des entrepôt certains et des débouchés constants. Ainsi seraient d^i reliés directement , sans intermédiaires coûteux , sans parasites vivant à leur détriment, les consommateurs de pain et les producteurs de blé » si l'association avait joui en France de cette liberté à laquelle elle a droit. Cette association , si utile aux deux parties, eût réduit les frais actuels au profit des associés consommateurs ; elle eût donné aux laboureurs la possibilité de recevoir, aussitôt le dépôt de leurs blés, un bon de circulation égal à la moitié de la valeur de leurs récoites ; elle .leur eût permis encore d'attendre pour les voûtes les moments favorables.

Les meuneries sociétaires , avec approvisionnement (Vun ou de plusieurs mois , les boulangeries sociétaires avec pareil approvisionnement, et les entrepôts de céréales' annexés aux meuneries Sociétaires, voilh trois moyens très simples d'abaisser le prix dû pain, de

l*avoir- toujours excellent en qualité, et de se mettre à Vabri des disettes réelles on factices.

Si maintenant nous étudions le commerce des viandes , il nous est facile de reconnaître que , partout , le système des associations peut en diminuer le prix d'un quart et le plus souvent d'un tiers. Pareil résultat peut avoir lieu pour le vin; quant aux épices, c'est autre chose : les denrées se vendraient le même prix qu'aujourd'hui, mais elles ne seraient plus fraudées. Le poivre ne serait pas un mélange de poivre et de poussière ; le sucre pilé un mélange de sucre et de glucose ; le chocolat un mélange de chocolat et de fécule ; le café moulu un mélange de café et de chicorée ou de café avarié.

£tendez maintenant l'association : Que les vignerons, les éleveurs de bétail et les producteurs des colonies se mettent en relation directe avec leurs consommateurs, aussitôt les marchés se trouveront approvisionnés et régularisés au mieux des intérêts communs, et les profits habituels du parasitisme seront partagés entre le producteur et le consommateur.

Oh! ne croyez pas, gens inquiets de toute innovation 9 que tout cela se puisse faire sans transition. El vous, mes amis, mes coreligionnaires, vous-mêmes, communistes les plus ardents et les plus radicaux de tous, ne croyez pas que demain vous puissiez , par des décrets et par l'intermédiaire du gouvernement, oi^niser ces grandes institutions qui prépareront les œuvres plus grandes encore du siècle prochain. La société ne marche point par sauts et par bonds. Les décrets n'imposeront jamais le savoir, la fraternité , l'amour. Le chêne , ce symbole de la liberté, ne pousse point en serre chaude; il ne s'accommode pas de la main de vos jardiniers , il veut le grand air des champs et Tindépendance. Laissez à Tassociation toute sa liberté ; que partout elle puisse se formuler librement, selon les mœurs, Fesprit, le

caractère et ravancement dés populations^ niais gardezvous d'imposer à l'ignorance nn progrès qu'elle ne pourrait porter encore. Diminuer d'un quart, souvent d'un tiers, le prix de la vie; se mettre à l'abri de l'agiotage et du monopole, ce n'est pas, sans doute, résoudre le problème social , mais c'est entrer largement dans la voie qui conduit à sa solution.

Hoiuuilet. Lcor valenr dans le passé.

La difficulté de l'échange direct a fait inventer les monnaies. Mais Targent monnayé étant lui-même une marchandise, sa valeur a dû varier. J.-B. Say a proposé, pour apprécier ses mutations, de rechercher combien, à diverses époques, il a fallu de grains (poidsj d'argent fin pour acheter nn hectolitre de blé. Il a dit avec raison, à ce ^ujet, que la quantité de travail nécessaire pour produire un hectolitre de froment peat être considérée comme constante depuis bien des siècles.

Voici d'ailleurs le résultat de ses recherches :

Grains c

rargeot fia.

 Athènes,

sous Démosthène,

l'hectolitre de

blé coûtait.

A Rome , sous César,

id.

En France ,

, sous Gharlemagne

, id.

sous Charles TU ,

id.

en 151/i,

id.

id.

id.

id.

id.

id.

Banqaes de dépôts.

Pour échapper à Tinconvénient de la multiplicité des monnaies et aux fraudes qui accompagnaient trop souvent leur émission, les négociants imaginèrent, au déclin de la féodalité, un procédé fort ingénieux : c'était de confier chacun, à un établissement appelé banque de dépôt, une certaine masse d'argent en lingots ou en monnaies de bonne qualité. Chaque négociant avait son compte à la banque , qui par de simples transferts sur ses livres réglait les comptes particuliers des dépositaires.

L'action des banques de dépôts consistait par suite à ramener à l'unité des monnaies très dissemblables; mais elle ne s'étendait pas au delà.

