‹ Le socialisme sans doctrines, la question agraire et la question ouvrière en Australie et Nouvelle-ZélandeChapitre 21 sur 98 · LA JOURNÉE DE TRAVAIL ET LA PROTECTION LÉGALE DES OUVRIERS · texte numérisé non relu

LA JOURNÉE DE TRAVAIL ET LA PROTECTION LÉGALE DES OUVRIERS

Les deux Etals où le gouvernement s'est le plus tôt préoccupé de réglementer le contrat de travail sont Victoria et Nouvelle-Zélande. En Australie, la première des lois pour protéger les travailleurs fut votée par le Parlement victorien en 1873. Victoria, peuplée tout d'un coup à l'époque des mines d'or, renferme plus d'ouvriers que les autres, 7,34 p. 100 de la population, alors que la moyenne du Commonwealth est 5,99 ; les villes y sont beaucoup plus peuplées que les campagnes. Melbourne forme l'une des plus grosses agglomérations urbaines d'Australasie. La législation ouvrière victorienne sort tout entière de Melbourne.

Nouvelle-Zélande, au contraire, n'a pas de métropole qui la domine ; mais le nombre de ses fabriques et de ses mines, est relativement considérable. Elle est la colonie d'Australasie où les usines et ateliers se trouvent le plus disséminés sur tous les points du territoire. En outre, son gouvernement, depuis 1891, se montre de tous les gouvernements australasiens le plus favorable aux revendications ouvrières.

Dans les autres colonies, les lois de protection ouvrière

MÉTIN. 10

lurent, pour la plupart, imitées do Victoria ou de Nouvelle- Zélande *.

La journée de huit heures obtenue par l'action syndicale.

L'Australasie a réalisé plus qu'aucune autre terre britannique le vœu traditionnel des ouvriers anglais :

Eight H ours to Work, Eight Homrsto Play, Eight Hours to Sleep, Eight Shillings a Day,

c'est-à-dire huit heures de travail, huit heures de loisir, huit heures de repos et 8 shillings par jour. Ce dernier huit est dépassé en Nouvelle-Zélande; on en approche partout, même dans les colonies agricoles de Sud-Australie , Tasmanie, Queensland. Depuis longtemps les trois autres sont des réalités.

La journée de huit heures pour l'ouvrier adulte a été établie et maintenue par accords entre syndicats et patrons, sans V 'intervention de la loi. Son histoire est curieuse2.

(1) Voir les textes îles différentes lois [Factories and Shops Aets) etdes réglementations {Régulations) qui y sont annexées. Leurs titres sont donnés et une analyse en est faite dans Officiai Ybk of the t'onimunirealt/t, avec table analytique.

Les lois ouvrières de Nouvelle-Zélande sont réunies dans un code spécial, intitulé The New Zealand Labour Lavas, Wellington, in-8°. indiquées et résumées dans The N. z. Officiai Ybk.

L' Annuaire de la législation du travail, publié par l'Office du travail de Belgique chaque année depuis 1887 donne la had. franc. des lois parues dans l'année. — Le Bulletin de l'Office international du intruil siégeant à Bàle, mensuel en principe, publie la trad. franc. des lois et en outre des règlements.

The Bulletin of the Bureau of Labour (Etats-Unis), a publié deux études de M. Clark, Labour Conditions in Netv-Zealand, 1903, n° 49 do in Auslralia, 1905, n° 56. Voir en outre les notes bibliographiques des pp. 1 et 17-18 du présent ouvrage.

(2) \V. E. Murphy. Uistory of the Eight Hours Movement, Melbourne. 1890. in-16.

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L'idée de la journée de huit heures apparaît dans les syndicats anglais ver* 1838, an moment de la grande agitation des disciples d'Owen et des chartistes l. Elle est propagée surtout par les ouvrier- du bâtiment. Quelques années plus tard, la fièvre de l'or éclate en Victoria, l'émigration anglaise augmente, beaucoup d'ouvriers arrivent et apportent avec eux l'organisation syndicale, l'idée du mi tirage universel, celle de la journée de huit heures qui ont échoué dans la métropole et qui réussiront dans les colonies.

