S LOIS ET USAGES MATRIMONIAUX
Bientôt les poètes célébrèrent sur le théâtre les hétaïres comme leurs prédécesseurs avaient célébré les héros. Et les Athéniens s'en allèrent applaudir sur la scène la Tbalassa de Divelès, la Coriana de Phénécrate, la Antée de Philillius, la 7baîs, la Thanium de Ménandre, la Clepsydre d'Eumale, la Nérée de Timoclés, etc.
L'hétaïrat ainsi honoré devint une puissance : Cattina eut une statue sur une place de Sparte, Aristagore un trône à l'entrée du sanctuaire d'Eleusis, et Phryné devint si riche qu'elle proposa de rebâtir à ses frais les murs de Thèbes, à la condition qu'une inscription apprendrait «qu'Alexandre ayant détruit Thèbes, Phryné l'avait rebâtie . »
Enfin Laïs ne se contenta pas de former des projets de cette nature; elle les exécuta : Corinthe lui dut plusieurs édifices très remarquables (i).
Dans l'esprit des Hellènes il était si bien ancré que l'épouse était serve, que l'hétaïre la plus glorieuse et la plus honorée ne put être admise au mariage, même quand ce fut l'incomparable Périclès qui le demanda aux préjugés des patriciens d'Athènes. On ne voulait pas dans la maison d'une émancipée intellectuelle. Vainement Aspasie, femme d'Etat, philosophe-poète ; en un mot, la femme la plus illustre de son temps, eût-elle une cour de philosophes et suspendît-elle à ses lèvres éloquentes le Tout-Athènes de la pensée et de l'art ; vainement fût-elle, en fait, l'épouse irréprochable de Périclès et l'amie si tendrement aimée du toutpuissant tribun que celui-ci « ne sortait jamais, ne rentrait jamais, au dire de Plutarque, qu'il ne la saluât d'un baiser ». Vainement enfin Périclès avait-il pu, avec le consentement du peuple athénien, subjugué par son éloquence, faire inscrire et reconnaître le fils qu'il avait eu d'Aspasie sur les registres de la Phratrie de Cholarge ; les préjugés ne capitulèrent pas, Aspasie fut toujours tenue, malgré sa gloire et ses vertus, pour une hétaïre, et un sous-Aristophane la qualifia impunément de « concubine aux yeux de chienne ».
Epouse et serve, ou hétaïre et libre, pas de milieu ; dans toute
(i) Cénac-Montaut : Histoire de l'Amour dans l'antiquité.
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son horreur le dilemme menteur et abominable de Proudhon : (Ménagère ou courtisane, c'est-à-dire avilissement du mariage ; telles furent la théorique et la pratique matrimoniales des Hellènes. Et ce n'est pas à Rome, quoi qu'on ait dit, que tout d'abord l'épouse fut plus honorée. La séquestration romaine valait le gynécée hellénique.
« Elle restaà la maison et fila de la laine », voilà le plus bel éloge que les Romains avaient pu concevoir pour celle qu'on a improprement appelée la matrone romaine, car elle était plus esclave encore que la triste habitante du gynécée . « Son mari peut la condamr^er à toutes sortes de peines, sauf à l'esclavage par vente ou.donation ; la peine de mort même est applicable à cette victime de la tyrannie conjugale, pourvu que le jugement soit rendu en présence d'un tribunal domestique, formé des proches parents de la femme. Chose plus étrange enfin, elle n'a d'autre rang dans la famille que celui de sœur consanguine de ses propres enfants, de fille adoptive de son mari ; c'est à ce titre qu'elle prend part à son héritage.
<c Tant que le mariage existe, ses biens appartiennent à son mari ; elle ne tient les clefs de la maison qu'à titre de dépôt, comme ferait un intendant, un domestique de confiance. Veuve, elle ne peut quitter sa famille adoptive ; elle y reste attachée, sous la surveillance d'un tuteur légal, désigné par son mari, et à l'aide duquel le défunt continue, en dépit de la mort, à exercer sur elle sa puissance terrible ; il l'empêche de se remarier, de faire passer sa personne ou son patrimoine sous la puissance d'autrui, soit par la coemption, soit par l'usucapion.
« Tous ses biens mancipi deviennent inaliénables ; le tribunal du foyer reste chargé de juger son inconduite, de la punir à l'instant même des peines les plus rigoureuses. Elle relève de cette m^istrature d'une manière si directe que, lorsque les juges ordinaires l'ont condamnée à mort pour quelque crime public, c'est le tribunal des parents qui doit exécuter la sentence.
« 11 est même une autorité supérieure qui plane dans certains cas au-dessus de celle du mari : c'est l'autorité du patet familias, exercée par l'aïeul ou le bisaïeul, La femme unie en mariage légitime, justœ nuptiœ, à un citoyen en puissance de père, devient membre de la famille de ce père, qui exerce sur son fils, sur la