‹ Le socialisme intégral, Volume 1Chapitre 41 sur 123 · VI. Campanella et divers · texte numérisé non relu

VI. Campanella et divers

Pour Doni et Bonifacio, le communisme n'était évidemment qu'un bel idéal dont il ne fallait pas même tenter la réalisation ; pour Campanella qui, près d'un siècle plus tard, écrivit la Cité du Soleily il n'en était pas ainsi, car on devait non seulement élaborer des plans d'organisation communautaires, mais aussi tenter de les appliquer.

Et de fait, avant de dogmatiser, le moine révolutionnaire avait voulu réaliser. Servi par une âme haute et vaste, une volonté de fer et une grande habileté dans le maniement des hommes, ce révolté étonnant ourdit, vers 1600, une formidable conjuration révolutionnaire ayant à sa tête, dit Pietro Giannone, trois cents moines napolitains gagnés au communisme et ayant des ramifications dans un grand nombre de villes voisines : Stilo, Pizzoli, Catanzaro, Nicastro, Gerace, Melito, Oppido.

(i) L'affirmation de Bonifacio est maintenant confirmée par Tobservation . Voici, entre autres, deux témoignages non suspects :

a Au point de vue sociologique, ce qui est particulièrement intéressant dans les républiques des fourmis et des abeilles, c'est le parfait maintien de l'ordre social avec une complète anarchie. Nul gouvernement; personne n'obéit à personne, et cependant tout le monde s'acquitte de ses devoirs civiques avec un zèle infatigable ; Tégoisme semble inconnu.

« 11 est remplacé par un large amour social.» (Letourneau : L'Evolution politique).

Ce qui suit est plus péremptoire : « C'est de l'abeille, de la guêpe, de la fourmi, de Toiseau, de toute cette création animale inférieure qu'il regarde avec mépris, que l'homme doit apprendre un jour à connaître ce qu'il est lui-même ». (Draper : Lt Développenunt intellectuel de l'Europe),

Le but était de renverser la domination espagnole et d'établir une républiqne communautaire. Averti par un traître, le vice-roi espagnol, comte de Lemos, arrêta les conjurés, qui furent condamnés sans pitié, et il fit subir au réformateur les plus cruelles tortures ; la dernière dura quarante heures, sans qu'on pût arracher une parole à l'héroïque moine.

Enfin, après avoir, pendant vingt-sept ans, habité cinquantedeux prisons, et avoir été enfermé plusieurs fois dans des culs de basse-fosse, Campanella fut relâché à la prière du pape Urbain Vlll(i), et il vint à Paris où, bien accueilli par le Mécène français, Peiresc, il finit paisiblement ses jours.

Indompté après tant d'épreuves, le disciple du philosophe novateur Télésius employa ses dernières années à écrire une sorte d'encyclopédie philosophique, où Pierre Leroux a vu l'édifice d'une philosophie complète. La Cité du Soleil (Civitas solis) est un des chapitres de ce grand ouvrage.

Comment l'héroïque conspirateur napolitain entendait-il le communisme 1

La grande Cité du Soleil est régie communautairement. Elle a pour chef suprême un prêtre, que, dans leur langue, ils nomment Sol (Soleil) et que dans la nôtre nous appellerions le grand Méiapbysicien.

11 jouit d'un pouvoir absolu; ilest assisté de trois chefs, Pon, Sin et Mar (Puissance, Sagesse, Amour).

Puissance est chargé de ce qui concerne la paix et la guerre ; Sagesse a la direction des arts libéraux et mécaniques, de l'instruction et des sciences ; Amour a pour principale fonction de veiller à ce qui regarde la génération et de régler les unions sexuelles, de telle sorte qu'il en résulte la plus belle race possi-

î sous la présidence du grand Méfarépartissent les biens consommables d'ailleurs pris en commun, iux deux sexes selon les aptitudes et >truction et le travail sont rendus le

jbliquement au nom de la science, par GuilIaumF

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