A. DE MONTRY
En ileliors de la Rcpnbliqao, pas de salut pour la Fronce.
En dehors de la famille, pas de salut pour la Klipublique.
On se demande, non sans dédain, ce que c’est que le socialisme.
A cette question, qui ne tombe pas de la
bouche de gens sérieux, nous forons cependant une triple réponse.
En négatif:
C’esfla contre-partie du programme adopté depuis 200 ans par ceux qui se regardent comme les héritiers des traditions de la France, et qui n’en sont que lés étouffeurs ;
C’est une protestation de tout ce qui demande à vivre, à respirer, à se mouvoir, contre ce qu’il y à de vide, d’asphyxiant et de mensonger dans les doctrines de l’économie politique ;
C’est la réclamation populaire du droit d’association dans des limites qui rappelleraient pour le moins les anciennes franchises provinciales et municipales de notre pays, et ses corporations d’arts et de métiers ;
C’est une explosion de plans contradictoires entre eux (nous l’accordons), mais qui forment par cela même un contraste éclatant
avec le marasme et la stérilité des vues d'onJ nos tristes ^pouvoirs se sont misérablement constitués les défenseurs, en s’écroulant les . uns sur les autres j
C’est une réaction qui fulmine à la fois ses ressentiments contra la paresse et la tyrannie de la centralisation moderne ;
C'est l’application du moxa sûr un corps qui tombe en paralysie, du galvanisme sur un être que gagne la mort ;
C’est l’expression désespérée d’un étouffementquî ne peut pas se prolonger davantage ;
C’est l’envie de soustraire la France aux bâtons de la police,-pour lui restituer la police des mœurs et de la liberté j
C’est un effort pour échapper à l'atmosphère du sépulcre au fond duquel on nous conseillerait si volontiers de rester calmes, dans l’intérêt d’une poignée de gens chez lesquels il semble que le sentiment moral soit éteint.
• Voilà ce que c’est que le socialisme ea négatif.
En positir ;
C’est une série de représailles, la loi du talion, l’expression des vœux de la multitude aux dépens delà race deceux qui se donnent des tons de la mépriser 5
C’est quelque chose d’amer comme lelevain d’une vieille injure qu’on trouve enfin l’occasion de venger;
C’est la conscience du peu que valent les gens qui nous imposeraient volontiers un dogme quelconque, fait, non pas à leur image (ils s'en mordraient les doigts), mais à leur convenance.
Voie pour voie, que cette voie mène aux antipodes ou ailleurs, au rebours ou non du but qu’on poursuit, il nous paraît plus digne d’un pays comme notre France de s'engager dans les voies de l’inconnu, qui permet au
moins des illusions, que dans celles du connu, dont notre expérience ne sait que trop les hontes et l’histoire.
La bourgeoisie, dont la flagellation commence, méconnaît la noblesse populaire; —de même que la race des afl’ranchis du Capitole, héritiers impuissants du sceptre politique et de la fortune des Romains, méprisaient les Barbares.
Mettons que le socialisme soit un fléau de Dieu.
Pourquoi pas ?
Mettons qu’il ne soit que l'anathème de la terre contre ses corrupteurs, une opération chirurgicale sur un corps gpngrené.
Sa légitimité résulterait de cette déflnition. terrible.
Nous ne la repoussons pas.
Il y a bien quelque chose de positif dans„
le socialisme, ne fût-ce qu’une déclaration de guerre a la société, représentée d’une certaine façon par de certaines gens.
Endernièreanalyse, lesociallsmeest unfait.
Ce fantôme assiège un monde à l’agonie, comme la conscience de l’assassin l’assiège durant le râle de son dernier soupir.
Qu’il soit encore une énigme pour ces satisfaits éphémères et poltrons qui font ce qu’ils appellent de l’ordre dans les rues avec les bâtons de la police elle vent de leurs proclamations : serait-ce donc vraiment une raison pour l’injurier?
Ils trouvent absurde ce qu’ils ne comprennent pas !
Que comprennent-ils ?
Pour nous, — en affirmatif, — le mot de l'énigme :
C'est la sincérité dans le sulfrage universel par l’exhomalion.politique du principe de . la famille que l’usure et l’insurreclion tiennent tour à tour en échec entre la routine et l'utopie, aux dépens du capital et du travail, qu’il faut délivrer à la fois de la double, ty- ■ rannie de l’agiotage et de la grève •
C’est l’unanimité du sentiment français, constitué dans les élections par l’institution d’un délégué facultatif, qui stimule riiohneur civique en complétant au besoin les lacunes del’absënce;
C’est par là même, et sans autre expédient, la résurrection de notre crédit à l'intérieur et à l’extérieur, sur une base dont la longévité laissera des coudées franches à la mobilité de l’esprit national;
C’est la réforme de l’impôt;
C’est la constitution de la commune;
C’est la décentralisation administrative;
C’est la reslitution au chef de famille de sa prépondérance politique,
A6n de combler des vides immenses dont on nierait en vain la réalité j car, en dernière analyse, les crises du temps n’ont pas reçu et ne peuvent pas recevoir d’autre explication.
