PRÉAMBULE
tt Avant de faire coimaitre nos statuts et de demander à nos concitoyens de toutes les professions un concours actif à rœuvre que nous entreprenons , nous devons exposer nos principes, notre organisation , notre but.
Nos principes»
Pour nous, la formule républicaine Liberté, Fraternité, Égalité, contient en germe, dans ses trois termes indivisibles, toute la vérité religieuse, sociale, politique et économique.
Attachés de tout notre esprit, de tout notre cœur, de toutes nos forces à cette formule, nous voulons travailler à la réaliser dans toutes les professions en enseignant et en provoquant une meilleure organisation de la science, de Tart, de Tindustrie et de l'État.
La base de cette organisation nouvelle , c'est, selon nous, ce qu'on appelle Gompagnonage ou Corporation. Mais ces noms mêmes éveillant encore, dans le plus grand nombre des esprits , des idées de privilèges et de castes bien opposées à la formule qui a notre foi, nous devons dire ici le sens nouveau que nous y attachons.
Toute branche de l'activité humaine , toute fonction de la science , de l'art ou de l'industrie , appelle le concours de plusieurs hommes dont les uns sont plus
particulièrement savants, les autres plus particulièrement artistes , et d'autres encore plus particulièrement industriels; il n'existe pas, en effet, un seul instrument de travail qui puisse être mis en activité sans Tassociation , à un même moment, de Tindustriel, de l'artiste et du savant. C'est cette nécessité absolue de l'associa* tioa dans le travail, qui donna lieu , dès les temps les plus reculés^ aux divers Gompagnonages. On s'habitua même à considérer ces groupes d'hommes, liés par l'amitié dans l'exercice des diverses fonctions d'une même profession, comme un seul être organisé, qu'on appela pour cette raison Corps d'état, Compagnonage, Corporation.
Mais, faute de connaître assez profondément la nature de chaque profession et son lien avec toutes les autres, on attribua la supériorité a celles dans lesquelles l'intelligence et le sentiment prédominent sur celles où l'activité s'exerce principalement , et l'inégalité s'établit entre les fonctions. Cette inégalité entraîna comme conséquence un despotisme dégradant pour l'homme. En effet , au lieu de confier l'instrument de travail nécessaire à l'exercice d'une profession à une association dans laquelle l'industriel, l'artiste, le savant, reliés par cette profession même , eussent été Compagnans , on remit cet instrument à un seul homme, lequel, ainsi placé en dehors et au-dessus du corps des travailleurs, ne put l'organiser que par la force , et n'eut d'action sur ses confrères que par lé commandement. La même cause qui avait ainsi établi des supérieurs et des inférieurs dans une même profession , engendra aussi des distinctions analogues entre les divers corps d'états; il y eut des professions servîtes et des professions liée-raies; et l'homme, dans ces professions différentes, fut dominé par l'homme de deux manières, directement d'abord et ensuite indirectement.
Le travailleur fut possédé directement , lorsque le
chef d'atelier l'eut réellement en propriété et put racheter, le vendre , et en disposer' comme d'une chose ; c'est ce qu'on est convenu d'appeler I'esclavage.
Le travailleur fut possédé indirectement , lorsque , n'ayant ni terres ni instruments de travail, il fut obligé, pour vivre, de*se soumettre à ceux qui possédaient ces choses ; c'est ce qu'on nomme communément le prolétariat.
Les préjugés consacrèrent presque universellement cette inîêgalité. L'aristocratie s'établit entre les travailleurs eux-mêmes dans chaque profession, et le Compagnonage, au lieu d'être un lien de fraternité, devint un signe de privilège.
Il faut délaisser ces formes usées du Compagnonage qui tendent à perpétuer l'inégalité entre les travailleurs ; mais il n'est pas nécessaire pour cela de renoncer à toute idée d'association entre les travailleurs d'une même profession. Il est indispensable au contraire de relier, dans chaque branche du travail , l'industriel , l'artiste , le savant.
Or c'est cette association corporative que nous tendons à organiser parmi les travailleurs de l'industrie , de l'art et de la science , sous le nom de corporation