On a cru pendant longtemps que les métaux précieux constituaient seuls la richesse des peuples. On regardait alors comme avantageux le commerce qui rapportait de l'argent dans un pays en échange des marchandises qui en étaient sorties, et comme nuisible l'exportation de cet argent au dehors. De cette fausse idée sont nées des lois prohibitives dont beaucoup sont encore en vigueur. On s'imaginait, par Jeur moyen, feire pencher en sa faveur ce que l'on appelait la balance du commerce. On voulait encore à toute force, dans les siècles derniers, toujours par suite de cette déplorable erreur, que les exportations eussent une plus grande valeur que les importations; et l'on ne songeait pas qu'acheter et vendre sont corrélatifs; que les peuples qui importent beaucoup doivent nécessaire* ment produire beaucoup pour solder leurs achats ; et qu'il vaut toujours mieux fabriquer les produits naturels au sol et au génie des habitants, pour les échanger contre des produits exotiques supérieurs, que de chercher à faire éclore dans une même contrée toutes les productions du globe.

Origine et effets des tianiiaes.

a Le système des banques a pris son origine en Italie; il ne fut introduit en Angleterre qu'au* milieu dn xvji« siècle (en 1645), lorsqu'un nommé Francis Cbild établit une maison de banque à Londres. Bientôt après, MM. Snow et Dean en ouvrirent une dans le Strand (1). Ces maisons continuèrent leurs affaires pendant environ deux cents ans avec le plus grand succès. Plus tard, on vit s'établir en Angleterre une banque publique ; mais ce ne fut qu'en 169û que la banque d'Angleterre, qui doit son origine à un emprunt du gouvernement, fut fondée par le cinquième acte^ dit de Guillaume et de Marie. Bien des années après, on reçut encore des souscriptions pour en augmenter les capitaux. Les premières années de cet établissement qe furent pas prospères; néanmoins il rendit de grands services au gouvernement pendant la sixième année du règne de la reine Anne (1707), en lui prêtant de grosses sommes d'argent. II fut stipulé, qu'à commencer du 29 septembre 1708, durant l'existence de la banque d'Angleterre, aucune autre compagnie, dont les membres excéderaient le nombre de neuf, ne pourrait émettre des billets payables à un terme de plus de six mois ; mais cette clause a été modifiée dans la suite. Depuis cette époque, les banques se sont tellement multipliées dans la Grande-Bretagne, qu'on en a compté plus de huit cents répandues dans les comtés et les principales villes commerçantes et manufacturières ; ces établissements ont prodigieusement augmenté la circulation des capitaux et favorisé le développement de toutes les branches de l'industrie natioùale.

(1) Le Strand est le quartier commerçant de Londres ; c^est la rue Saint-Martin de la capitale des iles Britanniques,

» Oo jugera par la note suivante de la quantité de billets que les succursales de la banque d'Angleterre mettent en circulation dans les comtés. Pendant Tannée 1832, d'après les rapports officiels, il a été rois en circulation :

A Glocester, pour la valeur de 58,399 liv. st. Manchester, — 1,329,260

Swansea, — 51,680

Birmingham, — . /il9,090 IJverpool, — M0,890

Leads, — 205,110

Exeter, — 31,960

Newcastle, — 53,260

Hull, — 63,060

Norwick, — 31,950

Bristol, — 121,890

» (La livre sterling vaut à peq près 25 fr. de notre monnaie). »

Ce relevé est indépendant des autres émissions des banques particulières des comtés, lesquelles ne sont pas des succursales de la banque d'Angleterre.

Crédit.

Crédit signifie confiance. Faire crédit à quelqu'un, c'est le juger solvable et lui supposer la volonté de payer. Sans le crédit, le commerce serait nul, car il se fait fort peu d'affaires au comptant.

Avec du crédit, les commerçants se trouvent presijue dans la même position que s'ils étaient riches de toute la fortune qu'on leur confie, et ils peuvent étendre leurs affaires dans V espace et dans le temps. Les métaux précieux sont la monnaie dont on fait usage sur les marchés et pour le comptant. Le papier (billets) est la

monnaie du crédit ; c'est la seule qu'on emploie d'habitude dans les lieux appelés bourses.

La monnaie aurait atteint son maximum de perfection , si elle était la même pour tous les pays. Aujourd'hui, sans en être arrivée à ce point, elle a cependant, dans les contrées civilisées, un caractère social. Il n'y a pas encore six siècles, elle était soumise à autamt de variations qu'il y avait de seigneurs puissants, et à des altérations fréquentes qui lui donnaient un titre mensonger.

Le crédit tend tous les jours davantage à supprimer la monnaie. En Angleterre, où il est plus perfectionné qu'en France, et où les affaires sont plus nooibreuses, il y a une moins grande quantité de valeurs monétaires en circulation. Un économiste anglais du plus grand mérite, le banquier Ricardo, a écrit que la monnaie serait parfaite le jour où elle serait tout entière à Féut de papier.

