NOUVELLE
Selon nous, pour pouvoir s'affranchir de l'Esclavage et du Prolétariat sous toutes leurs formes, les travailleurs de toutes les profe^^sions doivent reconnaître que chaque branche du travail , bien que manifestant principalement ou l'industrie , ou l'art , ou la science, comprend indivisiblement ces trois choses. De ce principe résulte l'égalité entre toutes les Corporations, et la possibilité, pour chacune d'elles, d'établir dans son sein une organisation qui exclue tout despotisme , et réalise dans l'atelier comme dans la société tout entière la Liberté , la Fraternité , l'Égalité.
Notre organisatioir.
Ces principes, les travailleurs commencèrent, il y a près de vingt ans, à les pratiquer sans bien les connaître. Le travail tendait à se diviser à Tinfini , et les travailleurs, de plus en plus isolés, se trouvaient sans défense à la disposition de Tentrepreneur de travaux , lequel , dominé à sou tour par les caprices de la demande générale, diminuait le salaire afin de pouvoir soutenir avec plus d^avantage la concurrence des autres fabricants. Lc^s travailleurs songèrent alors à s'unir pour défendre leurs Intérêts , et reformèrent l'ancien lien corporatif qui avait été rompu, dès lé début de la révolution de 1789, dans presque tous les Corps d'état. Mais , comprenant que ce lien ne devait plus être de nos jours ce qu'il avait été dans le passé, ils conçurent la Corporation , non plus comme une caste naturelle* ment hostile à toutes les autres, mais comme un moyen d'association universelle entre les travailleurs.
Qu'on lise, en effet, les statuts de toutes les Corporations qui se sont reformées depuis 1830, et l'on trouvera partout dans ces statuts une tendance de plus en plus marquée vers l'égalité des professions.
C'est ce mouvement d'affranchissement pacifique et d'association de tous les Corps d'états, que nous venons continuer par la presse et par toutes les voies qu'elle peut ouvrir.
Tous, membres de corps d'états différents, liés pour la plupart aux diverses associations corporatives établies depuis longtemps déjà dans nos professions, nous avons formé une société qui peut s'étendre aux membres de toutes les Corporations de l'industrie, de l'art et de la science, et devenir leur oi^ane central.
Ou verra dans les Statuts mêmes que nous donnons ci-après, comment chaque travailleur peut être représenté dans cette société et en devenir actionnaire, soit
en venant adhérer individuellement, s'il n*y a pas encore dans la société d*adliérent de sa profession , soit , dans le cas où plusieurs personnes de son Corps d'état auraient adhéré déjà, en s*entendant avec ces personnes pour désigner trois dél^ués qui puissent faire partie du conseil de surveillance. Nous nous bornerons dcmc à faire connaître notre mode d'organisation intérieure.
L'objet principal de notre société étant la publication d'un journal , il fallait rapporter toute l'action du conseil social à cet objet. De là, la subdivision de ce conseil en trois sections , dont l'une s'occupe de la rédaction , l'autre de la lecture des écrits communiqués au journal > et la dernière de l'administration. Mais le journal lui-même n'étant pour nous qu'un moyen d'organiser, par l'enseignement et la publicité , les diverses Cqrpo* rations du travail , le conseil social devait également être composé de manière à remplir cette fonction nouvelle. Ici encore nos trois sections sont nécessaires.
La section d'administration , par exemple , en même temps qu'elle prend s6in des intérêts matériels de la société , se met en rapport commercial avec toutes les associations corporatives déjà formées 3 elle envoie au journal les annonces de ces associations , mais seulement après avoir soumis leurs produits à l'expertise; elle pourra, lorsque le fonds social sera réalisé et qu'elle aura reçu du conseil de surveillance l'autorisation nécessaire, prêter gratuitement à ces associations les sommes dont elles auraient besoin pour satisfaire les demandes qui leur seraient faites , ou avancer, également à titre gratuit, aux Corporations qui seraient en état de s'établir, les fonds nécessaires pour l'achat dé leurs instruments de travail. Elle tiendra le bureau d'assurance contre la maladie et surveillera les divers bazars de consommation de la société. Enfin , conformément à nos Statuts, la section d'administration devra encore , à l'aide des fonds de la société ^ onvrir des
ateliers agricoles* Cette section est donc tout à la fois l'organe administratif de la société et le lien économique naturel entre toutes les associations corporatives.
La section de lecture a aussi son action extérieure en mêaie temps qu'intérieure. Elle lit les articles que les personnes étrangères au conseil social envoient à ce conseil pour être publiées, et s'entend avec les auteurs de ces articles pour les modifications qu'elle juge nécessaires. Elle fait de même pour les statuts des associations corporatives qui se forment on qui adhèrent à notre acte constitutif. Elle appelle dans son sein les délégués de ces associations et leur indique les points qui lui semblent on contraires aux principes ou de nature à entraîner des inconvénients. Elle provoque en nn mot l'organisation régulière et légale des Corporations. Cette section est donc un véritable conseil organisateor pour toutes les associations corporatives.
La section de rédaction a , de même que les denx autres , son action au dehors. Elle est chaînée de l'enseignement ; mais elle est , en même temps , une sorte d'arbitre entre les Corporations. Si donc deux corps d'états ont entre eux on différend de quelque nature que ce soit , ce différend est soumis à la section de rédaction , laquelle , après avoir entendu les parties et pesé leurs raisons , prononce son jugement et le publie dans le journal de la société. Cette section est donc un véritable conseil judiciaire pour toutes les associations corporatives.
Le lien entre ces trois sections du conseil social est formé par la Gérance. Désirant bannir de notre organisation tout ce qui rappelle la monarchie et l'individualisme , nous n'avons pas voulu confier l'administration de la société à un seul directeur ; c'est pourquoi nous avons établi une gérance composée indivisiblement de trois membres, lesquels sont pris dans 4e conseil mcM
et élos par les membres de leur section, à raison d*un par chaque section , de manière que les trois aspects de la fonction du conseil social soient également représentés dans la Gérance.