Rien, — nous sommes dans la nécessité de le dire, — rien en France, pas une autorité, pas une existence, nulle espèce d’institution sérieuse et digne de ce nom, tant au profit de l’ordre qu’en faveur de la liberté ; — rien ne s’établira dans notre pays sans une satisfaction loyale et pleine à ces conditions préliminaires.
Nous vivons sous le coup d’une triple sommation, à laquelle il faut rendre les armes.
En vain se ment-on à soi-même de part et d’autre en se condamnant, dans un vide universel, aux travaux forcés des délibérations permanentes.
Il faut deviner l’énigme du socialisme.
Les besoins de la nature de ceux qui nous tourmentent ne sont pas de ceux que l’on distrait ou que l’on endort.
Le dernier paroxhme approche.
Et la conscience nous crie que les législatures fourvoyées ne font pas autre chose depuis 1789 que l’inutile et fastidieux travail de Pénélope.
Nous voyons ce que quelques uns v gagnent. ^
On doit frémir de
que la nation y perd.
Dans la situation politique de la France le crédit n’existe pas, et ne peut pas exister.
Pourquoi?
Parce que le crédit est l’expression de l'estime commune dans la force d’organisation des choses, et qu’il est manifeste que eette estime n’existe pas.
Quel quMl soit, large ou restreint, le crédit est l’inHexible résultat do telle ou telle situation politique ou particulière, le Hier-
momêtre de l’ordre, l’inventaire social de telle ou telle nation, l’inventaire domestique de telle ou telle famille.
Lorsque la situation politique est bonne, c’est-à-dire, lorsque l’équilibre règne entre les diverses conditions de l’ordre social, le crédit suit une marche ascendante.
La surabondance des valeurs qu’il crée produit alors un phénomène équivalent à celuide l'abaissement de l’intérêt; car il devient loisible de se procurer un plus grand nombre de capitaux pour le même prix. L’étalon de l’intérêt légal peut dès lors rester identiquement le même. Rien de plus indifférent, parce que, si, dans le fait, la dette que 1 on contracte est relativement plus forte, par la même raison, elle se trouve mieux garantie.
Lorsque la situation est mauvaise,—c’està-dire lorsque l’équilibre dans les conditions sociales est rompu, —il se produit un mouvement inverse : l’intérêt, sans même quitter l'échelon du taux légal, croît avec rapidité
par cela seul que l’on obtient moins de capitaux pour une dette identique, toutes les garanties se trouvant en suspicion.
Si nous jetons un coup-d’œil sur l’inventaire social de la France, nous voyons:
D’un côté, un passif énorme que tous les établissements politiques qui se sont succédé jusqu’à nos jours ont accru comme à plai-
De l’autre côté, un juste effroi, que les.
désastres qui ont été la conséquence de la chute des pouvoirs ont inspiré au capital.
Si, ensuite, nous interrogeons l’inventaire des familles,
Nous constatons une dette foncière déplus de 12 milliards, dont la génération à venir est menacée de payer l’amortissement ;
Nous voyons que Tordes financiers reflue vers la bourse, refuge des transactions para-
sites, — transactions qu’on essaie do flétrir par des mots, mais qu’il faut bien subir;
Que l’économie du manœuvre s’engloutit à la caisse d’épargne, institution fausse et funeste de tous points;
Et que, récapitulation faite, balance en main, la sphère des iransactions se rétrécit, tandis que celle des éventualités fatales gagne de plus en plus en ampleur.
Entre ces deux rneules que la main dé la fatalité lance à l'inverse, la crise augmente; lè salaire perd ses bases, l’émigration ravage les rangs industriels, le paupérisme se développe, et d’incalculables haines que le besoin rend de plus en plus sourdes, étonnées du vide et du chaos qui les assiègent, ils arrivent progressivement aux plus violents défis.
Pour rendre au crédit son élasticité, on a proposé bien des moyens; mais on a toujours oublié que les moyens n’oiit de prix qu’autant qu’ils s’appuient sur des principes.
Tant que ces principes seront. méconnus,
•Tant que les diverses conditions do Tordre social-ne s’harmoniseront pas.entre elles,
Tant que nos législateurs n’auront pas restitué le terrain sur lequel le crédit peut s’établir,
Tant que la prépondérance du chef de famille,- auquel s’adresse le créditi ne sera pas incontestable en politique, comme elle Test de fait dans Tordre social.
- Le crédit n’existera qu’à l’état d’asphyxie ou d’usure, et la France marchera de plus en plus vers sa ruine.
Aujourd’hui, ce nous semble, il est temps d’aborder en' face le problème. L’ajournement renferme une série ,de révolutions nouvelles, sachons les prévenir en demandant à la famille, comme seul expédient sa-
Intaire du jour, un gage de résurrection raculeuse pour le crédit.
La nécessité demande un défenseur; nous avançons en tirailleur perdu.