‹ Le socialisme intégral, Volume 1Chapitre 103 sur 123 · LA GENÈSE DE L*ÉTAT · texte numérisé non relu

LA GENÈSE DE L*ÉTAT

naire : Prêtres y Aristocrates ou cMilitaires, (Marchands ou Travailleurs libres, Esclaves (i).

L'inique division sociale en classes fermées ayant des droits et des devoirs inégaux, favorisa la concentration du despotisme monarchique, « résultat fort naturel, puisque la servitude est la raison d'être des sociétés fondées sur le régime des castes. Les classes privilégiées finissent par subir plus ou moins le joug qu'elles trouvaient légitime d'imposer aux classes subalternisées, et contre lequel la conscience même de l'esclave ne protestait pas (2).»

Du reste, le monarchisme croissant était, en outre, propulsé par la nécessité où était chaque agglomération de s'étendre parla conquête sous peine de destruction'. En ces époques de force, la force seule pouvait décider entre les chefs de clans rivaux, d'où la permanence de l'état de guerre.

Or, comme en toute guerre, le vainqueur était sans pitié, à la suite de chaque conflit, le despotisme s'étendait et s'intensifiait par la confiscation d'autres terres, par l'asservissement d'autres hommes et bientôt aux petites monarchies rivales succédèrent les grands empires qui soumirent à leur discipline de fer des millions d'hommes qui s'appelèrent l'Inde de Manou, la Chine, l'Egypte, l'Assyrie, la Perse, le Pérou, le Mexique, etc.

Par une loi de facile compréhension, plus la monarchie croissait en étendue et en puissance, plus s'alourdissait le joug de la servitude générale (3).

(i) A signaler une exception pour la Chine, qui s'organisa de bonne heure sur les bases du despotisme patriarcal, servi par une classe de lettrés promus par voie de concours. Mais, trop fière de sa hâtive civilisation, la Chine renonça à tout progrès et se pétrifia. Cela dure depuis vingt-cinq siècles et atteste expérimentalement qu'en dehors du développement progressif continu, il n'y a pour la civilisation et les peuples que l'impuissance, la stérilité et la mort.

(2) Ch. Letoumeau : SocioïogU.

(3) Un exemple relativement récent. Avant Mahomet, l'Arabie, composée de tribus fédératives, jouissait, malgré la cruauté des mœurs, de quelques restes de liberté. Dès qu'elle fut sous Tautorité de l'inventeur de l'Islamisme - la plus haïssable et la plus funeste des religions modernes — l'Arabie vit se développer la servilité de la plus honteuse façon.

Qu'on en juge :

« Les sujets de Mahomet recueillaient pieusement l'eau dont il s'était servi, les che-

Goosle

Des tristes constatations qui précèdent, il résulterait que les agglomérations pré-antiques furent le fruit de la violence et de la guerre et qu'elles portent le double stigmate du vol et du sang.

Sur ce point, notre conviction est entière. Quelques auteurs voient les choses sous un jour moins sombre, tel Albert Regnard qui, dans son livre déjà cité, s'exprime ainsi:

« 11 est facile de comprendre comment, à un moment donné, des clans sédentaires et voisins, poussés par un intérêt commun et parfois dirigés par des chefs plus éminents, s'unirent d*une façon plus permanente ; de cette agrégation naquit l'Etat, L'union, d'abord simplement personnelle, s'étendit ensuite au territoire. Ce fut là le plus grand progrès peut-être, à coup sûr le pas le plus difficile à franchir dans la marche de l'humanité; alors seulement, la société existe, seule digne de ce beau nom parmi les hommes, j'entends la société politique qui se fonde non plus sur les liens du sang, non sur l'identité du culte, mais sur le fait d'occupation d'un territoire commun. A la notion de la consanguinité s'est substituée celle de la contiguïté, au sentiment exclusif de l'amour des proches va se mêler désormais celui de l'amour des hommes ; l'intérêt général va primer celui de la famille ou de la tribu.»

Dans un petit nombre de cas, les choses ont pu se passer ainsi ; mais le fait général, signalé plus haut, n'en domine pas moins l'histoire avec une évidence tragique.

D'autres ont voulu établir des différences entre la race sémitique, selon eux plus monarchique, et la race aryenne prétenduement plus républicaine. L'histoire ne ratifie pas une pareille distinction. Chez les Aryens, comme chez les Sémites, comme

veux qui tombaient de sa tête ; ils allaient même jusqu'à lécher ses crachats. Cependant Mahomet n'était qu'une sorte de juge théocratique comparable à Moïse ; après lui, les premiers Khalifes furent encore électifs, mais à partir de Moawiah, le Khalifat devint héréditaire. Dés lors, un niveau oppresseur pesa sur toute la race, et bien plus lourdement encore sur les peuples conquis, qui |>ayaient au maître une lourde capitation, en remerciant de la bonté grande avec laquelle il leur permettait de cultiver leurs terres, qui, par droit de conquête, appartenaient au vainqueur. » (Letourneau : Sociologie),

362 LA GENÈSE DE l'ÉTAT

chez les Touraniens, la conquête créa et développa Tesprit et les institutions de servitude. Un exemple frappant nous en est fourni par la race mère aryenne, après sa descente des plateaux de l'Asie Centrale.