Telle est notre organisation : toîcî maintenant n
but déjà indi(}ué, mais non encore clairement form
Notre but.
Eu fondant la société de la Presse du Travail^ i avons pour but :
1** De grouper toutes les Corporations de Tindus de Tart et de la science , afin de leur procurer, p£ mutuel concours , le moyen de défendre leurs int et d'exprimer leurs besoins par toutes les voies uo .publicité;
2° D'organiser des Corporations nouvelles dans toutes les branches d'industrie , d'art ou de science qui ne sont pas encore constituées ;
30 De généraliser i'assurauce contre la maladie ;
k"" De propager l'esprit d'association générale ;
5° D'établir une agence centrale de consommation dans laquelle les associés trouveront à meilleur marché des produits d'une qualité supérieure ;
ô*" De faciliter aux Corporations l'achat de leurs instruments de travail ;
7° ËnGn de découvrir et de propager par la presse tes moyens d'améliorer la situation matérielle, morale (. t intellectuelle des travailleurs.
Cette société , par ses principes , par son organisa- •tion « par son but , est destinée à comprendre dans sou sein tous les hommes qui ti availlent. Fondée sur l'élection , toutes les professions , toutes les capacités ont accès chez elle et y trouvent une garantie contre toute domination personnelle. Elle est donc un moyen puissant pour les ouvriers de l'industrie, de l'art et de la
science de s'organiser enbre eux afin de concourir réciproquement au libre développement de toutes les facoltés de Thomme et à la satisfaction de tous ses besoins légitimes.
La nécessité de ce concours de tous ^u perfectionnement de la société humaine a été reconnue dans les temps modernes: c*est ce qu'on appelle la Souveraineté du Peuple , souveraineté qui s'exprime de trois manières : 1° par le vote; 2'' par les réunions populaires; 3® par la presse.
Or, de ces trois manifestations de la Souveraineté , la première est restreinte et la seconde anéantie à prient ; la troisième seule , bien qu'entourée d'entraves et de dangers, reste encore possible : c'est« pourquoi nous avons donné à notre société, pour objet, la publication d'un journal et, pour dénomination, ce nom même de h Presse; mais afin de distinguer de Tancienne presse la presse nouvelle que nous voulons fonder, nous l'appelons la Presse du Travail.
En conséquence, aujourd'hui 2^ février 1851, jour du troisième anniversaire de la proclamation de la République et du suffrage universel , nous posons les bases de la société de la Presse du Travail , et nous appelons tous nos compagnons de l'industrie , de Tart et de la science à y venir travailler avec nous à Taffranchissement progressif de tous les travailleurs.
 la suite de ce Préambule, les associés donnent leurs Statuts, trop étendus pour être reproduits ici, mais qui peuvent être résumés dans les trois paragraphes que voici :
Constitution de la Société. — La société de la Presse du Travail est en nom collectif et en commandite. Elle a pour but : 1° l'édition et la publication de tousouvrages, recueils et journaux qu'elle jugera utile et avantageux par la suite, et , dès à présent, la fondais
tioB da jonniri f AssoeiATlolf , monitêui^ du trmfùêi é des Corporations industrielles, artisHqum et seimtti-figues; 2* rétabKssement, à son siège, d'oo bureta de renseignements pour tons les commanditaires ÎMe^ cupés et cherchant du travail ; S* et enfin la créatioti d^nn nouveau système de publicité et d'annonces , tel qn*i! poisse faciliter à tous les actionnaires l'acquisitiim en gros de toutes les choses nécessaires h h vie, et leur procurer à meilleur marché des produits d'une qu^té supérieure. La durée de la société sera de quinze années, à partir du 2^ février 1851. EMe pourra être prorogée.
Organisation de la Société, — Cette organisation est fondée sur l'élection. Tous les actionnaires d'une même profession s'entendent pour désigner trois délégués. La réunion de tous les délégués des diverses professions forme le conseil de snrveillance de la société. Ce conseil de surveillance nomme dans son sein et au scrutin de li^te une commission ou conseil social de vingt-sept membres , lesquels sont seuls associés en nom collectif, et sont élus pour un an. La fonction de ce conseil social est de mettre è exécution tous travaux, et de rédiger tous articles, ouvrages ou circulaires qu'il juge utiles à la défense des intérêts un travailleur ; il doit examiner tous les articles, écrits on rensdgne-» ments qui lui seront communiqués dans ce but, et, s'if le^ approuve, les publier sous sa responsabilité; enfin, il a le soin de tout ce qui regarde radministration de U société.
Gette fonction du conseil social comprend ainsi trms fonctions ; c'est pourquoi il se divise en trois sections correspondant à ces fonctions. La première section prend le nom de conseil de rédaction; h seconde, cehii de conseil de lecture; la troisième , celui de conseii d'Qdmini$tration, Chacune de ces sections fbnctumne ordinairement à part et se réunit une fors par semaine*
Néannoins il y a Ions les mois une rémûon ils tous les meuibres an conseil social
La gérance de la société est composée de trois membres « pris chacun dans l'une des sections du conseil social. Elle a la signature des publications et du journal de la société» £Ue tient le bureau de la Presse duTravaU^ et a en outre le soin des acbats en gros de toutes les matières dont les sociétaires font la demande. Les trois membres de la gérance représentent la raison sociale, et ils ont la signature de la société. La gérance établit le lien entre les trois sections du conseil social ; elle est élue tous les ans, et préside de droit toules les séances du conseil social.
A partir du 1k février 1851, ce conseil est ainsi composé :
Conseil de rédaction : Les citoyens Bezu , Douard, Drevet, Fiévet, Hériez, Mayaud, Panet, Ribes, Yielle.
Conseil de lecture : Les citoyens Brunelle, Comble , CoDsigny, Desmoulins, Dupoint, Flet, Pain, Ragot, Wahry.
Conseil d'administration : Les citoyens Aillaud , Laogrand , Lemoine , Loy, Lussier, Marckel , Parent , Richard ; lesquels ont élu , pour faire partie de la gérance, l^ citoyens Panet, Desmoulins et Laugrand.
