I. Apologie de la libre recherche
Cependant tout le monde ne comprend pas ainsi le socialisme ; depuis surtout qu'aux anciennes écoles utopiques, justement délaissées, — parce que, dans leur subjectivisme étroit, elles furent trop dédaigneuses des réalités sociales, trop ignorantes des lois qui commandent l'évolution socialiste — ont succédé des partis socialistes distincts, dans lesquels on semble surtout préoccupé de se particulariser et tendre exclusivement à matérialiser, à délimiter, en les restreignant, les fins socialistes (i).
Cette matérialisation et cette délimitation constrictive des buts e6î, je le sais, une nécessité des partis politiques en lutte pour des réalisations immédiates ou prochaines.
J'ajoute même qu'une telle tactique peut avoir ses bons résultats. En effet, elle pousse à sérier Ic^iquement les revendications politiques et économiques et elle permet les applications partielles, qui sont, abstraction faite de leur efficacité incontestable, des écoles d'expérience. Mais on pourrait, en tout état de cause, y mettre moins d'intolérance.
Aucun parti socialiste ne peut, en son particulier, élever la prétention d'être tout le socialisme, ni faire que son fanion de
(1) De ce chef il y a incontestablement régression : « Dans ces premiers congrès, « VlnUmitionale abordait de front toute une série d'immenses problèmes qui se dres- « sent devant l'humanité, inspirée d^un souffle nouveau ; V InternationaU posait en
< face des bourgeois engourdis dans la routine, le problème de rénovation de la société
< dans toute sa grandeur, et elle donnait son attention jusqu'à la langue universelle, à c l'instruction intégrale, aux bases de la jnoralité, au même titre qu'aux grandes • questions d'abolition de la propriété individuelle, de Théritage.
c Elle plantait les jalons de la future révolution, elle soulevait toutes les grandes oc questions qui agitent Thumanité.
« Mais depuis lors — et il faut bien reconnaître que le socialisme marxiste y a « été pour beaucoup — on a tout fait pour rétrécir les idées du socialisme moderne.
< On a voulu réduire le grand mouvement socialiste et communiste à une simple quesc tion de plus-value.» (journal la T^volte, décembre 1888).