LE MINIMUM DE SALAIRE A MELBOURNE
née en fixant une tâche énorme et à exclure les maladroits.
Deux Conseils élus l'un pour les chemises, cols, manchettes et travaux similaires, l'autre pour le linge de femme, n'ont pu parvenir à fixer l'échelle très compliquée des salaires aux pièces. Le premier est enfin parvenu à prendre des décisions en 1898. Je n'ai pas de renseignements sur leur application.
Le Conseil de l'ébénisterie a été comme on l'a vu nommé par le gouverneur pour éviter qu'il ne fut dominé par les représentants des Chinois : il s'est réuni pour la première fois le 1" janvier 1897; il a pris une décision le 19 avril, mais il l'a révoquée à la suite de plusieurs difficultés : enfin ses décisions définitives n'ont été publiées par la Gazelle que le 24 octobre 1898. Encore sont-elles incomplètes. Le Conseil déclare qu'il lui est impossible de fixer une échelle de salaires aux pièces. L'inspecteur en chef des manufactures a bien fait observer au Conseil qu'un article de la loi en vertu de laquelle il était nommé, prescrivait de fixer un tarif aux pièces aussi bien qu'un tarif au temps. Le Conseil a répliqué que le gouvernement n'avait qu'à agir directement, s'il le pouvait. Le Conseil s'est borné à fixer le salaire des hommes à 1 fr. 28 par heure, celui des femmes à 25 francs par semaine, le nombre des apprentis à 1 garçon par 4 hommes, 1 fille par 3 femmes, payés au moins 6 fr. 25 par semaine pour la première année.
La conséquence a été que l'ébénisterie est restée à peu près dans le môme état qu'avant, la seule difi'érence étant l'exclusion systématique par les patrons des ouvriers lents et maladroits.
Il est à propos de rappeler les mesures spéciales, pri-
CONSEILS SPÉCIAUX POUR FIXATION d'uN SALAIRE MINIMUM 145
ses avant la constitution des Conseils/ pour protéger les ébénistes contre les journées de travail excessives et contre la concurrence des Chinois. Seuls, parmi les adultes mâles, ils ont leur journée de travail réduite par la loi et non pas seulement par un contrat collectif avec les patrons : ils ne doivent travailler ni avant 7 heures et demie du matin, ni après 5 heures du soir, ni du samedi raprès-midi au lundi matin.
Les meubles fabriqués par des Chinois doivent porter une marque spéciale destiné h avertir l'acheteur qui préférerait les produits du travail européen.
Enfin tout atelier où travaille un seul ébéniste chinois est soumis à l'inspection.
Mais ces mesures ne peuvent être strictement mises en pratique : il faudrait pour cela un personnel beaucoup plus nombreux que celui de l'inspection. Chaque semaine, plusieurs contraventions sont dressées contre les Chinois, et pourtant ils réussissent à tourner la loi à cause de leur solidarité, de leur nombre, de la difficulté qu'éprouve un Européen à connaître leur état civil et à découvrir les récidivistes. L'inspecteur en chef reconnaît ces difficultés. Le secrétaire et les membres du syndicat des menuisiers m'ont affirmé qu'elles dureraient tant qu'on ne prohiberait pas le travail chinois, ils m'ont dit aussi, comme tous les autres syndiqués, que les mesures contre le Sweating System ne serviraient de rien, tant que les ouvriers resteraient isolés au lieu de se grouper en associations dont le secrétaire centraliserait toutes les informations, empêcherait les membres de travailler au-dessous du tarif et dénoncerait les cas de Sweating System à l'inspection.
MÉTIN. 10
144 LS MINQUrit TA SALAIRB A M£LBOUBl!{&
Laa difficultés.
En somme, T institution des Conseils de Victoria est, comme le dit justement l'inspecteur en chef, la première tentative légale faite dans le monde pour réprimer le Sweating System : elle est allée tout droit au moyen le plus héroïque, fixation d'un salaire minimum ; elle s'est heurtée à deux grandes difficultés :
\^ Dans la journée de travail réduite par la loi, et avec le minimum de salaire fixé par jour ou par heure, peut-on empêcher le patron d'exiger un travail plus rapide et plus intense, ce qui entraîne l'exclusion des ouvriers lents et maladroits f L'application de la loi victorienne a indiqué le danger, d'autant plus grand que l'industrie emploie plus de machines : aucun moyen n'a été adopté, aucune proposition faite pour y parer.
i° Comment fixer le salai 7'e aux pièces ? La loi charge les Conseils de répondre à cette question. Plusieurs n'ont pu. le faire : parmi ceux qui l'ont essayé, aucun ne paraît avoir réussi d'une manière satisfaisante. C'est que leurs présidents et une partie de leurs memhres ont plus de bojine volonté et d'amour de leur prochain que de connaissances techniques. Pourtant l'expérience des contrats collectifs passé entre les secrétaires des syndicats et les patrons fiiateursde Lancashire prouvent qu^e les ouvriers plantent avoir à leur tête des hommes capables de suivre le* patrons dans les détails les plus ardus de la fixation d«K salaires, pourvu toutefois qu'ils soient groupés en syoékats nombreux, puissants et riches. Ceux qui disent à Melbourne que La loi de 1899 ne pooirra pvoâter aux ou^q[vi«rs que s'ils s'organisent, ont asaurémeot raiaaai.