Le conseil de surveillance se réunit ordinairement une fois tous les trois moi& Il y a chaque année une assemblée générale de tous les actionnaires.
Formation du fonds social» Le capital social est de 36,000 fr., représentés par trois mille actions de 12 fr. chacune et pouvant senrir de paiement à rabonnemeal au journal publié par la société. Chaque action est divisée en douze coupons' de 1 fr., que le commanditaire peut retirer de mois en mois.
Toutes les opérations de la société , ventes i achats , publications se font au comptant et sur demande expresse. Elle prélève 5 p. 100 pour frais de commissioa
snr chaque opération dont elle est chargée. Chaque année , le produit de ce prélèvement , une fois tous les frais payés, est ainsi réparti :
Un tiers vient accroître le fonds social et sert à Textension de la société.
Un tiers est affecté à la formation d*un fonds destiné à Tachât, par les Corporations adhérentes, de lears instruments de travail.
Un tiers enfin est employé à la fondation d'établissements agricoles.
Tel est le fond des Statuts de la société. Voici l'appel que les associés y ont ajouté :
Aux TravaUlears.
Citoyens, frères et compagnons,
Vous tous , fils du travail , enfants de la science , de l'art et de l'industrie , écoutez l'appel de vos confrères déjà adhérents aux statuts que vous venez de lire; rangez-Vous avec eux sous la bannière nouvelle qu'ils ont élevée et qui doit être chère à chacun de nous , puisqu'elle porte notre signe commun :• le Travail î
Vous connaissez le but que nous nous proposons : prêtez-nous donc votre concours matériel , moral et intellectuel; marchons ensemble vers ce but.
La presse étant, l'objet même de notre société et le lien indispensable entre tous ses membres, c'est le journal qu'il faut d'abord élever. D'après des calculs fort exacts, une feuille de seize pages à deux colonnes, format des romans à 20 c, peut être livrée au public une fois par semaine / à raison de 9 fr. par an.
Or, voyez la puissance de l'association : ces grands capitaux , indispiensables aux fondateurs de journaux
qoi ont des risques à conrir, noos pouvons, nous, les remplacer par notre nombre. Il suffit que deux mille adhérents prennent chacun un coupon de 1 fr. pour que nous puissions commencer à paraître. H suffit qu'ils continuent à propager le journal, pour que nous ayons une publicité gratuite bien plus efficace que les annonces des journaux.
Rien donc de plus simple et de plus praticable que ce moyen. Que la Société de la Presse du Travail réalise seulement deux mille des actions qu'elle a émises et qui sont payables par douzièmes de mois en mois; et immédiatement elle peut faire paraître son journal C'est là, citoyens, frères et compagnons , le concours matériel que TOUS avez à nous prêter (1).
Nous croyons notre idée bonne et salutaire ; aimezla , faitès-Ia vôtre , propagez-la. C'est ainsi que vous uous aiderez moralement.
Depuis bien des années, les écrivains, les économistes s'efforcent d'établir scientifiquement la situation réelle du Travail. Leurs tentatives ont été infructueuses. Le travailleur seul pouvait apporter les matériaux nécessaires pour cet objet. C'est donc à nous, ouvriers de la
(i) On trouve des actions et des coopons au siège social , rue da Jardinet, 13, tous les JQurs, de dix à quatre lieures, et le dimanche de neuf à deux heures après midi. Les actionnaires des départements pourront s'entendre, pour se faire représenter dans la société, avec les actionnaires de leur profession résidant à Paris. Us pourront à cet effet écrire au siège, en prenant le soin d*AF- BAANCHiB. D'après nos statuts, Tactionnaire a le droit d^assisler à rassemblée générale annuelle; il nomme, de concert avec tous les actionnaires de sa profession , les délégués de cette profession au conseil de surveillance, et peut faire partie de ce conseil s'il y est appelé par le vote de ses confrères ; il participe donc à la direction, à la rédaction et à Tadministration du journal. Il a en outre le droit de venir chercher au bureau de la société les renseigneinents propres à lui faire trouver de Toccupation , s'il est sans travail. Enfin il jouit des avantages qu'offrent les bazars d« «onsommation ouverts sous les auspices de la société.
ilh
soenco, deTart^tda rindnibrie « qa'il i^^srtie&t de bire cette enquête que la sutûtique officielle n'a po «acore aérieusemeni dbor^er ; c'est donc à nous qu'il cenvient d'en tirer les conséqueuces théoriques et
pratiques.
L*Aj»S0GUTION« nwniteu»' du travail ^ est fondée dans ce double but. A vous, amis , à vous d'apporter à cette feuille les reoseignemems qui doivent lui servir à accomplir sa mission. Comment, en effet» songer à organiser les diverses Corporations, si Ton ignore leur eut vériuUe ? conuneDt parler de leur avenir, si Ton ignore leur passé ?
Citoyens, frères et compagnons.
Assez longtemps nous avons vécu dans l'oubli ; assez longtemps le secret enveloppa nos associations corporatives; assez longtemps nos perisées restèrent ignorées, nos sendnœnts méconnus, nos plaintes sansécbos. Depuis l'origine des siècles, nos générations passent et se mtcèdent sans laisser d'autres traces que les monuments sortis de nos mains laborieuses. L'histoire, si prompte à illustrer les noms des conquérants dévastateurs , est HHietite pour les travailleurs qui réparent les maut que le glaive a cawiés. £n vain, avons-nous soumis les éléments, multiplié les découvertes, accumulé les prodiges pour le bien-être et la gloire de la société humaine, le monde ne nous connaît pas. Il a recueiUi le fruit de BOB efforts, il s'est agrandi par notre concours, éclairé à notre contact, nourri de toute notre vie ; et il n'a pas voulu nous connaître , et il a laissé s'accomplir sans éclat, àans nos flancs déchirés, le mystère douloureux de la production !
