LES PARTIS OUVRIERS
et sociales, en s'organisant sociétairement dans le but de s'emparer du pouvoir politique, point de départ d'une organisation sociale dans laquelle chaque travailleur jouira du produit intégral de son travail... »
Moins dogmatiques, moins précis, les considérants du Tarit ouvrier suisse n'en sont pas moins dans la donnée réaliste courante*
« La Fédération des travailleurs en Suisse s'efforcera, d'accord avec les ouvriers des autres pays, d'arriver à l'abolition de tous les privilèges et à la réalisation d'une existence humaine pour tous, à l'établissement d'un état où tous travaillent pour la collectivité. Ceci étant impossible aussi longtemps qu'une partie des hommes seulement dispose de toutes les propriétés, et que l'autre partie est complètement privée de toute possession, par conséquent maintenue dans l'esclavage par la classe possédante, la Fédération des travailleurs en Suisse visera à l'abolition de toute propriété individuelle et à la revendication de tous les moyens de travail pour tous.
« Toute propriété, toute jouissance, tout progrès n'étant que le produit du travail, personne n'étant autorisé à dérober son prochain de ses produits, l'ouvrier doit avoir la valeur de son travail .
« Nul ne pouvant apporter la moindre des choses dans le monde, nul n'en pouvant emporter rien, tous sont égaux dès leur naissance. La communauté doit procurer à chacun les moyens d'arriver au plus haut degré d'instruction possible. Chacun doit travailler de toutes ses forces pour la généraliser et. après sa mort, tous ses produits seront la propriété de tous. »
Les Considérants du parti ouvrier socialiste belge sont également ce qu'il y a de plus orthodoxe ; il y a similitude jusque dans la terminologie :
« Le travail est la source principale de toute richesse et de toute culture intellectuelle et matérielle du peuple, et vu que le travail d'une utilité générale n'est possible que par la société (ce mot pris dans le sens de la collectivité de tous les individus
LE SOaALISMH INTEGRAL I93
d'un Etat ou d'une nation), le produit du travail tout entier appartient à la société, c'est-à-dire à tous ses membres, sous la condition qu'à chacun incombe le devoir du travail ; de même que chacun a droit à ce dont il a raisonnablement besoin.
« Dans la société actuelle, tout le pouvoir est conféré au monopole des capitaux ; les plus beaux fruits du travail reviennent au riche, qui cependant n'est pas producteur. La dépendance de la classe ouvrière, qui en résulte, est cause de toutes les formes de misère et de servitude .
« L'affranchissement du travail exige la conversion des instruments de travail conformément à l'utilité générale, ainsi que la distribution équitable des produits du travail.
« L'affranchissement du travail doit être l'œuvre de la classe ouvrière elle-même, attendu que les autres classes ne sauraient concourir sérieusement à ce progrès... »
Même argumentation, mêmes tendances et souvent même terminologie dans les considérants du parti ouvrier socialiste danois, du parti ouvrier socialiste hollandais et du Socialistic Labor Party, de TAmériquedu Nord.
Seuls les Considérants du parti ouvrier socialiste italien présentent une différence de forme. On y parle beaucoup (et avec raison) de forces morales ; mais, pratiquement, le parti ouvrier représenté au Parlement par Andréa Costa, et qui a pour principaux théoriciens Gnocchi-Viani et F. Turati, est un de ceux qui se tiennent le plus intraitablement sur le terrain réaliste de la lutte des classes.
La France ouvrière, en ressouvenir de l'ancien idéalisme, vat-elle faire exception? Nullement, comme on peut s'en convaincre à la lecture des considérants du programme de 1880, dit programme minimum (1) :
(1) La fraction possibiliste du parti ouvrier français ne se recommande plus du programme minimum, mais les principes sont les mêmes. La politique de la lutte des classes ne fléchit que lorsque la République est remise en question. Voici — cette explication donnée — le programme minimum qui est de la plus vraie orthodoxie marxiste :
« Considérant que l'émancipation de la classe productive est celle de tous les êtres humains, sans distinction de sexe ni de race ;
« Que les producteurs ne sauraient être libres qu'autant qu'ils seront en possession àci moyens de production ;
« Qu'il n'y a que deux formes sous lesquelles les moyens de production peuvent leur
194 l-ES PARTIS OUVRIERS
La démonstration est complète , toutes les forces socialistesouvrières, qui se sont données comme but la réalisation d'une société collectiviste, s'inspirent du réalisme marxiste et partent du fait de la lutte des classes (i).