AVANTAGES DES ELABORAÎIONS PARALLELES
C'est qu'en effet le principe est saisissant : toutes les activités, toutes les forces qui poussent une idée générale dans une voie donnée concourent fatalement à un but suprême qui les contiendra et les couronnera dans leur essence. Il ne faut donc pas craindre les diversités : elle se résolvent toujours dans l'unité, si la conception mère est assez vaste. C'est à ce dernier point seulement qu'il faut veiller, et telle est notre préoccupation, en demandant l'élargissement des horizons socialistes.
Cette condition fut remplie par le socialisme initial ; il y eut acheminement à l'unité dans le déploiement des théories diverses qui remplirent la première moitié du XIXe siècle, puisque toutes partaient d'un principe commun et avaient un but commun : la régénération morale et la transformation sociale, en vue du mieux être du genre humain, en un mot, l'organisation de la solidarité humaine.
III. Caractère et limitations nécessaires de la condensation réaliste dans le socialisme
S'il est vrai que l'a plupart des premières écoles socialistes laissèrent la vie dans la mêlée ; il est vrai aussi que ce qu'il y avait de bon dans chacune d'elles est resté, dans l'idée générale en formation, un élément disponible pour la synthèse future. C'est d'ailleurs une loi cruelle de la triste nature des choses que chaque genèse est le produit d'éliminations successives.
Seulement ici l'élimination — transitoire et non définitive — fut trop forte. Par réaction contre un idéalisme spiritualiste confinant à un irrationnel mysticisme religieux, on amputa le socialisme de toutes les impulsions sentimentales, de toutes les aspirations philosophiques et fraternitaires qui avaient été la moitié de sa force ; on lui coupa les ailes, pour qu'il ne pût plus, en s'élevant, risquer de se perdre dans le ciel nuageux de
l'utopie. En un mot, il fut, par la savante et puissante école socialiste de Marx, qui depuis dix ans inspire presque toutes les organisations prolétariennes et révolutionnaires des Deux- Mondes, ramené à une question économique, à une guerre de classes dirigée contre la Bourgeoisie capitaliste par le Prolétariat industriel, marchant à la conquête du pouvoir politique, de l'égalité sociale et du communisme économique.
On a dit en substance :
« Le fond tragique de l'histoire est rempli parles mouvements manifestes ou latents, mais incessants de la lutte des classes.
« Les organisations politiques n'étant que le reflet des organisations économiques, c'est toujours pour la modification de ces derniers, sous la poussée des besoins matériels et des nécessités nouvelles de la production, qu'éclatent les conflits. Il en résulte que les vicissitudes des classes en lutte, pour la conquête du pouvoir et des privilèges économiques, sont les mobiles internes et dominants de tous les conflits, de toutes les réalisations du passé, l'intérêt étant le point de départ réel de toutes les actions humaines.
« La guerre des classes n'a pas pris fin à la Révolution française, elle n'a fait que se simplifier.
« La Bourgeoisie, traître au Prolétariat qui lui avait donné la victoire, s'est tournée contre lui, est devenue conservatrice à son tour et a pris l'hégémonie des forces rétrogrades (noblesse, clergé, privilégiés de tous genres). C'est donc entre cette bourgeoisie et l'immense peuple des salariés, que se creusent en ce moment les antagonismes et que se livrera le grand combat pour la direction économique et politique. Le résultat final ne saurait être douteux ; le Prolétariat, classe ascendante et poussée à la victoire par toutes les forces de l'histoire et par les nécessités économiques de la production moderne.
« Les unes et les autres exigent la socialisation des forces productives et l'organisation communiste de la production et de la circulation des richesses.
« Or, tels sant justement les desiderata du Prolétariat. Il ne poursuit pas la conquête de quelques droits abstraits, sous l'impulsion d'une idée préconçue et vaine de justice, mais il va,