L ETAT SOCIALISTE
que cela, les capitaux productifs n'étant plus à vendre, pas plus que ne le sont, en ce moment, les routes ou les ponts.
« Comme corollaire, la monnaie publique remplacée par des bons de travail ayant caractère de titres de consontmation. La dette publique également transformée en titres de consommation et progressivement abolie (i). »
Dans ce système — et c'est par là que le collectivisme moderne diffère de l'ancien communisme qui mettait tout en commun, travail et produits — l'outillage seul est commun, les produits sont répartis conformément à la justice, et la consommation est libre .
Expliquons :
L'avoir humain a deux sources, la Nature et le Travail, Par Nature, nous entendons toute la matière première du Globe l et ses forces naturelles.
d Par Travail, nous entendons Taction de l'homme pour con-
l naître et s'approprier cette matière et ses forces.
? Nous croyons, avec d'éminents économistes et des socialistes
I autorisés, que Yavoir humain se divise :
l ■ p En Capital ou somme des valeurs de production (2) ;
[• 20 En Richesses ou somme des valeurs de provision, de con-
t sommation et d'agrément.
Par l'étude des phénomènes de la production, nous n'avons l pas de peine à trouver que, dans les conditions économiques
: présentes et surtout futures, le travail, pour être suffisamment
t: productif, doit se servir des forces dites économiques, comme
^ l'association et la division du travail, les machines, etc. Ceci
; nécessite et nécessitera de plus en plus de grandes améliorations
l de capital et de travailleurs ; le travail individuel est de plus
! remplacé par le travail collectif.
■ Le capital aussi doit devenir collectif. Quelques-uns propo-
sent l'appropriation corporative ; ce ne serait que substituer au
(i) Schaeffle : Quintasence du Socialisme, traduction française par B. Malon.
(a) Sous la dénomination de capital, nous comprenons aussi \cs força productives sociales, ou ensemble des découvertes, des inventions et des applications dont les gènefjltions successives ont dote j'humanité,
régime de la concurrence individualiste qui nous écrase, un régime de concurrence qui ferait aussi du travail une bataille, où les fortes corporations réduiraient les faibles aux privations et à la subordination .
Il est plus rationnel et plus simple de reconnaître que tout ce qui est capital est propriété collective, c'est-à-dire inaliénable entre les mains soit de la Commune, soit de TÉtat et ne peut qu'être
î confié aux associations productives des travailleurs, moyennant
.; certaines redevances et certaines garanties, sauvegardant les intérêts et les droits de la communauté.
En ce qui touche les richesses, comme il n'y a aucun inconvénient pour la société à ce que chacun de ses membres jouisse à sa manière de la part de valeur qui lui est attribuée par son travail (attendu que, dans l'organisation collectiviste, chacun sera assuré d'une instruction intégrale et professionnelle, d'un travail attrayant et très productif et, s'il est impropre au travail, d'un entretien suffisant), nous croyons que les richesses peuvent et doivent être possédées individuellement, en sûre garantie de la liberté de la volonté et de l'action personnelle. 11 ne faut pas oublier que les richesses telles que nous les entendons, n'étant pas productives, leur accumulation ne saurait nuire à la communauté. Tel collectionnerait des livres, tel des tableaux, tel des
s objets rares ; en cela, il suivrait ses inclinations et ne nuirait à
; personne.
i Dans ce système :
i Par la collectivité du capital et l'association dans le travail la
i solidarité humaine est assurée.
Par la possession individuelle des valeurs (par ceux qui les ont produites, la part des charges sociales étant prélevées) l'indépendance est garantie.
Et tel est notre idéal qui sera réalité un jour. Socialistes, l'avenir est à nous ; ne nous endormons pas au dernier moment. Et après nous être entendus sur une large doctrine commune, enveloppant dans son tissu élastique les aspirations morales de l'élite humaine, en même temps que les revendications politiques et économiques des opprimés et des exploités, regardons bien en face pour gravir degré par degré
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l'étroit et âpre sentier des moyens/ Gardons-nous surtout des folies sectaires qui nous ont fait tant de mal . Les sociétés se transforment lentement, rationnellement, avec du temps, de l'intelligence et de la bonne volonté ; elles ne peuvent se retourner comme un gant, ainsi que le croient quelques naïfs et que le disent, en se faisant illusion à eux-mêmes, quelques violents.
