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Toutefois, ce n'est pas de l'illustre représentant anglais de la Renaissance militante, ni du grand ministre victime du cruel Henri VIII, que l'on veut rappeler le souvenir, mais du réformateur de haute pensée qui sut reprendre la protestation communiste au point où l'avaient laissée Platon, Apollonius de Tyane, les Pères de l'Eglise, et les meilleurs hérésiarques pour la montrer à son siècle, après l'avoir enveloppée et parée de forces et de formes nouvelles.
L'Utopie (i) de More fit époque, pour employer l'expression allemande. Avant ce livre les chercheurs de théories sociales fondaient idéalement des ^Républiques conformément à la tradition platonicienne ; depuis, les chercheurs du mieux n'ont pu que tracer les plans
De ce qu'en Utopie on se plaît à bâtir,
Pour assigner le but prescrit à Pâme humaine (2)
Ce n'est que justice.
Incomparablement supérieure aux compartiments platoniciens, aux violences stériles des Pères de l'Eglise, Y Utopie ouvrit véritablement de nouvelles routes aux généreux qui vont à la recherche d'un avenir social meilleur, et sur beaucoup de points elle est restée le premier monument du socialisme moderne. Lorsqu'on tient compte de l'époque de la publication, on est, à toute page, frappé d'admiration.
More commence par une critique sociale d'une fidélité et d'une ampleur non dépassée encore, et les aperçus en découlant sont tels que, après plus de trois siècles et demi, ils sont encore pleins d'enseignements précieux et de novations irréprochables. Partout l'homme d'Etat se révèle et jusque dans cette excellente justification du communisme :
T^our répartir les choses avec égalité et justice et ne pas troubler
(1) Utopie mot forgé par More de deux mots grecs ou-iopos, non lieu, pays imaginaire. L'Utopie y' dont le titre exact est De optima reipublica statu, deque novj insuJa Utopia. (La meilleure république retrouvée dans le gouvernement de Tile nouvelle d'Utopie), fut publié à Louvain en 15 16. Voici le sujet du livre : Uq voyageur intrépide, le Portugais Hytholdée, a découvert Tîle d'Utopie et il raconte à Pierre Gilles, à J. Clément et à More lui-même les merveilles qu'il a vues chez ce peuple « digne de servir de modèle à tous les autres i».
(2) Byron : CHtde Haroîd.
la félicité des hommes, il faut, au préalable, abolir la propriété, car tant qu elle subsistera, la classe la plus nombreuse et la plus estimable naura en partage que disette, tourment et désespoir,
La communauté du grand chancelier d'Angleterre comprend une sagace organisation du travail , on y a grand souci de la justice et du progrès social ; c'est tout un système aux vues nouvelles, dénotant l'homme politique qui avait beaucoup observé. En Utopie, l'emplacement des villes est réglé de manière que chaque cité ait sa campagne environnante où tous les habitants viendront à tour de rôle, travailler la terre, car l'agriculture est la grande ressource, et même les ouvriers de ville doivent aller aux champs dans les temps de presse. Les villes sont régulières et bien bâties et tous les membres de la communauté ont un logement aéré, commode et agréable. Les paysans sont logés dans de spacieuses maisons champêtres, où sont déposés les instruments agricoles.
La terre étant commune, les produits agricoles sont emmagasinés par les soins des magistrats élus, qui les distribuent selon un, dans la mesure des ressources communes.
des produits industriels.
monde travaille et que la production est mieux . es de travail par jour sussent pour assurer mimunauté.
it ulopien est électif et composé ainsi qu'il itaine de familles élit annuellement son magisrante ou pbilarque. On nomme au dessus des magistrat supérieur, appelé protophilarque. La •ques choisit le prince (nommé à vie, mais !S candidats désignés par le peuple (c'est en que).
>, avant d'être executives, sont discutées et lemblée du peuple (le référendum).
nt l'art commun aux Utopiens des deux sexes, dès leur bas âge, enfance, tant à l'école, où préceptes, que dans les champs voisins, où ifants travailler, en jouant, dans le double but 'agriculture et de les développer corporellement.
