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III. Le processus capitaliste

Pendant ce temps? le conflit avait atteint, en France des proportions grandioses par l'insurrection de Juin et par la formidable explosion de la Commune de Paris, et il se généralisa bientôt dans tous les pays d'Europe au fur et à mesure de leur entrée dans le mouvement industriel. Vint le moment où le Quatrième Etat trouva son expression hégémonique dans Y Internationale d'abord, dans les Partis ouvriers, actuellement florissants, ensuite. II est arrivé à avoir des représentants directs dans nombre de grandes municipalités et dans presque tous les parlements, notamment ceux d'Allemagne, de France, d'Angleterre, d'Italie, de Suisse, de Serbie, de Hollande, de Danemark, de Suède-Norwège et de l'Amérique du Nord.

Nous en sommes là ; l'issue n'est pas douteuse, car les antagonismes ne peuvent que se creuser et créer la nécessité d'une révolution sociale.

La production capitaliste, de plus en plus, concentre les forces productives et pousse l'association et la division du travail à leurs dernières limites ; tandis que, par l'emploi d'un machinisme toujours plus développé, elle multiplie les produits, décuple, vingtuple et centuple la productivité de l'efiFort humain.

Au bénéfice de qui?

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Par suite du fait absurde que la machine, au lieu de fonctionner au profit du travailleur, fonctionne au profit du capitaliste «il arrive, pour parler la langue de Marx (i), que la machine devient l'arme la plus puissante du capital dans la lutte contre la classe ouvrière, que le moyen de travail arrache à l'ouvrier les moyens d'existence, que le moyen de travail est la lésinerie la plus éhontée des conditions de son perfectionnement, que la machine, ce plus puissant moyen d'abréger le travail, devient le plus sûr moyen de transformer la vie entière du travailleur et celle de sa famille en temps de travail exploité pour la mise en valeur du capital ; il arrive que le surtravail des uns engendre le chômage des autres, et que la grande industrie qui parcourt le globe en quête de nouveaux consommateurs, limite chez elle les masses à un minimum de famine et détruit, de ses propres mains, son marché intérieur.

« La loi, qui toujours équilibre le progrès et l'accumulation du capital et de la surpopulation relative, rive plus solidement le travail au capital que les coins de Vulcain ne rivaient Prométhée h son rocher.

« C'est cette loi qui établit une corrélation fatale entre l'accumulation du capital et l'accumulation de la misère, de telle sorte que l'accumulation de richesses à un pôle, c'est une égale accumulation de pauvreté, de souffrance, d'ignorance, d'abrutissement, de dégradation morale, d'esclavage au pôle opposé, du côté de la classe qui produit. (2) »

En telle occurence, le mécanisme capitaliste est débordé, luimême, par les forces productives qu'il a développées. 11 en résulte des surproductions aggravées par l'étranglement de la consommation, conséquence des bas salaires et de chômages croissants en intensités et en fréquences périodiques.

Pendant ce temps, le meurtrier mécanisme capitaliste accélère son action dévoratrice des petits capitaux : petits patrons, petits commerçants, petits propriétaires sont annuellement dépossédés par millions dans le rayonnement européo-américain. Le monstre les saisit par l'usure ou par la concurrence, dans ses griffes de fer»

(i) Karl Marx: Le Capital.

(2) F. Engels : Socialisme utopique et Socialisme scientifique.

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les dépouille, les ruine et les jette désespérés dans les rangs du prolétariat, de la sorte continuellement grossi et rendu toujours plus formidable et plus mécontent.

Il est donc constaté qu'au terme de son évolution la production capitaliste est malfaisante, homicide pour la masse des producteurs, spoliatrice de la moyenne et petite bourgeoisie, et incapable de diriger les forces productives qu'elle a créées.

Ces dernières poussent de plus en plus la solution des antagonismes, œuvre future du prolétariat qui, maître électoralement ou révolutionnairement des pouvoirs publics, substituera graduellement l'Etat socialiste aux monopoleurs et mettra fin, par une organisation sociale de la production et de la répartition des richesses, par l'universalisation du savoir et des avantages sociaux, aux antagonismes des classes et aux classes elles-mêmes, fondues dans l'humanité heureuse et libre.

Le salut viendra ainsi, non pas du sentiment croissant du droit et de la justice, mais des conditions mêmes de la production capitaliste moderne, qui ont pour fatal aboutissant (à moins de chute en servage ploutocratique) le triomphe du grandissant prolétariat et la socialisation des forces productives (i).

(l) On a voulu voir dans ce déterminisme social une sorte de fatalisme étroit ; il n'est à proprement dire qu'une application aux choses économiques, du calcul des probabilités, qui a pour pérc Laplace, l'illustre auteur de la Théorie analytique du calcul des probabilités (iS 12), Le célèbre astronome et statisticien belge Quctelct introduisit le premier les calculs de Laplace dans la science sociale. Voir, outre la ^Physique sociale^ de Queteict, ses ouvrages confirmatifs : Lettres sur la théorie des probabilités, appliquée aux sciences morales et politiques (1846); Du Système social et des Lois qui U réfissent (1848); Théorie des probabilités (18^)). Enfin, les mêmes idées de déterminisme social se trouvent dans VHistoire de la civilisaiion en Angleterre, de Henri-Thomas Buckle. Voici plus. Si nous en croyons Lujo Brentano : (Revue d'Economie politique, juillet 1880), la théorie d'après laquelle c'est l'organisation technique de la production qui détermine i'oi^anisation économique aurait été pour la première fois, en 1833, formulée par un médecin anglais du nom de Gaskell.

Ce serait dans le livre de Gaskell, dont le titre est un peu long : The manufacturing population of England. its moral social, and pbysical condition, atid the charges with bave arisen from the use of Steam macbinery with an examination of infant labour, London ('^33)* <luc F, Engels l'aurait remarquée pour la première fois. Mais il faut se hâter d'ajouter qu'avec Qiiételet, Buckle et Gaskell le probabilisme économique était tout itatique ; à Marx, à Lassalle et à Engels revient toujours l'honneur d'avoir révélé ses lois dynamiques, en le faisant entrer dans le grand courant de l'évolution des sociétés.

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