COURTES JOURNÉES : HAUTS SALAIRES
sie n*est pas absolument exact. Voici les faits : la semaine de travail est aujourd'hui presque universellement de quarante-huit à cinquante-deux heures, avec repos le samedi après midi et le dimanche ; les employe's de magasin ont à peu près les mêmes avantages avec Taprèsmidi de repos un autre jour que le samedi (le mercredi en général). Dans les journées ouvrables, le travail commence plus tard que chez nous, vers sept heures et demie du matin en moyenne et se termine pour le repas du soir entre cinq et six heures. Sous ce rapport les ouvriers et employés australasiens sont les plus favorisés du monde. La diminution des heures de travail est-elle un ,bien pour l'individu et pour la nation? Tous les réformateurs s'accordent si parfaitement h répondre par l'affirmative que toute discussion sur ce point me paraît inutile.
L'élévation des salaires ne peut être évaluée en chiffres aussi facilement que la diminution des heures de travail. C'est que les salaires diffèrent d'une colonie à l'autre et d'un point à un autre de la même colonie ; de plus, ils sont payés soit au temps, soit h la tâche ; enfin, à la campagne, la rémunération est en partie donnée sous forme de nourriture et de logement. Aussi est-il impossible de tracer un tableau général des salaires. Cependant, les statistiques annuelles de chaque état donnent à ce sujet des renseignements intéressants et sûrs, puisés généralement dans les rapports des Labour Biireaus (Bureaux de placement officiels et gratuits). En Nouvelle-Zélande les salaires varient de 4 à 12 shillings par jour (5 à IS fr.) en ville et de 15 à 30 shillings par semaine (18 fr. 75 à 37 fr. 50) avec nourriture à la campagne. On a vu plus
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haut^ que depuis l'arbitrage obligatoire, les salaires moyens des ouvriers qualifiés, à Ghristchurch et à Dunedin étaient de 10 shillings (12 fr. 50) par jour.
Dans les autres colonies, les salaires sont moins élevés. En Sud- Australie, le premier ministre ayant déclaré dans un discours public qu'il voulait assurer un salaire suffisant aux ouvriers, a été prié de donner un chiffre et a dit que 6 shillings (7 fr. 50) par jour, lui paraissait un taux raisonnable. C'était aussi l'avis du Trader Hall. A Brisbane, le Trades Hall se plaignait que les salaires des ouvriers qualifiés ne fussent que de 5 à 6 shillings par jour, d'après les publications officielles du Labour Bureau. A Sydney, à Melbourne, le salaire de l'ouvrier qualifié est de 8 à 9 shillings (10 fr. à 11 fr. 25). Depuis les dernières lois, il augmente à Melbourne 2.
En somme, le salaire, pour une journée plus courte, est à peu pi%s celui d'Angleterre en Sud-Australie et Queensland, pays agricoles, un peu plus élevé à Sydney et Melbourne, enfin atteint en Nouvelle-Zélande (depuis l'arbitrage obligatoire), le taux des États-Unis'^.
Les hauts salaires et le développement de rindustrie.
On affirme souvent que le bénéfice des hauts «alaires est illusoire parce que les patrons, trouvant le travail trop cher, iront produire ailleurs. Ainsi, les ouvriers, en demandant une rémunération trop élevée tueraient la poule aux œufs d'or.
(1) Chapitre vi, p. 175.
(2) Voir p. 140-145.
(3) Tasmanie a des salaires plus faibles ; Ouest-Australie, des salaires plus élevés surtout dans les champs d'or.
LBS HAUTS SALÀIfiSS ET Lfi DÉV£LOPP£lf BNT D£ L INDUSTRIE ^â9
C'est la théorie du fonds des salaires, déjà citée, qu'on invoque dans le cas présent ; si elle était exLacte, la somme que le patron entend consacrer aux salaires serait fixée une fois pour toutes et on ne saurait la dépasser sans mettre en péril le profit. Or, Texpérience a souvent prouvé le contraire.
Les salaires les plus hauts du monde empéchent-ils l'industrie américaine de se développer? Bien au contraire, elle lutte victorieusement contre celle des pays à salaires plus bas et produit à meilleur compte les tissus de coton, les machines-outils, le matériel de chemin de fer, les bicyclettes, etc. C'est que les patrons, ne pouvant compter sur les longues journées et les bas salaires, demandent leurs profits au perfectionnement des machines qui permet une production plus intense et plus rapide. D'autre part, l'amélioration des conditions du travail maintient à l'usine des gens actifs et intelligents qui, sous l'ancien régime, cherchaient à la quitter; le chef d'industrie peut donc choisir d'excellents mécaniciens et des ouvriers adroits pour faire produire les machines perfectionnées. Au contraire, dans les pays où les salaires sont très bas, l'Inde par exemple, l'Egypte, le Mexique, les ouvriers sont irréguliers^ maladroits ; les machines sont démodées, mal entretenues, car le fabricant ne croit pas avoir besoin de perfectionner sa fabrication. Dans ces pays, il m'est arrivé plusieurs fois de voir une usine arrêtée par suite d'une avarie, le travail suspendu parce qu'un trop grand nombre d'ouvriers manquaient à l'appel. Si je disais que les capitalistes souhaitent l'élévation des salaires, je manquerais à la vérité, mais j'ai entendu des ingénieurs
rogreller, au Mexique, que la rémunération fut trop faible. « Au prix que nous offrons, disaient-ils, nous ne pouvons avoir de main-d'œuvre européenne, et il nous en faudrait, dussions-nous la payer très cher, pour donner un élan sérieux à notre production. » Mes interlocuteurs i^connaiî^s^ient que l'élévation des salaires n'est pas avantA^rv-nî-r seulement a l'ouvrier, mais aussi à l'ingénieur, an ctmçlriicteur, enfin à tous les travailleurs intellectuels qnVllf foixîAî à perfectionner l'outillage et les moyens mé- 4*Hiuques de la production. C'est ce que prouve l'exemple 4e^ KlfiÏ!*-Uins, oîi l'on trouve côte à côte les hauts salaires, Us {uwÛU considérables et le bon marché des objets ma--
I/intiufttrie austra lasienne est bien loin de pouvoir être <^MU|mr^n' à celle des Etats-Unis. Dans les pays que j'ai (îïiiili^K, Um usines sont relativement peu nombreuses et jxni ini|Mirlantes ; aussi les adversaires des lois ouvrières funL-îlH '*i:*t de ce faible développement pour dire que les Mê (HfVfi*Tes empêchent les entreprises. L'argumentation ftit i'rtuss^s car la production d'Australie et de Nouvelle- Zi'lJiNde ne cesse d'augmenter; mais elle est surtout agri- (lolc et minière. Si l'on constate que le beurre et le fromage de ces pays font sur le marché anglais une concurrf?nce victorieuse à ceux de Bretagne et de Normandie, rnriîgi"^ TtUoignement, le prix du transport, le passage des tropiques^ la différence des salaires, on sera convaincu que maintenir les salaires bas n'est pas l'unique moyen d*en courage r la production industrielle et agricole d'un pays.
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