Les conditions étaient, à vrai dire, favorables aux revendications des ouvriers. On défrichait, on construisait partout, et les capitalistes avaient besoin de plus de bras que l'immigration ne leur en offrait. Le travail faisait prime et l'ouvrier pouvait dicter ses conditions. Aussi voit-on les défricheurs et arpenteurs écossais de la Compagnie de colonisation d'Otago (Nouvelle-Zélande) réclamer la journée de huit heures au début même de l'entreprise, en 1848-1849. Le directeur a beau répliquer que « d'après la bonne vieille coutume d'Ecosse, dix heures font la journée légale de travail », les ouvriers ont gain de cause.

A Sydney, un association de maçons a réclamé et obtenu la journée de huit heures dèslSoo. iMais la véritable patrie de la journée de huit heures est Melbourne, cette ville qui se forma en quelques années dans la période de l'or. Les champions de l'idée sont des ouvriers du bâtiment, récemment émigrés d'Angleterre. En 1856, l'Association

1 Sydney el Béatrice We'bb, Histoire du Trade-Unionisme (trad. franc.). Paris, Gianl et Brière. 1897. in-8°.

des maçons réunit un grand meeting public h Melbourne et fait voter le principe de la journée de huit heures. Le '21 avril de la même année — date mémorable dont l'anniversaire est toujours fêté — plusieurs centaines d'ouvriers du bâtiment se réunissent dans les chantiers de l'Université en construction; ils en partent, précédés d'un drapeau anglais et d'une bannière sur laquelle figurent les trois huit. Ils parcourent les rues alors toutes nouvelles, s'arrêtent devant les chantiers de construction qu'on rencontre à chaque pas et invitent ceux qui y travaillent à se joindre à eux ; ils manifestent surtout devant les chantiers du Parlement et du Marché, parce que les entrepreneurs de ces édifices ont refusé catégoriquement d'accorder la journée de huit heures. Enfin, ils se réunissent dans un grand banquet auquel assistent plusieurs hommes politiques et le maire de la ville. Le mouvement une fois lancé ne s'arrêta plus ; la journée de huit heures se généralisa, et, pour fêter son avènement, les ouvriers firent, le lundi de la Pentecôte 1856, une manifestation imposante qui se termina par un pique-nique et une fête dans laquelle on représenta la prise de Malakoff et le bombardement de Sébastopol.

Onprétendaitalorsque lajournée de huit heures ne durerait pas; pourtant elle s'est maintenue, elle s'est étendue peu à peu à tous les métiers par suite d'arrangements entre les trade unions et les patrons ; elle existe aujourd'hui dans toute l'Australasie, au moins dans les grandes villes.

Un monument de bronze élevé dans la plus belle avenue de Ballarat, la ville de l'or, rappelle que le maçon écos-

sais J. Gallowaya été l'un des initiateurs du mouvement. Un autre monument commémoratif doit être élevé devant le Parlement de Melbourne ; il y fera pendant à la statue deGordon élevée par les partisans de l'expansion coloniale comme une protestation contre la politique pacifique de Gladstone.

La célébration de l'anniversaire de la journée de huit heures est, depuis près d'un demi-siècle, l'une des solennités de Melbourne. Pour la préparer, les syndicats delà ville nomment un Comité permanent qui siège au Trades Hall et qui s'occupe de recueillir des souscriptions, de dresser et de faire exécuter le programme de la fête. La fête comprend un défilé où les diverses corporations sont représentées avec leurs bannières, où figurent des chars allégoriques, des cavaliers costumés. Le soir sont donnés des conférences, un banquet, un bal. Les quêtes et les souscriptions procurent un assez beau bénéfice. Il est d'usage que des personnages politiques, parfois des ministres, assistent ce jour-là au banquet des syndicats de Melbourne. En 1885, le gouverneur Sir Henry Loch consentit à y prendre place. Le président du Comité, en le recevant, dit qu'il aurait souhaité voir Lady Loch accompagner son mari. « Mais, répliqua le gouverneur, vous ne l'avez pas invitée. » L'année suivante, le gouverneur et sa femme assistèrent au défilé et le suivirent quelque temps dans leur voiture.

Les autres centres industriels fêtent le même anniversaire ; dans certaines villes, les écoles et les édifices publics sont fermés à l'occasion de cet événement. Hors de Victoria, les syndicats célèbrent l'anniversaire de la jour-

i:,0 LE SOCIALISME SANS DOCTRINES

liée de huit heures à la date où elle a été introduite dans leur colonie. Ces manifestations et réjouissances rappellent la plus remarquable victoire de la tactique exclusivement syndicale, au temps où les ouvriers ne faisaient point de politique. Les gouvernements n'y ont pas contribué. Ils se sont bornés à suivre le mouvement 'et à prescrire la journée de huit heures dans tous les chantiers et ateliers publics et dans fous les travaux faits pour le compte de l'Etat. C'est ainsi qu'ont procédé en Angleterre le Conseil de comté de Londres et ceux des villes progressistes, pour les travaux municipaux.

