‹ Le socialisme sans doctrines, la question agraire et la question ouvrière en Australie et Nouvelle-ZélandeChapitre 20 sur 98 · M ET IX · texte numérisé non relu

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des affaires et garde sa personnalité propre. Le cabinet, en 1894, est présidé par M. Dibbs qui passe pour radical et qui propose, en effet, d'abolir les dernières restrictions au suffrage universel. Mais ce gouvernement réprime parla force une grève démineurs à Broken Hill et fait condamner à la prison deux membres du syndicat. Alors le parti ouvrier se divise sur la question de savoir s'il faut continuer ou retirer son concours à M. Dibbs. Une vingtaine de ses membres continue a voter pour le ministère, mais abandonne le parti pour n'y plus rentrer. Il ne reste, dans les rangs du Labour Party, que 15 députés augmentés par la suite de 3 ou 4 nouveaux. Le plus grand nombre, mais non tous, sont d'anciens ouvriers et des syndiqués. Le leader a été mineur; l'un des membres les plus influents est M. Sam Smitb, secrétaire général de la Fédération des chauffeurs et gens de mer de l'Australasie.

Les membres du nouveau parti se sont engagés à rester fidèles aux décisions du groupe parlementaire, et ils ont tenu leurs promesses, quoiqueles sujets de division n'aient pas manqué : le principal a été la Fédération. La Ligue politique du travail, l'une des organisations importantes du parti ouvrier, présidée par M. Sam Smith, s'était prononcée contre la Fédération : tous les membres du groupe parlementaire ont voté contre, sauf deux. La Ligue a tenu des réunions tumultueuses dans lesquelles elle a reçu les explications des deux dissidents : leur défense a consisté à dire que leur engagement les liait au groupe parlementaire seul et que le groupe n'avait pas pris de décision dans la circonstance. La question a été posée de nouveau quelques jours après à propos du concours à

donner au ministère Heid. Ce ministère, composé de gens de la classe moyenne, à tendances libérales et radicales, était assez favorable à l'extension des lois industrielles et se maintenait grâce à l'appoint des voix ouvrières. Mais il venait de faire voter la Fédération après s'être montré longtemps hostile au projet. Là-dessus, il se trouva menacé de tomber à propos d'une dépense irrégulière; le parti ouvrier décida de ne plus voter pour lui, à quelques voix de majorité. La décision fut observée et le ministère tomba (1899) pour faire place à un gouvernement un peu moins radical. Le parti ouvrier garda une attitude expectante et le nouveau ministère, pour le gagner, proposa une loi sur l'arbitrage (1900) que ses successeurs ont fait voter1. En somme, le mouvement ouvrier politique est fort en Nouvelle-Galles, mais il manque de netteté, de cohésion ; c'est pourquoi Sydney, bien qu'elle ait eu des ministères progressistes, n'est pas allée aussi loin que Melbourne en matière de législation industrielle.

Queensland. Un parti ouvrier dans l'opposition ; Situation unique en Australie -.

La colonie de Queensland n'a pas, comme les autres, une seule tête ; elle se partage en trois régions desservies par trois voies ferrées distinctes, allant chacune d'un port.

(1) Voir chapitre vu, p. 210. Depuis, M. Reid a été premier ministre fédéral (18 avril 1904-5 juillet 1905).

Après lui, dans l'Etat de Nouvelle-Galles, les conservateurs s'emparèrent un moment du pouvoir en se faisant les champions de l'autonomie locale contre la politique sociale de la Fédération (p. 15). Ensuite, les démocrates ont repris l'avantage.

(2) A. Bertram, The Labour Party in Queensland, extrait de la Contemporary Review, 1895. — Résumé dans le Journal des Économistes, 1896 (F. Alcan).

Brisbanc, Rockhampton, Townsville, vers les mines et 1rs parcs à moutons des steppes intérieures. Ces régions sont différentes. Le sud jouit d'un climat presque tempéré, le centre et le nord cultivent, sur le littoral, la canne à sucre. Dans cet Etat, trois fois grand comme la France, la vie économique et sociale a une foule de petits centres ; l'action du parti ouvrier serait insuffisante si elle ne s'exerçait que dans la capitale ; il lui faut des organisations solides dans chacune de ces régions si éloignées, si peu semblables par leurs climats et leurs industries. Dans la capitale, on trouve comme partout en Australie un Trades Hall, une Bourse du travail construite par les syndicats et servant à leurs réunions. Une partie du bâtiment est employée au service de l'organe central du parti, the Worker (le Travailleur), hebdomadaire. Bien de bien nouveau ici, rien qui diffère sensiblement des autres centres d'agitation ouvrière.

Il faut sortir de la capitale, il faut aller, par exemple, partie en chemin de fer, partie en bateau, de Brisbane à Rockhampton, la métropole du Queensland central. On traverse des centres de mines d'or, Gympie,Maryborough, un centre de culture delà canne et de fabrication du sucre, Bundaberg ; partout on rencontre à la fois une fédération ou un bureau central de syndicats, et une direction politique représentée par un journaliste, un député, qui parfois édite une petite feuille, qui toujours sert de trait d'union entre la fraction locale du parti et la capitale. Aussi, chacun des centres ouvriers est-il représenté au parlement par un Labour Membèr.