Si, depuis vingt années à peine,tes producteurs courmencent à sortir de cette obscurité séculaire, c'est que quelques travailleurs ont eux-mêmes pris la j^arole en
faveinr de leurs corapagium» ignorés. GontinuoBs» amis, ce que ceux-là ont entrepris ; mais, éclairés par Tex^ pérîence qu'ils ont faite , éditons les écueils qui les ont arrêtés. Elevons une tribune qui soit véritablement la nôtre, à nous, travailleurs. N'oublions pas ceux de nos confrères qui inventèrent la presse. Nous, qui faisons fonctionner chaque jour cet admirable instrument au profit d'idées souvent indignes de la lumière qu'il leur donne, sachons nous en servir pour notre propre usage. Tandis que d'autres n'y trouvent qu'un moyen paissant de mensonge et de divisions funestes, employons-le , nous , à la gloire de la vérité : qu'il serve , entre nos mains , à répandre la lumière sur la vie^du travailleur; qu'il dise au monde ses mérites et ses défauts, ses souffrances et son espoir, son génie et ses malheurs ; que tous apprennent ainsi qu'en ce temps de désordre matériel , moral et intellectuel , les idées d'organisation et de justice ont repris racine quelque part, et qu'une civilisation supérieure à celle qui achève de disparaître germe an sein de nos Corporations nouvelles. »
Administration toelaltote.
L'on nous dit souvent : Votre opinion grandit; vous aves pour vous le peuple des villes et surtout des grandes villes » vous commencez à pénétrer dans les campagnes, où vos doctrines sur les propriétés communales et l'organisation communale peuvent vous créer de l'influence ; mais des articles de journaux et des brocbures socialistes ne sont pas un système de gouvernement Les hommes qui comprennent que tout ce qui existe est transitoire, ont besoin , avant de se livrer attx novateurs I d'y regarder à deux fois afin de bien savoir où oo les conduit ; permettez donc que Ton vous pose oetiemeot cette question :
Si vos amis avaient en main le ministère de Tintérienr, quel langage tiendraient-ils an pays? que feraient-ils? où s'arrêteraient-ils? comment ménageraient-ils les divers intérêts? — Nous attendons votre réponse.
Ainsi parlent depuis longtemps des hommes honorables , qui ne sont plus avec ce qui existe, et qui ne sont pas encore avec nous. Il est facile de les édifier sur la valeur de nos doctrines , sur la sagesse de nos désirs , sur la prudence qui inspirerait notre conduite. Nous allons le prouver.
Nos co-réligionnaires aspirent à Texercice le plus complet de la souveraineté populaire ; non seulement ils croient que le peuple doit étudier pour se mettre en mesure d'exercer directement sa souveraineté, en «aitctîonnant par oui ou par non les actes les plus importants de ses mandataires, mais ils voudraient des mandataires révocables et responsables , de véritables fonctionnaires, seul moyen de prévenir toute usurpation. — Et puis, pour eux, la souveraineté a une tout autre étendue que celle qu'on lui accorde habituellement. A cet égard, nous avons exposé leurs croyances sous ces titres : Propriétés communales ; — Administration ; — Justice ; — Force ; — Arts ET sciences; ---Croyances religieuses; — Moralité humaine; — Presse; et nous compléterons ce qui reste à dire en publiant à la fin de ce travail le (jRÉDO scientifique DU SOCIALISME , de telle sorte que les hommes un peu habitués à se servir de leur intelligence puissent de suite faire eux-mêmes la synthèse du mouvement social dont ce petit volume est l'une des expressions.
Nos co-religionnaires ont compris les erreurs déplorables de 18i^8. Si le pouvoir leur tombait dans les mains, ils sauraient s'en servir pour remplir avec {fermeté, prudence et dévouement, la sainte mission de
faire aimer le socialisme et de roi^^niser. Le grand art des administrateurs, ce n'est pas d'ordonner et de contraindre à obéir, mais de faire que Ton désire et que l'on veuille spontanément.
Le gouvernement provisoire a commis l'immense faute d'appeler tous les citoyens à une égale liberté de suffrage, sans avoir préalablement garanti le libre exercice du vote en éclairant le pays par la presse ; en détruisant les monopoles et les privilèges, tels que les monopoles d'imprimerie , de librairie, de boulangerie, de boucherie, etc. , etc. ; en oubliant, pour les armées de terre et de mer, de mettre les besoins et les exigences de la science militaire en harmonie avec les principes de liberté et d'^alité ; en maintenant pour les ouvriers de l'État la position si dépendante de salariés, lorsqu'il suffisait de leur permettre d'organiser entre eux des associations gérées par des syndicats reconnus suffisamment Instruits dans la pratique de leurs professions ; en négligeant enfin de supprimer ces impôts onéreux contre lesquels se soulève à bon droit l'immense majorité des citoyens. Il a oublié qu'il y avait en France vingt-trois millions de paysans ruinés par l'usure et les gens de loi.
Croyant trouver dans le vote pour la nomination des représentants la souveraineté populaire qui ne s'y trouve qu'indirectement, il a demandé à la nation française de faire du représentatif, au lieu de lui présenter, le lendemain de la révolution , une bonne Constitution toute faite, et de la lui donner à acclamer ou à rejeter.
Il n'a vu la souveraineté populaire, ni dans l'organisation de la force, ni dans l'organisation de la justice, ni dans l'organisation de la publicité ; il ne l'a vue ni dans l'organisation des réunions et des discussions politiques, ni dans l'organisation de toutes les autres libertés qui touchent à l'essence de la nature humaine.
Il a sacriaé le droit réel à rbahitiide , le food ï h
farme, Mais il faut TaTOuer, hors Paris et quelques autres grands centres, le reste n^était guère préparé. Nous oublions peut-être trop, aujourd'hui , que non» avons vécu un siècle dans ces trois dernières années. Toutefois, rappelons-nous qu*il y a dans la vie des peuples, de ces moments solennels dans lesquels la légalité vulgaire disparaît en présence de l'éternelle justice , époques mémorables où ce qui est juste, ce qui est noble et beau touche tous les cœurs et les dispose aux plus éclatantes réparations. Ces moments, le philosophe les devine, les prévoit, les comprend; r homme politique les saisit et la réparation est faite ; le droit nouveau est acclamé avant que Tégoïsme ait repris son empire I Mais il s'agit moins aujourd'hui de révolutions à prévoir ou à condamner, que de faire comprendre quelle serait dans des circonstances normales la conduite des socialistes.
