‹ Le socialisme intégral, Volume 1Chapitre 109 sur 123 · VI. La Réforme économique · texte numérisé non relu

VI. La Réforme économique

Sur le terrain limité de l'amélioration du présent, les desiderata du socialisme moderne peuvent se résumer dans l'énoncé programmatique suivant :

Reconnaissance Au droit au travail pour les valides, du droit à la suffisante vie, dans la mesure des ressources sociales, pour les invalides ;

Législation nationale et internationale du travail, qui comprendrait en première ligne :

La réduction de la journée de travail à buit beures, l'interdiction du travail des enfants au-dessous de quatorze ans et de quatorze à dix-huit ans réduction de la journée à six heures pour les deux sexes, la suppression du travail de nuit, sauf pour certaines bran-j ches d'industrie dont la nature exige un fonctionnement ininterrompu ; l'interdiction du travail des femmes dans toutes les

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branches de Tindustrie qui affectent plus particulièrement l'organisme féminin, le repos ininterrompu de trente-six heures au moins par semaine pour tous les travailleurs, la suppression du marchandage, la suppression du payement en nature ainsi que des coopératives patronales, la suppression des bureaux de placement, la surveillance de tous les ateliers et établissements industriels, y compris l'industrie domestique, par des inspecteurs rétribués par l'Etat et élus, au moins par moitié, par les ouvriers eux-mêmes.

Parmi les mesures destinées à préparer l'abolition du salariat et l'organisation collectiviste du travail, les socialistes préconisent notamment :

La suppression de tous les monopoles concédés à des particuliers, par suite la nationalisation du crédit, des chemins de- fer, des canaux, messageries maritimes, mines et carrières, des assurances, etc. (i);

L abolition graduelle des dettes nationales et communales (2) ;

L organisation S armées du travail^ ayant pour objet les grands travaux de reboisement, d'assolement, de dessèchement, d'endiguement, d'irrigation, de canalisation, de constructions d'utilité générale, etc. ;

Le crédit aux corporations agricoles et industrielles, assez important pour conduire graduellement à l'abolition du salariat (3).

(1) L'idée d'assurance par TEtat fut indiquée une première fois en 1802 par P.-B. Barrau, auteur du Traité d'assurances réciproques.

Ce publici^te demandait que les biens meubles et immeubles fussent assures contre tous les risques moyennant une prime qui serait ajoutée aux contributions. Développée et complétée en 1840 par Raoul Boudon en son Organisation unitaire des assurances, la conception de Barrau finit par préoccuper l'opinion. Des <»rps élus émirent des vœux en faveur de la nationalisation du service des assurances^ qui, dans la seule année 1846, fut demandée par dix-sept conseils généraux. Elle était devenue si populaire, qu'en 1848 le Gouvernement provisoire l'adopta en principe.

Emportée dans le rapide et tragique tourbillon des< événtrtnents qui suivirent, la réforme promise ne put être appliquée ; elle fut alors reprise, au point de vue théorique, par E. de Girardin, qui a résumé son opinion dans cette phrase : La politique universelle, telle que je la conçois, c'est t assurance universelle,

(2) Par exemple, par la transformation des titres perpétuels en titres temporaires, l'amortissement devant se faire «n 20, 30 ou 50 années.

(3) Claude Bernard : La science expérimentale.

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La constitution (ïun croissant domaine national et établissement de colonies agricoles ;

La facilitation de la culture en commun par l'encouragement de la commassation et par la mise h la disposition des intéressés, moyennant redevance, de machines construites dans les ateliers de l'Etat.

La réfection de la loi sur les sociétés financières entraînant la suppression de l'anonymat, la responsabilité des contractants et la sévère réglementation des marchés à terme ou jeux de Bourse ;

La suppression de r intérêt perpétuel, transformé en prime d'amortissement.

Resterait maintenant le chapitre des ressources nécessaires pour subvenir aux dépenses courantes de l'Etat socialiste ; mais ce côté de la question sera amplement traité dans le 2™« volume sur les Réformes possibles et les moyens pratiques.

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