LA REFORME POUTIQ.UE
Dans une suggestive brochure, l'économiste-socialiste Hector Denis, professeur à l'Université de Bruxelles, préconise la formation d'une Chambre du travail qui serait divisée en deux grandes sections : la section des intérêts spéciaux et la section des intérêts généraux. Hector Denis se place dans l'hypothèse de la simple amélioration de ce qui est. Nous demanderions davantage à la Chambre économique, et lui attribuerions ainsi une section, spécialement dynamique, des applications sociales.
On aurait ainsi :
La section des intérêts spéciaux, — Agriculture. — Industries agricoles. — Pêche. — Mines. — Carrières. — Ardoisières. — Métallurgie. — Objets en métal. — Verrerie. Céramique. — Produits chimiques. — Industrie lainière. — Industrie linière. — Industrie cotonnière. — Bâtiment. — Ameublement. — Vêtement. — Industries de luxe. — Alimentation. — Transports. — Industries accessoires des sciences et arts. — Industries diverses, — Employés. — Science et pédagogie. — Beaux-arts.
La section des intérêts communs. — Statistique. — Assurance.
— Assistance publique. — Subsistances. — Crédit. — Échange.
— Commerce international et relations extérieures. — Voies de communications et tarifs. — Hygiène générale. — Travaux publics. — Finances. — Rapports des industries. — Rapports du capital et du travail. — Enseignement. — Institutions scientifiques et artistiques. — Législation. — Administration (i).
La section des applications sociales^ qui aurait dans ses attributions principales : l'accroissement et l'amélioration du domaine de l'Etat, le crédit aux sociétés ouvrières (agricoles et industrielles), l'administration directe ou déléguée des mines, des chemins de fer, des canaux, des messageries maritimes, des manufactures de l'Etat, des arsenaux, des entrepôts, des minoteries, des grands établissements sidérurgiques, et en général l'organisation du travail collectif dans tous les foyers de production, de transport et d'échange, pouvant entrer dans la catégorie croissante
(i) Hector Denis : Organisation représentative du travail.
des services publics. De la même section relèverait la direction des travaux publics en vue de l'amélioration et .de l'embellissement du territoire, et destinés, par surcroît, en attendant l'avènement du collectivisme, à faire du droit au travail une réaiité. Les encouragements aux inventions et découvertes, la direction des assurances et de l'assistance publique, entreraient aussi tout naturellement dans les attributions de la section des applications sociales.
t la Chambre politique resterait la direction de l'administration proprement dite, de la politique étrangère, de l'éducation, des cultes, des beaux-arts, des fêtes publiques, de la justice, de la police, etc.
Est-il besoin d'ajouter que la même division devrait être introduite dans l'organisation communale, organisation qui ne pourrait s'appliquer, bien entendu, qu'à la commune cantonalisée, c'est-à-dire formée d'une agglomération assez importante pour comporter une vie politique, philosophique, esthétique et économique relativement développée (i) ?
Pour ce qui a trait à l'Etat, nous ne pourrions, sans risquer de tomber dans les enjolivements utopiques, pousser plus avant l'énoncé des réformes réclamées par l'opinion* moyenne des socialistes modernes ; nous terminerons donc ce paragraphe en rappelant simplement, comme complément à ce qui vient d'être dit, les principaux desiderata politiques des programmes socialistes courants :
Liberté de presse ^ de réunion, d'association ;
"^fonte des codes ;
abolition du budget des cultes, séparation des Eglises et de F Etat, organisation de fêtes publiques fréquentes et périodiques ; {remplacement des fêtes religieuses par des fêtes civiques d'un haut caractère moral et social) ;
Gratuité de la justice, garanties plus amples accordées à t accusé^ développement de la justice arbitrale, consulaire et corporative.
\ (i) Voir dans le deuxième volume (Chapitre Vil) du présent ouvrage une étude critique et positive sur les Services communaux.
394 ^A REFORME POLITiaUE
Réforme du système pénitentiaire, substitution aux prisons de colonies pénitetitiaires, notamment agricoks ;
Universalisation de l'instruction générale et professionnelle, repas, vêtements, fournitures scolaires aux frais de la collectivité ;
Election d'un conseil international d'arbitrage pour juger souverainement des conflits et des différends entre nations, aussi pour préparer la Fédération internationale ;
l^placement des armées permatientes par des milices nationales qui perdraient leur caractère militaire au fur et à mesure de la généralisation de l'arbitrage ;
t/lbolition des ordres privilégiés et de la vénalité des offices.
Ce simple énoncé dit suffisamment combien, au point de vue politique, est riche déjà d'idées novatrices et de projets de réformes pratiques le socialisme tant calomnié.