Pendant la période védique, c'est-à-dire avant la conquête de l'Inde, nos ancêtres jouissaient d'une liberté et d'une égalité relatives, fondées sur une sorte de patronage hiérarchique, s'inspirant d'une théorie de devoirs différents, mais réciproques.

Après la conquête, tout changea; le chef féodal devint un monarque absolu ; les trois classes védiques, ayant de nombreux rapports, firent place aux quatre castes fermées d'une si révoltante iniquité qui flirent régies par le code régressif de Manou ; les femmes furent asservies et l'esclavage devint plus général et plus dur.

Bref, rétrogradation lamentable et génératrice de maux incalculables, car les Aryas, les plus vaillants des hommes et les plus puissants fondateurs d'empire de la race blanche, portèrent partout, au lieu de la liberté védique, la fixité des castes, la servitude théocratique et militaire, de la monarchie manavienne.

Les choses étant pires dans les vastes et sombres empires sémitiques de l'Assyrie, de la Babylonie, et aussi dans la vieille Egypte — pourtant si supérieure au point de vue religieux (i) — il peut paraître que cette triste période annonçait l'agonie de la liberté humaine, la réduction de tous les peuples en troupeaux, au profit de quelques hommes de proie, rendus fous de cruautés et de dépravation par le pouvoir absolu.

Une telle crainte n'avait rien de chimérique, et c'en était fait peut-être de l'humanité progressive, si, sur les deux rives de la Méditerranée, le génie de la liberté républicaine ne s'était levé contre les sanglantes et dégradantes divinités monarchiques.

(i) Si la théocratie égyptienne n'était qu'un vestige de quelque grande civilisation antérieure, épanouissement d'une race détruite à la suite des cataclysmes successifs qui engloutirent la Lémurie et l'Atlantide ; si l'avènement de la race blanche (qui ne serait que la quatrième des races souveraines qui ont dominé la terre) n'a été qu'un recommencement d'évolution philosophique, politique et sociale, ce sont là problèmes de très haute histoire soulevés par les ésotéristes néo-bouddhistes et kabbalistes ; il n'y a pas lieu de les aborder ici.

Certes elles n'eurent rien de bien attrayant les rapaces et dures Républiques de Tyr et de Carthage, si cruellement esclavagistes; mais il n'en est pas moins vrai que leurs oligarchies avides et soupçonneuses sauvèrent la liberté, en répudiant le plus mortifère agent d'asservissement universel : le pouvoir absolu et héréditaire d'un seul.

De Tyr, dont la richesse et la puissance furent chantées par Isaïe, on sait peu de chose; on est mieux fixé sur les institutions de Carthage, qui ont un certain vernis démocratique.

Un sénat électif concentrait tous les pouvoirs, moins le pouvoir judiciaire ; le pouvoir exécutif était exercé par deux suffètes : le suflfète civil, qui avait la présidence, et le suffete militaire, nettement subordonné au premier et qui était, en outre, tenu en bride par un comité de vigilance, émanant du Sénat. Les suffètes étaient nommés par le peuple sur une liste présentée par le Sénat.

Dans la pratique, le fonctionnement politique était faussé par

l'irrésistible influence de la richesse concentrée entre les mains

de quelques familles, les Amilcars, les Hannons, les Mangons ;

mais ni monarchie, ni patriciat héréditaire : la république plou-

, tocratique dans toute sa sincérité.

C'était donc le principe républicain sauvegardé, sinon la vivante et sympathique protestation libertaire des Méditerranéens, celtes, italiques, helléniques. L'Hellade surtout est ici intéressante à étudier, car c'est sur son glorieux territoire que fut vaincu, pour des siècles, le monarchisme asiatico-africain.

Jamais l'héroïque peuple hellénique n'avait complètement aliéné sa liberté. Les «rois homériques étaient plutôt des chefs militaires que des monarques proprement dits. Ils devaient justifier leurs résolutions devant les guerriers assemblés et, très souvent, il fallut toute l'éloquence d'Ulysse, toute la sagesse de Nestor, pour empêcher les révoltes.

Bientôt même, on repoussa ces chefs militaires, et des révolutions successives firent succéder aux principats héréditaires les immortelles cités républicaines auxquelles était réservée l'impérissable gloire de sauver la liberté et de présider h la plus magnifique efiflorescence philosophique et esthétique qui ait jamais élevé les esprits et réjoui les cœurs.

364 l'état ANTiaUE

Nous entrons ainsi dans les plus brillantes réalisations de l'État antique.

Page 1