La monnaie du crédit, le papier, tend d'aillears, comme nous allons le démontrer, à subir les mêmes transformations que les monnaies métalliques, c*est-adire à passer de son état actuel, qui n'a qu'un caractère individuel, à un état qui lui donnera un titre de plus en plus social, ou, ce qui revient au même, de plus en plus unitaire.

Lettres de change.

La lettre de change est un papier au moyen duquel un commerçant fait payer à son débiteur, à l'ordre de celui qui en est porteur, la somme qui lui est duc. On comprendra son utilité par un exemple. Un négociant expédie de Paris à Calcutta des articles de modes ; aussitôt il prie son correspondant indien, par lettre spéciale, d'en solder le montant, et il vend cette

ptnère de payer ^ par exemple, aux négociants anglais avec lesquels il est en relation. Ceux-ci, à leur tour, transmettent à leuf s commettants, à Calcutta, la prière ou lettre de change du négociant parisien, et ces derniers en touchent le montant, qui leur est compté, soit en argent, soit en billets de banque.

L'invention des lettres de change est due aux Juifs. Ce fut sous Louis XI, en 1/^62, que les édits en parlèrent pour la première fois; mais elles sont bien antérieures. Leur effet sur le commerce a été immense.

Promewes.

La promesse est un progrès sur la lettre de change en ce qu'elle suppose le crédit plus avancé. Par elle, un industriel s'engage à solder une somme donnée à une époque à laquelle il présume qu'il aura pu obtenir des rentrées. £lle fournit aux hommes dont la science, le travail ou la fortune offrent des garanties, le moyen de les exploiter. Son introduction dans les affaires a en outre singulièrement développé l'action de ces entrepôts de capitaux que l'on appelle banques. Le public, en effet, ne saurait avoir confiance dans un papier qui ne porte qu'une signature peu connue ou même inconnue. Il est nécessaire que l'industriel qui veut anticiper sur le produit de ses marchandises, que l'agriculteur qui veut escompter à l'avance la moisson qui est encore sur pied, s'adressent à un homme plus connu, à un entreposeur de capitaux ou banquier, pour que celui-ci, en apposant sa signature sur leurs promesses, les rende propres à la circulation en leur enlevant leur caractère trop individuel et en leur donnant un titre plus social.

EscompCe.

Lorsqu'un négociant* à court d'argent, se troave avoir des billets en porlefeuille, il s'empresse d'aller chei an banquier. Celui-ci, si les valeurs lui semblent sûres, en solde le montant, après avoir prélevé tout d'abord une prime pour ses peines et risques, et l'intérêt de ces valeurs jusqu'au jour de l'échéance. Cette opération du banquier s'appelle escompter; la prime et rintérêt des valeurs réunis portent le nom iV escompte.

Ce sont, en général, les petits commerçants et les petits industriels qui, n'ayant que peu de fonds en maniement, se trouvent dans la nécessité de faire escompter leurs billets ; et comme leur nombre est immense par rapport à celui des grands chefs d'industrie et des propriétaires qui jouissent du privilège de vivre, Jes bras croisés, du travail de leurs fermiers, il s'ensuit naturellement que le bas prix de l'escompte est très fr^orable aux producteurs, comme son élévation leur est très nuisible.

Intérêts des fonds.

Le taux de l'escompte, et celui du loyer de l'aident, sont intimement liés ; l'un et l'autre ont toujours marché en s'abaissant depuis le moyen âge. Nous voyons fréquemment, en consultant nos annales, que nos princes et nos grandes villes ont souvent emprunté i des taux usuraires. Pendant que l'intérêt était à 10 et à 12 pour 100 dans les républiques commerçantes d'Italie, il s'élevait en France à 20 et 30 pour 100. Ainsi, au xvii* siècle, la cité de Nantes emprunta à 20 pour 100 sur hypothèque, c'est-à-dire à un taux

cfuatre fois plus élevé qu'aujourd'hui. Ânsri les affaires ^taieut-elles presque nulles à cette époque, qu'ont signalée tant de guerres, de pestes, de famines et de misères de toute espèce.

On a beaucoup parlé, dans ces denilères années, du crédit gratuit. Mais ce qu'il faut avant tout au travailleur, c'est le crédit très facile.

Usure.

Il y a l'usure défendue et l'usure légale. Voici ce que c'est que l'usure légale : Un paysan a besoin de 300 fr. , il les emprunte : on ne les lui prête que pour un an ; les frais d'acte et autres atteignent rapidement 15 fr., de sorte que les 300 fr. coûtent 30 fr. de location, ou 10 pour 100.

Il y a usure prohibée lorsque le prêteur stipule un intérêt au-dessus de 5 pour 100 ; or, dans le commerce, cet intérêt est rarement au-dessous de 16 pour 100.