Mais, d'autre part, il est bien certain que l'ancien système est à bout et que nul n'a le droit de se désintéresser, quand tant de blessés saignent, quand tant de souflFrants gémissent.
Par amour ou par force : par une série de réformes, si la bourgeoisie éclairée comprend son devoir ; par la révolution violente, si le peuple, encore une fois trahi, doit se lever seul et exaspéré contre le vieil ordre ; pacifiquement ou violemment, en un mot, ceci doit être changé et le sera, au nom de la justice et de l'humanité.
Pacifiquement ou violemment, avons-nous dit. Mais combien nous préférerions la solution pacifique ! Nous croyons que grâce au déblaiement révolutionnaire déjà effectué depuis 1789, l'issue pourrait être pacifique ; mais cela entre peu dans les précédents de l'histoire. Tout a été conquis de haute lutte, le plus souvent par une suite d'insurrections vaincues, quelquefois par une révolution triomphante. Les écrivains du socialisme révolutionnaire ne sont pas seuls à le rappeler. Voici un philosophe socialiste, homme de paix et de modération, Charles Fauvety, un des plus éloquents théoriciens de la solidarité universelle, qui a dit, lui aussi :
« Lisez l'histoire et dites-moi s'il est une seule idée vraie, « féconde, organique, qui, introduite dans un milieu social quel- « conque, n'ait laissé à sa suite un sillon sanglant t Ne voyez- « vous pas qu'elle a dû coûter d'autant plus de sang et de lar- « mes qu'elle était plus sociale, plus humaine, plus compré- « hensive, c'est-à-dire qu'elle embrassait des rapports plus nom- « breux, plus complexes, et qu'elle devait atteindre une plus « grande somme d'intérêts ! » (Socialisme et Tositivisme, par Ch. Fauvety, Paris, 1872),
En l'état de choses, les insurrections socialistes vaincues auront-elles pour couronnement une révolution sociale violente ou une graduelle et pacifique transformation sociale ?
Aux classes dirigeantes d'Europe et d'Amérique Yardua sentent a...
Elles seules auront la responsabilité des révolutions. Les socialistes sont d'abord venus, le chapeau à la main, dans la première moitié du siècle, demander aux privilégiés du jour un peu plus de bien-être et d'instruction pour les pauvres gens. On s'est moqué d'eux, et quand ils insistaient trop on a ajouté la prison à la dérision et à Tinsulte.
Puis lorsque c'est le prolétariat industriel, ce premier né des revendications contemporaines, qui a demandé justice, on a réprimé et massacré .
Mais voilà que, calomnié par les savants officiels et foudroyé par les canons de l'ordre, le socialisme est ressuscité, lui aussi, d'entre les morts. Plus vivant, plus puissant que jamais, il est revenu. Comme le sphynx antique, il est là, debout, inévitable, invincible» avec son état-major d'écrivains et d'orateurs, d'hommes d'Etat, d'organisateurs, de propagandistes, avec son immense armée de prolétaires. 11 dit à la société actuelle : « Dans ta forme présente tu es incapable de régir dignement les grands intérêts de l'humanité. Tu es dévorée par le ver rongeur de l'individualisme ; tu n'as ni philosophie commune, ni pactes politiques équitables, ni justice économique. Tu ne sais employer la science que t'ont léguée les générations qu'à des œuvres de mort et tu vis sauvagement, honteusement sous le droit brigand du plus fort. C'est le fer homicide et non la volonté des peuples qui délimite les frontières.
« Tu es riche de toutes les accumulations passées et de la productivité d'un outillage inappréciable. Qye fais-tu de tant de richesses? Tu les donnes à quelques parasites qui gaspillent les ressources communes et crèvent de pléthore sous le poids d'un luxe scandaleux. Que dis-je? Tu tolères des milliardaires, pendant que des millions et des millions de tes enfants, tremblant de froid, tombant de faim et gémissant de douleur, crient vers toi du fond de leur misère et te demandent vainement de pouvoir vivre en travaillant.
« N'ayant pas le respect de l'Humanité, tu n'as pas le respect de la Nature ; tu livres le Globe à la stupide et malfaisante rapacité de propriétaires qui le détériorent, le stérilisent et boulever-