VI. La crise économique
« En comparaison de nos étonnants progrès dans les sciences physiques et dans leur application pratique, nos systèmes de gouvernement, de justice administrative, d'éducation nationale, de toute notre organisation morale et sociale sont à l'état de barbarie, (i) »
On se rappelle tristement ces paroles du célèbre professeur d'Iéna, dès qu'on entre dans le monde dolent du salariat.
Le machinisme, qui aurait dû affranchir les prolétaires du travail exténuant, n'a fait que river leur chaîne de misère, de servitude et d'insécurité.
C'est vainement que, relevant le défi ironique d'Aristote, la science moderne a fait « marcher la navette toute seule » et fait du fer un docile et puissant travailleur aux millions de bras ; l'homme n'a pas bénéficié de ces merveilles ; le travail est plus pénible et plus long ; de plus, la fabrique, qui auparavant ne réclamait que des hommes valides, a pris aussi la femme et l'enfant pour les soumettre, eux aussi, sans considération d'âge ou de sexe, à un travail rendu toujours plus servile, plus torturant, plus épuisant.
La fabrique moderne est devenue une véritable maison de terreur. Travail intensifié, brutalité et insolence des chefs, puis la série des vexations, défense de parler, de chanter, obligation d'arriver à la minute précise, journées inégales, allant quelquefois
(i) Hœckel : Preuves du Transformisme.