Le terme consacré de journée de huit heures ne doit pas faire illusion. La journée est souvent de plus de 8 heures, mais la semaine de l'ouvrier australien ne comprend guère que 48 à 52 heures, car il se repose non seulement le septième jour, mais encore la moitié du sixième. L'usage de ne travailler ni le samedi après-midi, ni le dimanche, est général en Australasie comme en Grande-Bretagne. Il a été importé delà métropole : son origine vient du puritanisme protestant; on ne doit rien faire le dimanche, pas même se promener ou s'amuser; il faut donc consacrer le samedi après-midi aux distractions que les Européens du continent se donnent le dimanche; il faut encore l'employer à faire des provisions, parce que tout sera fermé le dimanche. Les ouvriers adultes chôment donc un jour et demi par semaine, mais ils n'y sont obligés que par les usages. Aussi consentent-ils aisément à travailler même le dimanche, pourvu qu'on leur paye un salaire plus élevé. habituellement une fois et demie le tarif ordinaire.

D'une manière générale, c'est la coutume qui établit le

LA PROTECTION LÉGALE DES OUVRIERS lai

repos hebdomadaire, du moins en ce qui concerne les ouvriers adultes. En dehors de Nouvelle-Zélande, la loi

n'intervient pour limiter leurs journées que dans les mesures de protection ouvrière adoptées par le gouvernement de Victoria en 1890. D'après cet acte, le travail à tout âge et pour les deux sexes dans tous les ateliers où l'on fabrique des meubles, et de plus dans toutes les blanchisseries où un Chinois est employé, n'est permis que de 7 heures et demie du matin à o beures du soir, et est interdit sans exception du samedi après midi a 2 heures, jusqu'au lundi matin.

Cette mesure ne s'applique donc qu'à deux industries, celles où une enquête de 1893, sur laquelle je reviendrai plus loin ', a révélé des exemples scandaleux de Sweating System.

On remarquera de plus, qu'elle est dirigée contre les Chinois, ouvertement dans le cas des blanchisseries, indirectement dans l'autre, car la plupart des petits ébénistes en boutique et en chambre sont des Chinois.

Ces articles de la loi de 1896 sont donc moins un progrès dans le développement de la protection légale qu'un cas particulier de la lutte contre les Chinois, lutte oîi les ouvriers européens ont l'appui du gouvernement victorien.

Lois pour protéger les travailleurs employés dans l'industrie.

Bien que la législation ouvrière soit restée à peu près complètement dans les attributions des gouvernements

li Voir pp. 169-171.

loi

i — lois ouvrier:

NOUVELLE-GALLES

Loi et dates. \Factlori™Jml Shop* I Ad. 1896.

Application.

Dans les districts dési- I gnés par Je Gouvert neur.

E.remptions.

(Membres delà famille emplo y es comme ouvriers.

Magasins de laines, laiteries, navires.

^Exemptions de tous ! genres accordées par le Gouverneur.

Conditions pour qu'un établissement soit assitjetti.

Minimum d'ouvriers blancs. .

Minimum d'ouvriers de couleur

VICTORIA

id. 1905. 1907, 1909.

Dans les centres urbains, avec possibilité d'extension.

Laiteries , agriculture, horticulture, viticulture , élevage.

Blanchisseries dépendant d'institution s religieuses et charitables.

1 chinois.

Moteurs (A vapeur ou mécan.

Autres établisse- Blanchisseries, boumenls assujettis langeries.

Ministère compétent.

Travail.

Inspection. > Inspect. du travail.

QUEENSLANI

id. 19Û0. 1908.

Dans l'étendue par le Gouvern

Prisons, maisons correction.

Laiteries, navires nés. Entrepr agricoles, atelie famille.

Exemptions pfl Gouverneur coi en Nouvelle-Ga

1 chinois, id.

Boulangeries, teintureries, carrières argillières.

Travail.

Inspect. du travail.

1 asiatique Boulangeries , !

chisseries.

Intérieur

Inspect. du travail

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