Banques d'escompte et de clrcalatlon.

Des négociants se réunissent, s'associent, mettent en commun une somme considérable qu'ils consacrent à l'escompte des valeurs, et constituent ainsi ce que noqs appelons une banqm d'escompte et de circulation.

Ces banqaes sont très utiles, et le seraient encore bien davantage sans l'individualisme qui préside à leur direction. Elles ont d'abord, pour la plupart, au moins en France, lé grand tort de n'escompter que des valeurs à courte échéance, revêtues de trois signatures réputées solvables^ ce qui nuit triplement à l'industrie. Le producteur, en effet, aime les prêlsde longue durée : repos, stabilité, voilà ses premiers besoins. Il ne s'ac-

ooflUBode '^ aocune façon d'avoir à s'inqniêcer ravance dii moyen qu'il emploiera poor restituer I fonds engagés dans ses entreprises et pour les rempl cer. Il n*aime pas, dans Tétat de concurrence où. no , sommes, confiift* ses affaires à d'antres qu'à son ban^ quier ; et^ soua ce rapport, il voudrait que la slgnr ture de celui-ci et la sienne fussent jugées suffisante pour avoir entrée à la banque la plus voisine. Il vou^] drait enfin que l'escompte se fît toujours au plus bas prix, et que lés banques cherchassent leur bénéfice dans le nombre des effets escomptés plutôt que dans le prii élevé de l'escompte; Mais, comme l'a judicieusement observé l'un de nos plus grands penseurs :

« Les banques sont fondées par des capitalistes, iâté- » ressés à tirer le revenu le plus élevé possible àes ca- » pitaux qu'ils consacrent à ces établissements. »

Voilà pourquoi elles se décident si difficilement à favoriser la baisse de l'intérêt Quand elles le font, c'est pour ainsi dire malgré elles, et uniquement parce qoc le perfectionnement des relations de crédit a nécessairement cet effet. Elles se considèrent comme destinées à suivre le mouvement que les transactions opérées hors de leur sein leur impriment, et non à le donner elles-mêmes. £n d'autres termes, les banques remplissent, près des travailleurs auxquels elles prêtent des capitaux, le rôle de capitalistes, au Heu d'être ce qu'elles devraient être : des intermédiaires entre les capitalistes et les producteurs, facilitant à ceux-ci la disposition des instruments de travail dont ils ont besoin, mais qui sont possédés par des hommes qui ne savent pas, ne veulent pas, ou ne peuvent pas les nàettre en œuvre.

Nos banques d'escompte émettent en général deux fois plus de papier qu'elles n'ont de valeurs monétaires en caisse : ce papier porte le nom de billets de banque, et conséqueminent n'est pas le même pour tou-

jts les YiÛos, ce qui en restremi congUérabienienc /emploi.

GoBiptotrs d»c8eo«ipte«

Oq désigne sous ce nom des banques sociétaires lépariementales créées lors de la crise de 1830, pour servir dMotermédiaires eulre nos industriels, noscom* merçants de second ordre et les banques de Paris et des autres grandes villes de France, qui n'étaient pas alors réunies, puisqu'elles ne l'ont été qu'en 1848.

Les comptoirs d'escotnpte ont rendu de grands services; mais s'ils étaient très favorables au petit comluerce et à la petite industrie, c'était en faisant une concurrence sérieuse aux banquiers, qui partant ont réussi à les faire dissoudre.

En 18/i8, il eût été sage, de la part du gouvernement provisoire, de consacrer 20 millions de bons du Trésor à ces établissements. Ce secours eût été bien autrement efficace que les ateliers nationaux, qui ont failli perdre la République. Nous étions alors commissaire à Nantes, où nous avions trouvé, en entrant en fonctions, la caisse de la banque vide d'écus. Après avoir paré pendant les quinze premiers jours à toutes les difficultés du moment, nous nous assurâmes de la pos*» sibîlité de créer un comptoir d'escompte de la manière suivante : Nous pouvions compter sur 3 millions de bonnes valeurs, 500,000 fr. de bons du Trésor, et 500,000 fr. garantis par divers. Sur ces k millions, nous eussions émis 2 millions de billets. 1,500,000 fr. de ces billets, auxquels nous eussions donné cours forcé, comme nous l'avions fait pour les billets de banque, eussent été remis tout de suiteaux dépositaires des 3 millions de bonnes valeurs. Les 500,000 fr. restant eussent suffi pour alimenter immédiatement le comptoir, ^ous avions pour intention d'être très facile dans nos

escomptes et de risquer une perte de &00,000 fr. (Les 500,000 fr. de bons dû Trésor n*en valaient réelleinent que 400,000.) Mais le jour où nous écrivions à Paris que nous pouvions compter sur 3 millions de bonnes valeurs pour notre comptoir, ce même jour, le 15 mars, nous étions révoqué. Les socialistes étaient alors très suspects aux républicains formalistes, et malheureusement ces derniers se laissaient trop souvent influencer par des agents de la Monarchie. La ville de Nantes nous a dû cependant le comptoir qu'elle a possédé, mais il a été installé sur d'autres bases.