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Outre l'agriculture, chaque Utopien apprend un métier. Les garçons choisissent d'être maçons, menuisiers, forgcrons,ferblantiers, tisseurs, etc. ; les femmes apprennent surtout les métiers relatifs à l'industrie des vêtements, filage, blanchissage, couture, etc. Si quelqu'un veut changer de métier ou s'il veut apprendre plusieurs métiers, on lelui accorde tout de suite. Mais tousdoivent travailler six heures par jour, en retour de l'abondance dont ils jouissent. Trois heures avant midi, repos de deux heures, et autre repos trois heures après midi. On va au travail comme à une fête et on en revient de même au son des instruments. Huit heures sont accordées au sommeil et chacun emploie comme il entend les heures de loisir. Les salles d'études sont toujours ouvertes à tous. L'été dans les jardins, l'hiver dans les salles, on fait de la musique, on s'exerce au chant, aux échecs et aux jeux innocents et agréables de tous genres.
Tout le monde (hormis les enfants, les malades et les vieillards) travaille manuellement , les sypbograntes eux-mêmes, bien que légalement dispensés, travaillent pour donner le bon exemple.
Au centre de chaque quartier se trouve le marché ou magasin des choses nécessaires. Chaque père de famille va chercher et emporte ce qu'il demande pour lui et les siens, sans qu'on exige de lui ni argent ni échange.
L'abondance étant extrême en toutes choses, on ne craint pas que quelqu'un demande au-delà de ses besoins. En effet, pourquoi celui qui est sûr de ne manquer de rien, chercherait-il à posséder au-delà de ses besoins ?
En Utopie, il n'existe point de comme.^'ce intérieur. S'il y a surabondance dans quelques localités et pénurie dans quelques autres, on compense le déficit des premières par l'excès des secondes, et cela gratuitement. Ainsi l'Ile tout entière est comme une seule famille. Les produits superflus sont exportés à l'extérieur et échangés contre des produits exotiques, car l'usage de la monnaie est interdite en Utopie.
La famille est maintenue et tempérée par le divorce, c'est l'amour seul qui fait les mariages, l'adultère et les relations irrégulières sont proscrites. Les jeunes gens se voient nus avant de se choisir, pour éclairer leur choix.
Les mères nourrissent leurs enfants, elles se réunissent dans des salles disposées et meublées, pour que les nourrices, les nouveaux-nés et les enfants de moins de cinq ans y trouvent tout ce que réclament la propreté et l'hygiène.
Naturellement, l'instruction et l'éducation sont communes. Les animaux sont tués, lavés et préparés par les serviteurs (qui sont les condamnés), afin que les Utopiens ne se fassent pas un spectacle du sang, chose qui pousse à la dureté et à la cruauté, « V Utopie est un de ces rêves des hommes de bien et dont toutes les idées ne sont point impraticables, a prononcé Condorcet (i). »
Il y a mieux à dire : L'Utopie est la vision sociale d'un homme de génie ; elle éclaire singulièrement l'avenir de l'humanité. Vous voyez là, en germe, le travail attrayant, une organisation sociale et scientifique de la production, un admirable système d'éducation et le respect de la liberté individuelle, limitée seulement par les devoirs sociaux équitablement répartis, incombant à chacun.
Ce sont là plus que les rêves d'un homme de bien. A-t-on î des préoccupations si nouvelles durent ables aux contemporains de X Utopie. C'est que le mot utopiste reçut la signification e doit pas être appliquée à More, resté l'un iteurs de l'ère moderne.
, écrite en latin, n'était pas, semble-t-il, blic. La première traduction fut faite en Francesco Doni, bien digne d'un tel honneur, ^ait déjà publié les étincelants dialogues le / niondi celesti, terrestri ed infernaliy dans a description du (Monde des Sa^es, 1 Cittanuova et se sont soumis à des instis ont maintenu la famille et aboli la prossont tous égaux et, en retour d'un travail s vivent dans l'égalité, l'abondance, la paix
t d'un bomme public.