Nos co-religionnaires sont des hommes profondément religieux ; ils veulent Taccomi^ssement des destinées humaines selon le plan providentiel, et par suite, que la société soit une providence sociale pour tous ses membres. Ils savent également comprendre le danger de la iéodalité des écus, d'un abrutissant égoîsme , et celui non moins grand d'un prétendu socialisme nageant dans le vague, sans principes, sans convictions, sans idéal. Voici donc le langage qu'ils tiendraient aux préfets de France, dès leur première circulaire :
Citoyen préfet,
. L'état actuel de la société française , celui surtout de l'agriculture et de la propriété ,ioncière , portent la lâcheuse emprdnte de <piatre révolutions mal dirigées,
de violences et d'usurpations qui n'ont profité ni à la société, ni aux communes, mais, en général» à des individus isolés. Je comple sur votre amour du bien public, sur votre dévouement à vos frères pour m'aider à résoudre , par les progrès pacifiques de nos institutions , les grands problèmes sociaux qui préoccupent a si bon droit les esprits les plus généreux.
Votre premier soin sera d'organiser les citoyens de toutes les villes de votre ressort en corporations de travailleurs, qu'ils appartiennent aux beaux-arts» à la science qu à Tindustrie, Chaque corporation aura son bureau et son président , et devra s'occuper de la situation de tous ceux de ses membres qui souffrent, et des moyens d'apporter remède à leurs douleurs.
Tous ferez le dénombrement de toutes les communes qui, n'ayant pas 1,200 âmes, sont, par suite» dan» l'impuissance de vivre isolées dans l'état actuel
Dès votre première circulaire aux ofiSciers municipaux , vous leur ferez comprendre que dans chaque commune la liberté religieuse la plus absolue, la liberté municipale, la possibilité et la liberté d'éducation vocar lionnelle et professionnelle, la liberté de réanions politiques ou communales, l'organisation des plaisirs et des fêtes, et surtout la possibilité et la liberté de vivre en travaillant, doivent être désormais des réalités.
Vous signalerez ce fait, que la justice doit devenir de plus en plus républicaine , c'est-à-dire de plus en plus fraternelle ; et vous encouragerez les commune^ et les cantons à oi^aniser des tribunaux de conciliation ou jurys d'honneur, chargés de régler par arbitrage tontes les contestations.
Loin de faciliter la vente des propriétés couununaIes« c'est-à-dire, le plus souvent, la spoliation légale des faibles et des petits par de plus puissants (|a'eux,, vous encouragerez les acquisitions et les dotations des com-
miiaes , mais en veiUaat a?ec le plas graod soin à ce que les propriétés communales soient toujours entre tontes les mieux cultivées.
Yons'distingnerez entre les travaux de sûreté publique et d'utilité. Pour ces derniers, la nation doit avant tout son concours à ceux qui seraient de nature à développer le travail, ce sujet de vos incessantes sollicitudes. — Où Tétat dépense mille francs en améliorations, il importe que les particuliers, les déparlements et les communes en dépensent deux à trois mille.
Vous me signalerez tous les tarifs, tous les péages qui nuisent à la circulation.
Vous comprendrez que rédllité publique doit aussi devenir une réalité, que tous les édifices doivent recevoir de Taîr et de la lumière. Vous considérerez le Palais-National à Paris et le cours Henri IV à Nantes, comme des modèles à imiter dans les constructions urbaines, en insistant toutefois pour que les constructions nouvelles n'aient plus que deux étages.
Vous veillerez à multiplier autant que possible la somme des communautés utiles dont pourront jouir les nouveaux quartiers à construire dans votre département
Sadiez qu'il entre dans la pensée de l'administration nationale (car le peuple veut être administré et non gouverné) , de faire annuellement 2 à 300 millions d'économie sur l'armée ; et qu'elle veut employer 100 millions par an à l'achat des montagnes à reboiser, des terres incultes à défricher, des marais à dessécher.
Vous comprenez, et vous ferez comprendre à tous , Citoyen préfet, l'influence moralisante que le gouvernement veut exercer sur l'agriculture, les grandes irrigations, le reboisement, les défrichements, le taux et la forme des fermages, en acquérant rapidement les quinze millions d'hectares de notre sol dont l'exploitation réclame une main plus puissante , une caisse plus riche
que celle de simples particuliers, c'est-à-dire, le concours de grandes associations fraternelles soutenues par l'État. Yoas ferez encore comprendre à vos administrés , Citoyen préfet, cette prévoyance avec laquelle nous voulons aller au-devant des besoius des races futures , en régularisant le cours de nos fleuves, en abritant leurs fertiles vallées contre les inondations, en arrêtant sur les montagnes le sd qui descend dans les plaines , en faisant des réserves de bois pour le chauffage dû pays et les besoins de ses industries à venir, en modiGant, par d*habiles plantations, la climature de la France, en créant enfin par de grandes irrigations huit millions d'hectares de prairies nouvelles ou de jardins parfaite* ment arrosés, dans un pays qui n'en compte })as quatre. L'administration nationale pense aussi à acquérir dans chaque arrondissement, au besoin dan!} chaque canton, ui^^prande ferme, de manière à réunir sur un seul point une maison de retraite pour les invalides des deux sexes, une école pratique d'agriculture et d'arts et métiers, un asile pour les enfants abandonnés.
Aujourd'hui, le revenu brut de la France n'est que de huit milliards, sur lesquels les travailleurs qui ont produit ces huit milliards de valeurs ne reçoivent que deux milliards cinq cents millions, le surplus étant absorbé par le loyer des capitaux, par l'usure, par les fermages et par les impôts. Or le vœu le plus ardent de l'administration serait de restituer au peuple un milliard par la suppression de l'usure et la réduction de l'iinpôt ; et d'ajouter à ce milliard cinq cents millions annuels de main-d'œuvre sous forme de travaux divers; de manière à augmenter de suite le bien-être des travailleurs dans la proportion de quatre à deux et demi, ou de huit à cinq.
