‹ Le socialisme intégralChapitre 87 sur 108 · LOIS ET USAGES MATRIMONIAUX · texte numérisé non relu

LOIS ET USAGES MATRIMONIAUX

femme de son fils et sur les membres de l'association domestique, le droit absolu du patriarche hébreu et du héros grec (i). »

Cela dura des siècles et il y eut même aggravation à l'avènement de la République. Caton l'ancien formula ainsi le nouveau code conjugal :

« Le mari est juge de la femme ; son pouvoir n'a pas de limites ; il peut ce qu'il veut. Si elle a commis quelque faute, il la punit ; si elle a bu du vin, il la condamne ; si elle a eu commerce avec un autre homme, il la tue. »

Le christianisme fortifia la monogamie, en faisant du mariage un sacrement ; mais si par ce fait, il tendit à élever la femme, il l'abaissa d'autre part par le dogme de la chute et par la malédiction de l'amour.

Ajoutons que l'enténèbrement, les violences et les souffrances de la triste époque féodale firent du mariage, tel que nous le comprenons, le privilège des seigneurs et des riches bourgeois. La confuse promiscuité de la misère était la règle pour les asservis des champs et des villes. « Les serviteurs même du château vivaient pêle-mêle entassés dans les galetas. Les communs succédèrent où tout était mêlé encore. Le logis à part ne commence que fort tard, et par la mansarde, sous Louis XIV.

« Pour les serfs ruraux, l'intérêt du maître n'était pas de les isoler par familles, mais de les tenir réunis dans une villa ou vaste métairie où un seul toit abritait, avec les bêtes, une tribu de même sang, un cousinage ou parentage d'une centaine de personnes. Quoique parents, le maître les considérait comme simples associés et pouvait à chaque décès reprendre les profits de tous. De famille ou mariage qui eût autorisé l'hérédité, il ne daignait s'en informer. La famille, pour lui, c'était cette masse de gens qui mangeaient « à un pain et un pot », qui buvaient et couchaient ensemble.

« L'Église cependant exigeait le mariage, mais c'était une dérision. Pendant que le prêtre faisait sonner haut le sacrement, multipliait les empêchements et les difficultés de parenté, il absolvait, faisait communier le baron dont le premier droit était

(i) Cénaç-Montaut : Histoire de l'Amour dans V Antiquité.

le mépris du sacrement. Je parle du droit du seigneur (si impudemment nié de nos jours). L'exigeait-il lui-même ? Qu'importe !

« Forcée de monter au château pour offrir le denier ou le plat de noces (Voyez Grimm et toutes les coutumes) la mariée dédaignée du seigneur était le jouet des pages.

« Faut-il s'étonner, après cela, de cette dérision universelle du mariage, qui est le fond de nos vieilles mœurs. L'Eglise n'en tenait compte, ne le faisant pas respecter. La noblesse n'avait d'autre roman que l'adultère, ni les bourgeois d'autre sujet de fabliau. Le serf n'y songeait même pas, mais il tenait beaucoup à sa famille, à cette grande famille ou cousinage où tout était à peu près commun. Il n'était jaloux que de l'étranger (i). »

Qui après cela pourrait s'étonner de ce que le mépris du mariage monogamique faisait au moyen-âge le fond critique de la littéraire populaire. Dans le Romande la Rose, Jean de Meung n'hésite pas à chanter :

Car nature n'est pas si sotte Que d'avoir fait nestre Marotte Tant seulement por Robichon Ne Robichon por Mariette Ne por Agnès, por Pérette Si nous a fait, beau fils n'en doutes, Toutes par tous et tous par toutes, Chascune par chascun commune Et chascun commun par chascune.

Pour la femme du peuple le mariage était la chaîne de la servitude ; là-dessus l'opinion était générale, on ne laissait même pas à la jeune épousée l'illusion du début ; toutes les chansons populaires du jour de noces contenaient des couplets de ce genre :

Adieu, plaisirs et agréments !

J'y mettrai mon habit noir, Mon chapeau de même couleur, Mon cordon de pénitence.

La seule note gaie des mélopées paysannes à l'occasion du mariage était la note de l'adultère, pour avertir le mari qu'il ne devait pas épargner les raclées.

(1) J. Michelet : Histoire de France, t. XIII.

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