‹ Le socialisme intégral, Volume 1Chapitre 102 sur 123 · I. La Genèse de l'État · texte numérisé non relu

I. La Genèse de l'État

<c C'est le but même de l'Etat, dit Hegel dans sa Pbilasopbie de r Histoire, c'est le but même de l'Etat de formuler d'une façon positive tout ce qu'il y a d'essentiel dans l'activité de l'homme et dans

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ses tendances. C'est l'intérêt absolu de la raison que ce tout moral joit réalisé, et c'est le mérite et la justification des fondateurs d'Etats... La dignité tout entière de l'être humain, la réalité au point de vue intellectuel et moral ne lui viennent que de l'Etat.

« Par lui seul, il est pleinement conscient ; par lui seul, il prend sa part d'une vie sociale et politique, à la fois juste et morale... L'Etat, c'est l'incarnation de l'idée divine sur la terre. »

Ce qui veut dire, commente Albert Regnard(i), que la perfection de rêtre humain se réalise dans l'Etat, qui est ainsi le but suprême, la fin de la nature humaine, en son plein épanouissement.

En revanche, pour les chefs de la Bourgeoisie impérante, l'Etat n'est, a très bien remarqué Lassalle (2), que le veilleur de nuit, fonctionnant au profit des possédants et des privilégiés. Combien éloigné, par conséquent, des buts éducatifs, justiciers et solidaristes que lui assignent, en même temps que les socialistes, les plus éminertts philosophes des derniers siècles !

Qye si cette haute conception de l'Etat est étrangère aux dirigeants modernes, à plus forte raison n'en eurent pas soupçon les primitifs des agglomérations premières. •

Le fameux contrat social initial de j.-j. Rousseau n'est que le rêve d'un sophiste imaginatif. D'inénarrables nécessités instinctivement ressenties et les liens confus d'une parenté promiscuitaire déterminèrent seuls, autour de quelques plus forts qui imposèrent leur loi, les premières agglomérations humaines enfermées d'abord dans les limites du clan consanguin.

Par ce qui a été dit des origines de la propriété et de la famille, ce caractère parental des premiers embryons de l'Etat est suffisamment démontré. Après la crise individualiste et la réaction subséquente, contre le communisme promisque et la gynécocratie, la forme patriacale domina dans les groupes primitifs et ce furent les commencements de l'histoire. Pour éviter les redites, nous partirons donc du clan patriarcal.

C'est d'ailleurs remonter assez haut ; qui dit patriarcal dit

(i) Albert Regnard : VÉtat, son origine^ son but.

(2) Ferdinand Lassalle : Capital et Travail, traduction française par B. Malon.

monarchique, et monarchique dans le sens étroit du mot, le patriarche étant, à la fois, prêtre, roi, propriétaire ; maître enfin, dans le sejis absolu du mot, maître des âmes, des corps et des biens.

Ces maîtres de tribus monarchiques devaient se faire et se firent la guerre. On devine vite les résultats.

Les plus forts et les plus guerriers subjuguent leurs voisins, tuant d'abord tous les adultes mâles, réduisant femmes et enfants en esclavage, puis asservissant durement tout le monde ; en tout état de cause, confisquant le sol de la tribu, au profit du chef et de ses plus féroces serviteurs. Ainsi se forma la propriété individuelle ; ainsi furent constitués les premiers Etats du despotisme le plus brutal, le plus déprirfiant, sur la guerre de conquête et de pillage ; en un mot^ sur le droit odieux du plus fort.

Nous voilà loin de l'idyllique état de nature inventé par l'auteur du Contrat social.

Deux fléaux naquirent de ces violentes formations : Y esclavage et r extension de la polygamie, c'est-à-dire l'asservissement général des travailleurs et des femmes.

Et le mal ne pouvait aller qu'en empirant, car une fois intronisés, les chefs de la tribu monarchique s'appliquèrent à faire l'éducation de leurs anciens compagnons. « Leur premier soin fut de rendre leur autorité héréditaire . En cela, ils furent imités et soutenus par tous ceux de leurs sujets qui, trouvant avantage à s'humilier d'un côté pour dominer de l'autre, formèrent vite une sorte de noblesse. Parmi ces sous-dirigeants, aussi grossiers que leurs maîtres, il y avait ordinairement des sorciers, qui, sans grand eflfort, devinrent des prêtres. Bien souvent aussi, le prêtre cumula le pouvoir temporel et le pouvoir surnaturel (i). »

11 est clair que le chef dut faire des concessions à ses auxiliaires immédiats. De cette nécessité naquit la troisième grande iniquité des groupements pré-antiques : le régime des castes, dont les délimitations ont persisté pendant des dizaines de siècles. En effet, dans toutes les anciennes civilisatiohs, nous trouvons le quarte-

(i) Ch. Lctourncau : L Evolution politique.

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