Vous n'oublierez pas non plus, Citoyen préfet, de faire connaître que désormais le prix minimum des journées
des travailleurs doit toujours, dans toutes les adjudica* lions, figurer en regard de la nature et de la qualité des matériaux. De plus, vous êtes autorisé à traiter de gré à gré, pour toutes les adjudications de travaux, avec les Sociétés réellement fraternelles qui, après vous avoir communiqué leurs statuts , voudraient se charger de l'exécution de ces entreprises. Si ces Sociétés ne peuvent fournir de cautionnement pécuniaire, vous ferez une enquête sur la moralité et la capacité industrielle des sociétaires, et vous passerez outre si vous ne recevez que de bons renseignements.
Vous signalerez à vos administrés les efforts des communes de Paris et des principales ciiés de France, comme exemples à suivre par les communes d*un ordre inférieur dans Torganisation et la pratique des améliorations sociales.
Vous les préparerez au gouvernement direct, qui est l-une des garanties de la souveraineté nationale, et au vole direct qui est la forme, l'expression de cette garantie par tous les moyens de publicité, de prédication et de discussion que vous possédez. — Ayez toujours à 1 -esprit qu'il faut élever l'éducation morale et politique des campagnes au niveau de celle de Paris. Que ce soit là le but incessant de vos efforts. —L'ignorance, source des misères morales et matérielles , voilà notre plus grand ennemi. — Habitué par des enquêtes et les études qu'elles nécessiteront de sa part à dire, en connaissance de cause, oui ou won, le peuple deviendra rapidement capable d'exprimer de la même manière sa volonté. — Multipliez les instituteurs et les institutrices de tous les ordres et de tous les degrés ; que les égards que vous aurez pour eux les fassent reconnaître pour des tnagistrats revêtus de fonctions éminemment sociales, éminemment élevées. — Si l'éducation de nos campagnes avait été ce qu'elle pouvait être, le gouvernement direct, c'est-à-dire rentière souveraineté du
pei}f>le ne serait pas seulement un but, elle pourrait être imniédiatemeut le moyen du bien être universel.
Au lieu de déguiser les difûcuhés du moment» vous vous attacherez à faire entrer dans Topinion publique qu'il est indispensable de recourir à des mesures aussi promptes que décisives contre le paupérisme et les immenses douleurs de notre ordre social. En regard <les plaies de Tlriande et de l'Angleterre, qui menacent de nous envahir, vous montrerez par quelle route et par quels efforts nous voulons et nous prétendons, en France, échapper aux horreurs d'une pareille sitnatioo.
Laissant de côté les petits palliatifs, vous alta([ueroz. le mal dans sa racine.
Immédiatement vous allez poser la question des baux à longue échéance, et des droits du fermier sur la plusvalue créée par soir travail; immédiatement vous allez encourager par vos paroles, au besoin par vos écrits, vos conseils et les moyens dont voire administration dispose, la réunion en une grande association, d'exploitations plus ou moins nombreuses. C'est le seul moyen de faciliter les irrigations et la culture jardinière faite avec des instruments perfectionnés; c'est le ^ul moyen de rapprocher les familles des laboureurs, de rendre plus facile l'éducation de leurs enfants, de retenir la population dans nos campagnes par un plus grand bien-être, et d'arriver enfîjk à ces notables économies que permet l'Association.;, i
Si surtout, un ou plusieurs viliages sociétaires venaient à se former par la réunion de cultivateurs et d'ouvriers, sous la direction d'un ou de plusieurs d'entre eux , syndics nouveaux de ces nouvelles communautés rurales, vous les appuieriez de tout votre pouvoir-
Vous organiserez. dans volri; département une ban-* que spéciale qui se reliera à la banque nationale de France; l'intention de l'administration étant de con-
fier à ces banques les recettes et les paiements de rÉtat, les assurances et lecK'dit hypothécaire, de telle 6(H te que leuis bénéfices nous aident à supprimer les impôts les plus onéreux.
La nation voudrait que dans chaque ville au-dessus de 20,000 âmes il fût créé une ou plusieurs cités ouvrières, ayant chacune une crèche, une salle d'enfance, des logements très propres et très salubres» une vaste cour commune , un jardin commun , une boulangerie sociétaire et tous les autres avantages 'd'économie et d'éducation qui peuvent nallre du rapprochement des ménages. Elle aimerait quo ces établissements fussent fundés au moyen d'actions au porteur, pouvant servir de monnaie ou de billets de banque, de manière à augmenter au profit de tous le capital de circulation.
Tous les dimanches vous ferez* placarder à la porte de chaque mairie , de chaque église, de chaque propriété nationale ou communale le Moniteur républicain et les grandes enquêtes auxquelles l'opinion devra répondre par oui ou fxif non.
Plein de respect pc- la souveraineté populaire, vous vous attacherez à siti-.'^hfier et à faciliter le plus possible son exci;cice.
Voire administrailion, Citoyen préfet, sera très facile pour tons les projets de. routes, de canaux, de chemins de fer d'une utilité réelle : vous vous garderez d'oublier jamais que l'intérêt public ne doit être entravé |)ar aucune influtlice, quelle qu'elle puisse être.
Vous organi • i une association de négociants , de capitalistes, d( «i )riétaircs et de laboureurs, ayant pour i)ut la fi<^ ' .ion des engrais et l'établissement d'une banque a)le pour la vente à crédit de ces mêmes engr? ous mettrez à la disposition de cette association u rain- convenable, si l'État en possède, les immottdif ie tous les établissements publics, les vases de la p et des fleuves , et vous me signalerez
tons les moyens de contribuer à son parfait développe^ ment
J'attends de ?ôns un rapport spécial sur les moyens de procurer à bas prix à nos agriculteurs le guano» ks nitrates de potasse et de soude, le sel mafrin, les os des animaux morts, les chairs desséchées * le phosphate de chaux et surtout les engrais dont on pourrait réduire le prix par de sages mesures administratives. Vous me signalerez aussi les plantes et les animaux étrangers que les navires de l'État pourraient aller chercher dans les contrées lointaines. Vous réclamerez eo mon nom Je concours de la force militaire pour toutes les entreprise» d'utilité publique, surtout si elles ont but social.