C'eût été pour la France entière un merveilleux enseignement, qu'un grand établissement de crédit escomptant largement , à cette époque difficile, au taux alors très réduit de 4 1/2 pour 100! On pourrait mieux faire encore aujourd'hui.

GommaBdlte.

Tout ce qui favorise la baisse de l'intérêt est utile aux producteurs. Diminuer le loyer des capitaux, ou, ce qui revient au même, le loyer des instruments de travail, tel doit être, par conséquent, l'objet de l'institution des banques. A ce point de vue, ces établissements devraient recevoir une grande extension, et, de plus, on devrait les spécialiser pour chaque industrie. La spécialité des banques, pour chaque ordre d'ateliers, leur permettrait de faire la commandite; elles exerceraient alors une surveillance active sur chaque genre d'industrie, et donneraient aux engagements individuels des chefs d'aieiiers une garantie qu'ils sont loin d'offrir aux banquiers qui les escomptent.

Ouvrir un crédit à quelqu'un qui exerce une industrie, c'est le commanditer , c'est lui fournir le moyen

d'étendre ses opérationSl Les banques qai font à la fois l'escompte et la commandite l'emportent donc en utilité sur celles qui font simplement l'escompte, puisqu'elles ont l'avantage d'être destinées à favoriser l'industrie par des prêts directs ; c'est à elles surtout que TÉcosse est redevable du développement de ses richesses. Depuis leur premier établissement à Glsiscow, dit quelque part Sinith dans son excellent livre, le commerce de cette \'iUe a doublé en quinze années, et celui de l'Ecosse a quadruplé depuis l'institution des banques d'Edimbourg.

Nous voudrions en voir établir en France ; nous Voudrions surtout qu'elles fussent appliquées à l'agriculture, . si délaissée jusqu'ici.

Organisation da crédit.

Sans doute, telqu*il existe aujourd'hui, le crédit est

bien supérieur à ce qu'il était autrefois. Le mouvement

des capitaux est immense, ainsi que leur masse. La

distribution s'en fait avec facilité, et l'intérêt est

relativement minime.

Si nous cherchions cependant à nous rendre coQipte de cette organisation , nous trouverions partout le désordre et l'anarchie. £n France , par exemple , rien DC lie un grand nombre de banques , et le gouvernement n*a qu'une action très indirecte sur le mouvement des fonds.

Notre division par départements existe de fait, et, de plus, elle est écrite dans Ja loi. Mais il en est une autre qui existe aussi , latente encore, il est vrai, quoiqu'elle ^it nettement tracée. Ainsi, au nord: Rouen, Lille, Strasbourg, sont les centres d'autant d'arrondissements industriels; au centre : Nantes, Bourges, Lyon; au midi : Marseille, Toulouse et Bordeaux.

Par suite, il devrait exister une banque centrale à

Paris; elte ferait les reeeCtes et les paiements du Trésor ; elle prêterait sur hypothèques, sur naotissemeat ; eUe escomplerait toutes les bonnes valeurs, ferait les a$$uranc^s de toute espèce, et servirait de baaque de défMÔt^ ie caisse de consignations, etc. Cette banque Mirait qyeiif succursales , placées comme nous l'avons J9idiqué. iCelIes-ci correspondraient avec les banques départementales, avec les arrondissements, les cantons fti les pins importantes des communes : alors la circulation lies capitaux serait ciomplète, et parallèle à celle des produits.

Soppression do paraslUsmc.

On appelle parasites tous les intermédiaires inutfe placés entre le producteur etie consommateur. Ces intermédiaires qui ne servent à rien vivent aux dépens de l'un et de l'autre, et contribuent, par suite, à rédo/re la consommation et la production par le renchérisse' ment des produits. La création d'associations agricoles, de fermes sociétaires et d'associations ouvrières solidarisées, l'établissement d'entrepôts consacrés à la. vente, réduiront et supprimeront peu à peu cette plaie de notre époque, qui renchérit, en ce moment, d'un quart en moyenne les denrées les plus utiles à la vie.

Récapitulation.