Vous ferez connaître l'intention du gouvernement de supprimer la conscription , de réduire l'armée en ne conservant que les cadres des régiments de ligne et les corps spéciaux, et d'exercer chaque dimanche tous les jeunes gens de dix-huit à vingt-quatre ans aux exercices militaires et au tir de la carabine.
Vous dirigerez toutes les fêtes dans un esprit national et de manière à initier le peuple au goût des arts civilisateurs.
Vous transformerez nos courses actuelles : vous ferez comprendre à vos administrés qu'elles sont essentiellement nuisibles à nos mœurs démocratiques , qui sont et doivent rester françaises, et à l'éducation de nos chevaux, qu'elles tendent à transformer en échassiers coureurs. Les principes du bon sens et de la physiologie « Ja transmission héréditaire des vices acquis , le pea de capacité comme reproducteurs de la plupart des étalons qui remportent les prix, vous serviront à combattre les préjugés que l'on voudrait importer d'outre-mer dans nos contrées, et ù ramener les courses dans une direction plus utile et plus profitable.
En résumé, citoyen préfet , ne perdez jamais de vue que le but princiiKil de la société, c'est de faciliter pour
f liacun de ses membres le plus large^développeiuent pos' sible (le moralité, d*intcl[igence et de bieti-éire, et qa*à cet effet toutes les institutions doivent tendre à-assurer à^ chaque citoyen :
L'éducation dans Tenfance ;
Le travail dans Tâge viril ;
La retraite pour Tinvalide et le vieillard.
La civilisation serait une amère dérision, si elle n'avait pour fin de réaliser le règne de Dieu sur cette terre, en délivrant les hommes des limbes de l'erreur et des langes de la misère.
Supposez à l'intérieur un ministre Imbu de cette opinion, tel serait le sens, et à peu de chose près, le texte même de sa première circulaire. Tel est le langage que nous avons tenu aussi , nous, pendant quatre mois , comme préfet. Nous avons pu en expérimenter les résultats dans deux départements d'une administration difficile , et selon nous , il n'y a pas d'autre voie de salut pour la France et pour les nations européennes.
Le Credo sclenCiflqQe du socialisme*
Dieu , l'êtrç des êtres, est infini dans le temps, Tespace, la matière et la vie ; mais nous pouvons l'admirer et l'étudier dans la portion limitée de l'univers qui est accessible à nos sens.
La puissance , l'action , l'amour, cette trinité , cette triple manifestation de Dieu dans Vinùùt , se retrouve à des degrés différents dans tous les êtres de la nature.
La vie est universelle , et soumise , dans toutes les existences qui peuplent les mondes-, à une hi «nique
de crfôlallisaliou, d'orgauisalion, d'associalion, de mua^ \ement et de iransformalîons.
Toule vie présente cinq phases :
1" L*embryologie , c'est-à-dire rindividualisaliott ou émanation de l'être au sein d'éléments préexistants;
2" Le progrès par transformations successives;
3° L'oscillation autour d'un état moyen ;
W* La décroissance ;
5' La mort, ou dissolution des parties qui se séparent pour renaître en de nouvelles associations d'exis-
tenceSa
Notre système solaire, les mers et l'air atmosphérique de notre globe en sont à la troisième phase de la vie ; mais l'humanité n'en est pas encore à la seconde. Elle se forme , elle s'individualise au sein de cet élé-. ment préexistant que l'on appelle les nations, le genre •
humain.
Les grandes révélations ou révolutions religieuses et politiques qui ont fait l'éducation du genfe humain , qui ont marqué lés étapes de cette route <ju'il parcourt dans son embryologie pour arriver à constituer l'humanité « sont les analogues des cataclysmes , des bouleversements , des révolutions géologiques qui ont creusé de plus en plus le bassin de nos mers et dressé les cimes de plus en phis élevées de nos montagnes.
L'homme, le plus parfait des animaux vertébrés, est soumis comme euxaux lois de la vie ; et toutes ses manifesutions physiques, intellectuelles et morales doivent être considérées comme des phénomènes physiologiques soumis aux lois générales de la nature.
Il n'y a qu'un monde, qu'une universalité; partant qu'une loi d'ordre et de vie, qu'une Providence* Elle gouverne à la fois la trinité des substances. pesantes ou pondérables , les solides , les liquides^l les gaz; et la
irinitti des impondérables, la chaleur^ Y électricité ^ la lumièi^e,
La nature offre à notre examen cinq gn^ndes séries d'existences. Tout ce qui existe appartient aux vies sidérales, minérales, végétales, animales ou sociales. La circulation et la solidarité sont h la fois leur condition et leur moyen d'être.
Soit qu'on l'examine dans l'espace , ou selon la co5mograpkie dans le temps, ou selon V histoire de ses phénomènes successifs, la nature présente à notre étode un ordre constant, une harmonie parfaite, appelée plan profidentiel.
11 est de la destinée de l'humanité de s*y développer selon la mission qui lui est assignée par la loi d'ordre et de rie de tout ce qui existe au sein de l'univers.
Cette mission , il a été accordé à l'homme de la connaître , et par suite d'exercer une part d'action sur sa propre destinée.
Les attractions , qui produisent les réactions chimiques, produisent les molécules des règnes organiques et la famille dans le règne social. La persistance de leur action produit les cristallisations minérales , les organismes végétaux et animaux , et leis associations humaines.
La formation d'axes est le signe du progrès dans les minéraux ; toutes leurs cristallisations se réduisent \ six types caracléi*isés par leurs axes.
L'existence d'un axe simple, et par suite de deux pôles , est la caractéristique du progrès dans les yégétaux ; plus le végétal est parfait, plus l'axe est accentué.
Cette même loi a lieu aussi pour les animaux ; les plus parfaits portent le nom de vertébrés, des vertèbres ou os creux i\\i\ forment leur axe cérébro-spinal.
Dans la série des vertébrés, le développement du système nerveux , le développement du cerveau et le développement des lobes antérieurs du cerveau , de-
viennent les caractéristiques successives des progrès accomplis.
L'homme résume en lui tous les organismes que renferme la série des animaux.
bans sa vie embryologique , il passe par des états successifis et progressifs, qui représentent passablement dans leurs phases , la série ascendante des progrès accomplis par la substance animale entre les animaux appelés infusoires et Têtre humain. •
Ses arrêts embryologiques de développement , tuIgaîrement appelés monstruosités, représentent par conséquent des états qui sont permanents chez des êtres inférieurs à nous.
De là cette pensée, que les êtres supérieurs ne sont que les inférieurs développés, ou que les inférieurs ne sont que les supérieurs arrêtés dans leurs développements.
Les lobes antérieurs du cerveau , dont les animaux sont bien moins pourvus que Thomme, représentent pour nous les facultés spéciales à notre espèce» les facultés humaines.
S*il y avait au-dessus de Thomme un animal plus parfait , il posséderait des facultés humaines plus complètes, représentées dans l'organisme cérébral par des lobes antérieurs encore plus développés.
£volver les facultés humaines, rendre Thomme aussi homme , et partant aussi supérieur que possible , soit aux animaux, soit même à certaines espèces du genre homme , qui forment la transition entre nous et les singes ou quadrumanes, voilà Tidéai intellectuel de rhumanité.
Il est donc selon le plan providentiel , et par suite selon ridéal, que l'homme développe par l'exercice, c'est-à-dire par l'instruction, ses /bbes cérébraux antérieurs et ses facultés humaines.
La morale physiologique, d'accord avec celle du
Christ et de Zoroastre, se propose de graiictir l*hommc dans la direction du plan providentiel. Elle fait 'concorder le sentiment et la science. Elle veut que notre espèce devienne de plus en plus religieuse , de plus en plus sociable ou fraternelle, philosophe et savante. Loin d'entravei;, elle prescrit d'encourager Tamonr du beau, du vrai , de la grandeur ; les nobles aspiraiîo»s de noire être Ters le sublime et Tinfini.
Les lois reconnues dans les règnes sidéraf , minéral, végétal et animal , appliquées au règne social , nmis permettent de comprendre sa formation embryologique et de prévoir ses développements ultérieurs.
Le corps social se forme actuellement, comme le germe humain au sein de la femme. Plus tard , dans ses autres phases, il subira les phases du corps humain. Il résulte de cette doctrine, qiie l'histoire n'a encore été que médiocrement comprise jusqu'à ce jour, méroe par les Hommes des écoles de SaJnc-Siu)on et de Fourier, et que les prophéties scientifiques sur l'avenir de l'humanité ne sauraient être acceptées, parée qu'elles sont basées sur des considérations fausses ou incomplètes.
Les familles hyperlwréennes, pratiquant Ta promiscuité, et les familles polygames de l'Afrique et de l'Asie, sont des souvenirs des animalités inférieures au sein du règne social. Elles existent an sein de l'humanité, comme pour attester l'histoire des transformations snccessives de l'homme.
La famille euroi)éenne actuelle devra s'améliorer encore; elle deviendra <jle plus en plus monogame, consacrant les droits égaux, dans leurs fonctions respectives, de l'homme et de la femme, de l'époux et de l'épouse ; elle sera la base réelle et soii<le de l'ordre social nouveau, de l'être collectif appelé humanité.
Tandis que la tribu est une association de familles " polygames , la commune sera une association bien au-
trement puissante et organisée de familles monogames, une Térilable famille élevée à une puissance supérieure.
La patrie sera une famille encore plus étendue.
L'humanité sera un être entier» un être complet doiié d'organes divers représentés par les divers peuples et les diverses communes, et, par suite, de fonctions analogues à celles de l'homme.
î/exirtence de ce grand être suppose :
1" Une drculation parfaite d'un fluide magnétique, romme celle qui , dans le corps humain , transmet à tous les organes les ordres de la volonté.
2" Une circulation non moins parfaite des produits à consommer et de leurs débris ou résidus, comme celle qui, sous l'action du cœur et des vaisseaux capillaires, fait circuler en nous le sang artériel ou nutritif, le sang veineux , le liquide lymphatique et lé chyle , ce liquide revivifiant de l'économie.
3** Des moyens locomoteurs puissants et rapides, représentés actuellement dans leur enfance par nos chevaux, nos dromadaires, nos chameaux, nos éléphants, nos bateaux, nos voitures à vapeur et nos ballons.
/;'' Une production en produits bruts et manufacturés, plus que sufQsanle pour tous les besoins de chacun des organes de l'humanité. .
5" Une consommation de chaque organe, directement proportionnelle, comme dans le corps humain, au travail effectué, que ce travail soit très utile, peu utile, inutile, ou même subversif. (Ce qui a lieu chez Thomme ilaUs le cas de maladie.)
6*»Unecalorification, ou puissance magnétique pour produire la chaleur, dont la chimie vivante du corps humain nous donne l'idée , mais dont notre industrie sociale ne se doute pas encore.
7" Une langue et des moyens universels de relation, (les plaisirs , des fêtes , des communions intellectuelles €t passionnelles, auprès desquelles nos fêtes les plus
lede véritalilea jeux d'en-
0jf. «a l'avenir de l'hamaniié! L« ■^^^^(MKwmourroatpas, qu'ils a'aieni i ^i^^pg^.Ji réalisation de cette scieoti- •* •.îïaïf V ""^ ^'''"'' ^*P****fi "^is notre ^ ^Tu jftîUiSME aïec le» preuves ei les fai*'^L.jc>te comporte.