Nonâ avons montré, par Ijes divers paragraphes de ce long chapitre sur le commerce :

1" Que les moyens de communication tendent à se

.généraliser, et à resserrer, par leur action, tous les

peuples en un seul peuple, tous les hommes en uoe

seule famille, à faire jouir toutes les contrées, au plus

. bas prix possible, de toutes les productions qui naissent

à la surface da globe, et de tontes cdieâ enooro ^iw l'industrie peut créer ;

2° Que ia distributioû des produits» qui se fait en France d'une manière individuelle et désordonnée'^ est déjà deTeune, en Angleterre, beaucoup plus [iferfee^ tionnée par le moyen de ses docks et de la maison commerciale de Londres ;

3"" Que Ja moAnaie, après avoir été variable suivant les lieux et les caprices des grands, est devenue plus unitaire et a revêtu un caractère social;

U° Que le papier, que nous avons appelé la monnaie du crédit , tend à subir les mêmes phases, à pasàer ^e la multiplicité ù l'unité, de ta forme individuelle qu'il a aujourd'hui à une forme plus sociale, et que les banques peuvent recevoir des gouvernants, dans leur intérêt et dans celui des gouvernés, une organisation nouvelle.

Nous pouvons donc affirmer que l'avenir des transactions est renfermée dans cette formule :

Il faut socialiser de plus en plus les moyens de communication ^ les moyens de distribution des pro^ duits, les titres de crédit et les banques.

Finances. Crédit pobUc.

Nous ne pouvons quitter le sujet qui nous occupe sans traiter quelques unes des questions que présente l'administration du crédit public. Trop longtemps on a cru que la science des finances était hérissée de difficultés insurmontables : c'était un arcane auquel les adeptes seuls avaient le droit de toucher. De là peutêtre cette longue indiiïérence de nos compatriotes pour leur budget, qui résume cependant, par ses dtters chiffres, notre situation tout entière.

Nous serions heureux si les paragraphes qui vont

soivre pouTaient servir à rendre vulgaire l'intelligence de tous les budgets , depuis ceux de la plus mince commune jusqu'à celui de l'État, et si nous pouvions faire partager à tous notre conviction sur la vérité de ces principes :

// vaut mieux, en général^ demander de l'argent à r emprunt quà V impôt.

L'impôt pèse ^ le plus souvent^ sur ceux qui nonl pas; l'emprunt s'adresse directement aux détenteurs de capitaux.

Un Étfit agit plus sagement en ajoutant à ses ressources qu'en payant ses dettes.

Nos neveux seront trop heureux de ne payer qu'un faible intérêt pour des machines industrielles^ telles que des ports ^ des docks ^ des canaux ^ qui auront grandement augmenté la richesse sociale.

L'amortissement n'a pas la propriété merveilleuse au on lui attribue^ et V argent qu'il absorbe serait beaucoup mieux employé à encourager des entreprises utiles ou à supprimer des impôts onéreux.

La réduction de la rente est toute dans l'intérêt des producteurs.

Budget

Et d'abord examinons ce que c'est que le budget Nous ne mettons pas en doute la science 4u lecteur; il n'est pas sans savoir que l'on appelle budget un aperçu sur des dépenses que l'on doit faire, et sur les moyens que l'on posjsède pour y faire face. On sait encore qu'il y a des budgets de communes, de départements et d'États. Mais il importe d'entrer plus avant dans la matière.

Au premier abord , on est effrayé de l'énormité des

budgets actuels. Ainsi, le reVenu des principaux' États européens offrait les chiffres suivants en 1830 :

Angleterre, plus de 1 milliard 500 millions.

France, — 1 milliard.

Russie, — 273,000,000 francs.

Portugal, — 41,000,000

Espagne, . — 132,000,000

Autriche, — 260,000,000

Deux-Siçiles. — 53,000,000

On ne saurait tirer de ce tableau des conséquences absolues ; mais il est évident que les États constitutionnels sont ceux qui peuvent supporter la plus grande masse d'impôts proportionnellement à leur population.

Les économistes ne se font pas faute de crier contre l'immensité des dépenses des gouvernements. L'important est moins de dépenser peu, que de dépenser à propos et d'une manière utile. Il y a cependant, comme nous le dirons plus tard , des impôts qu'il est urgent de réformer. Gomment se fait-il que le plus dur de tous, l'impôt du sang , celui qui enlève au travail un homme sur quatre-vingts habitants , soit celui contre lequel s'élèvent le moins de réclamations. Nousuvons entendu souvent nos députés se plaindre du budget de la guerre: presque aucun ne s'occupait de la situation morale et matérielle de nos jeunes soldats ; ils ne voulaient qu'une diminution dans le chiffre de la dépense, et croyaient avoir assez fait pour eux et pour le pays, quand ils étaient parvenus à faire rogner quelques milliers de francs sur plusieurs centaines de millions. Ah ! qu'il eût mieux valu , laissant de côté ces misérables économies, étudier la question sous un autre point de vue, et demander la conservation du budget de la guerre; mais en fixant aux soldats d'autres attributions

que oettes de manier un fasîL Pourquoi^ par exèiripte, l'armée ne serait-elle pas employée aux travaux publics? pourquoi ne se transformerait-elle pas en une immense école secondaire? Ecole de travail et d'ordre, école d'économie et d'activité, école de science et de morale; d'où le soldat sortirait plus robuste , plus laborieux, plus instruit, et possédant quelques épargnes.

Nous devons encore faire observer, au sujet de Taccroissement des budgets dans ces dernières années, et notamment du budget de la France, qui s'élève actuellement à 1500 millions, que les forces productives des peuples civilisés se sont accrues énormément pendant la paix , et que fions payons aujourd'hui l'intérêt de l'argent dépensé pendant les guerres de l'empire et dans nos révolutions. La continuation de la paix aura l'avantage d*ajouter à nos forces productives, et de diminuer ainsi la proportion de nos charges : car, encore une fois , le rapport de la richesse à l'impôt rend seai le budget onéreux ou léger. Le budget serait double que l'on s'en plaindrait moins si la France était trois fois plus riche qu'aujourd'hui.

Qu'appelez-vous dépenser d'une manière utile? VoJlà une grande question sur laquelle nous aurons occasion de revenir, mais dont nous devons cependant dire quelques mots. Comparez le château de Versailles et quelques monuments créés par Louis XIV au canal du Languedoc : l'un a beaucoup contribué à créer notre crise financière, tandis que le second représente, pour la France, une augmentation de capital de cinq cents millions (vingt millims de revenus et cinq d'économies annuelles sur les frais de transport).

Dette publique.

Il en est des dettes publiques comme des budgets , elles ne sont considérables que proportionnelleme&t aox

ressources des Etats qui doivent. On a d'ailleurs à leur sujet des idées trè3 fausses, que nous devons combattre de toutes nos forces.

Ainsi ^ Ton dit communément qu'un £tat ne doit point s'endeHer, ce qui veut dire , en d'autres termes, qu'un Etat ne doit point emprunter, ou. bien encore qu'il doit augmenter les impôts s'il est gêné.

Si l'impôt était progressif, si chaque citoyen devait contribuer par ses capitaux disponibles, et non, coQime cela se voit si souvent , en faisant le sacrifice d'une partie de son nécessaire, cette règle serait plus raisonnable sans être juste. Mais il est loin d'en être ainsi ; car l'impôt, étant en général réglé par des propriétaires , s'attaque surtout à ceux qui ne le sont pas^, c'est-à-dire aux hommes qui vivent de leur travail, il n'en est pas de la sorte pour l'emprunt qui va chercher les capitaux où ils se trouvent. L'impôt prive le producteur d'une somme dont il eût tiré grand parti ; l'emprunt, au contraire, est la ressource des fonds qui n'avaient point trouvé de placement dans l'industrie.

Nous n'ignorons pas que, dans ces dernières années, l'on a fort abusé des emprunts ; mais n'a-t-on pas aussi, à lai même époque , abusé de la facilité avec laquelle l'impôt était payé pour l'augmenter en même temps. Nous serons vrais en disant que les gouvernements qui font de folles dépenses peuvent abuser de l'un et de l'autre , mais qu'il y a toujours avantage à recourir de préférence aux emprunts, qui sont moins propres à tarir les sources de la richesse publique.

Autre question : Les gouvernements doivent-ils rembourser leurs dettes ?

Avant d'y répondre, noKs poserons ces questions préparatoires :

1" Est-il bon que les gouvernements emprunteiit pour créer des entreprises destinées îi satisfaire aux besoins publics ?

2° Lequel vaut le mieux, ou qu'ils remboursent leurs emprunts, ou qu'ils emploient Taisent destiné à les rembourser à créer de nouveaux travaux publics?

3° N'est-ce pas un moyen de durée pour un gouvernement, que d'intéresser à sa conservation un grand nombre d'individus en se faisant leur banquier ?

Nous pouvons ajouter que, pour payer ses dettes, un £tat est obligé le plus souvent ou d'en contracter de nouvelles , ce qui n'avance à rien , ou de pressurer le peuple d'impôts , ce qui nuit considérablement aux progrès de la richesse générale. Sans doute, il doit être d'une scrupuleuse exactitude à solder l'intérêt de ses emprunts, mais à quoi bon en rembourser le capital? Qu'il s'attache à ne jamais faire de folles dépenses, c'est de toute justice ; mais si nous léguons à nos neveux des richesses plus grandes que celles qui nons sont venues de nos pères , ils ne seront pas à plaindre d'en payer un intérêt proportionnellement moindre, et même minime , si on le rapproche des capitaux qu'ils auront reçus. On peut d'ailleurs comparer les gouvernements à des associations en commandite, dont les gérants émettent de nouvelles actions chaque fois qu'ils ajoutent à leur industrie , sans songer jamais à rembourser les commanditaires, parce qu'ils ne doivent liquider qu'en cas de faillite.

Contrais de rente.

Si les gouvernements ne doivent pas rembourser leurs dettes , il devient utile que les titres de crédit qu'ils émettent portent cette condition. Aussi voudrions-nous que les contrats ne spécifiassent jamais que la quantité de rente à laquelle ils donnent droit. Par suite , on ne dirait plus :

Lt gouvernement vient d'émettre un emprunt de

50^ de 100 millions, tandis que Ton devrait dire : ie gouvernement vient de vendre 1 million et demi on 3 millions de rentes.

Cette manière d'agir suppose , d'ailleurs , que les emprunts ne seraient jamais contractés que pour cause d'utilité générale.

BfdactiOB de la rente.

Lorsqu'une rente n'est pas perpétuelle, le gouvernement est toujours en droit de dire aux rentiers :

Reprenez vos capitaux , ou bien je vais diminuer l'intérêt que je vous solde.

La réduction de la rente proposée sous la Restauration par M. de Villèle , était très favorable à l'industrie et à la masse du peuple , mais nuisible aux rentiers. L'esprit de parti souleva celte question , et l'esprit de parti opposé la discuta et la fit rejeter.

Cependant il est bien clair, que diminuer le taux des rentes de l'Etat, c'est accorder une véritable prime aux prêts faits à des particuliers, et solliciter, par conséquent, les capitaux à refluer vers le commerce et l'industrie.

Amordssemeiit.

Que n'a-t-on pas dit , dans le temps , au sujet de l'amortissement? À en croire ses partisans les plus zélés, Famortissement avait une vertu reproductive. Il est bien étrange, en vérité, que cette erreur n'ait pas été aperçue de prime-abord. Quoi qu'il en soit , examinons la question comme elle le mérite.

L'amortissement consiste dans une somme fixe ou variable, consacrée annuellement à racheter des rentes. Or, s'il y a ordre, paix, stabilité, la rente s'élève d'ellemême ; elle s'abaisse si le crédit public diminue. Sous

ce rapport, l'amortissement ne saurait tromper les spéculateurs; îi ne saurait non plus avoir de valeur reproductive, mais il a réellement une valeur destructive; Qupnd, par exemple^ le gouvernement français rachète au pair, c'est-à-dire 100 fr. les 5 fr. de rente qu'il n'a vendus que 8/i, évidemment il perd doublement : d'abord par la mauvaise spéculation qu'il a faîte dans des temps difficiles» en vendant 5 millions de rentes pour SU millions , puis en rachetant 100 fr. ce qu'il a donné pour SU fr.

Il y a une autre manière d'étudier l'amortissement. On peut rechercher avec quoi la caisse d'amortissement est entretenue. Or, il est évident que c'est avec l'impôt. Par suite, l'amortissement le plus simple consisterait à racheter directement la dette avec l'excédant des impôts.

A l'époque où le gouvernement français vendait 5 millions de rentes pour 8i!i millions , et perdait ainsi au moins 16 p. cent, la suppression de l'auiortîssemejit pendant une année eût produit ta même somme. Il est vrai que les prêteul-s du gouvernement n'eussent pas réalisé 16 millions de bénéfice; mais, emprunter pour payer une dette, c'est substituer un pi êteur à un autre : ce n'est pas ajouter à son crédit , c'est , au contraire . semer la défiance en divulguant sa mauvaise position financière.

Rappelons-nous , enfin , que nous avons prouvé qu'un gouvernement ne doit pas rembourser ses emprunts ; n'oubhons pas que des fonds sont biefl mieux placés dans la bourse des producteurs que partout ailleurs , que , par suite , il vaut mieux les laisser là où ils produisent au moins 10 pour 100 que de le^ employer à racheter la dette, c'est-à-dire à produire au plus 5. Les Anglais > au moment de la découverte de l'amortissement , crurent naïvement à sa puissance ; mais ils l'ont supprimé, après avoir reconnu qu'il était

plus onéreux qu'utile. Il est cependant vrai de dire, qo*à une égpque désastreuse, Terreur publique sur la nature de rarabrlissement a été, en France, avantageuse au crédit.

Dettes des divers États.

Nous ne saurions mieux terminer ce chapitre que par le tableau de la dette publique de plusieurs États en 1830.

Angleterre, les intérôtfi seuls de sa dette, compris les

pensions « s'élevaient à.

France , la dette s'élevait à Autriche, —

Prusse, —

Espagne, —

Les Deux-Siciles, — Russie, —

995,025,000 fr.

Crédit universel.

Le jour où les banques des. principales villes du monde seront solidarisées , le jour où liées par l'associatlon elles feront les recettes et les paiements de l'humanité, l'escompte, la commandite, les assurances, le crédit hypothécaire, ce jour-là il n'y aura plus qu'un peuple, qu'une nation; et, pour nous servir de l'expression de saint Jean, nous serons consommés dans l'unité.

su

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