On arrive à Rockhampton, ville toute neuve, aux grandes rues ambitieuses, trop larges, aux maisons de

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bois et de tôle, rares et trop petites. L'organisation ouvrière n'est là qu'à ses débuts. L'éditeur de l'organe central du Parti m'avait adresséà un démocrate libre penseur, éditeur d'un petit journal indépendant, The Peoplës Netbspaper. Je fus au journal et je trouvai une grande baraque en bois pleine d'ouvriers du port que M.W.Nelson, ie journaliste, endoctrinait pour les organiser ; il leur expliquait l'AJBG du syndicalisme en Australie, qui peut se résumer ainsi : « Travaillez huit heures par jour et faites-vous payer les heures supplémentaires et le travail du dimanche une fois et demie le tarif ordinaire ». La réunion finie, M. W. Nelson me raconte son histoire : il est né en Ecosse ; il a été conférencier pour les positivistes anglais aux temps de Bradlaugh; c'est alors qu'il est devenu libre penseur et radical. Positivisme et radicalisme n'ont guère réussi en Angleterre. M. Nelson a émigré dans un pays neuf où son radicalisme est assez bien reçu, quoiqu'il ne s'accorde pas toujours avec les vues de certains membres importants du parti ouvrier. Quant à l'athéisme, c'est une mauvaise note, même dans ce (Jueensland indépendant et rude qui semble moins asservi aux traditions que le reste de l'Australie, mais qui reste attaché, comme tous les pays anglais, au respect extérieur de la religion. <c C'est dommage, me dit un ouvrier, que M. Nelson soit athée, car il a plus de cervelle que n'importe qui dans le parti ! »

Ailleurs, dans le grand centre minier de Mount Morgan, l'âme du mouvement est un émigré danois radical venu il y a bien des années, avant le développement de la démocratie sociale dans son pays. Il est photographe et libraire

en même temps que conférencier : « Le district est satisfaisant, me dit-il ; nous nommons un député ouvrier. » Il me parle encore d'une conférence que M. Davitt, le député irlandais et georgiste, est venu faire ici il y a deux ans : les auditeurs lui ont voté une adresse de remerciements, et Davitt a dit qu'elle lui était particulièrement chère comme preuve de la fraternité internationale des travailleurs, attendu qu'elle était présentée par un Français et par un Danois (mon interlocuteur).

Je ne puis décrire tous les centres que j'ai visités sur ma route, mais je dois dire quelques mots du plus curieux, un centre de tondeurs, à 1 000 kilomètres dans l'intérieur. Il se trouve dans les plaines calcaires qui s'étendent indéfiniment sous une poussière jaune avec quelques vagues lignes de petits eucalyptus rabougris qui ne donnent point d'ombre. Pas d'autre eau que les flaques stagnantes d'une crique d'où le liquide est pompé dans une grande citerne en tôle et distribué à la ville. On vient de forer un puits artésien qui donne une eau bouillante et chargée de sel qu'on laisse se perdre. G'estle momentde la tonte : à la nuit, les bars sont pleins de tondeurs qui ont fini leur journée sous une chaleur accablante, qui boivent ou jouent. Des maisons en bois de chaque côté d'une rue, beaucoup de monde, peu d'animation, tel est le tableau. Ce que je cherche, cest le bureau de la branche locale des tondeurs. Je trouve le secrétaire dans une petite construction de planches et de tôle qui lui sert de chambre et d'office. Il reçoit là les tondeurs qui ont des réclamations à faire, ceux qui cherchent de l'ouvrage ; il les engage à ne pas travailler au-dessous des tarifs syndicaux et à se faire

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inscrire au syndicat. La colonie compte trois offices de ce genre : celui que je vois à l'extrémité du chemin de fer central et deux autres, aux extrémités des voies ferrées sud et nord, par conséquent en plein pays de laine. Ils correspondent à trois arrondissements de la grande trade union des tondeurs qui comprend aussi les ouvriers agricoles et s'étend sur tout le Queensland.

En somme, les catégories d'ouvriers les plus importantes dans cette colonie sont les mineurs et les tondeurs. Ceuxci sont très turbulents ; ils ont fait, en 1890 et 1804, deux grèves violentes qui ont amené le gouvernement à mobiliser la police et les volontaires et à suspendre, par une loi de coercition, les garanties constitutionnelles pendant deux ans. v

Les éléments du parti sont donc plus remuants qu'ailleurs. L'esprit a été plus socialiste aussi ; il est venu d'un communiste à la mode de 1848, William Lane, qui avait apporté d'Amérique l'idée d'une refonte de la société sur le modèle d'Owen ou de Gabet. Lane était boiteux, de constitution faible, mais plein d'ardeur et de feu. Il a passé plus de dix années de sa vie , soit en Queensland, soit dans les autres colonies, et il y a exercé une grande influence : c'est lui qui a fondé le Worker de Brisbane, devenu par la suite l'organe du Labour Parly. Mais Lane, impatient d'aboutir, las de réclamer des réformes qu'il n'obtenait pas toujours, prit la résolution de s'exiler et de tenter l'expérience d'une nouvelle Icarie. Il est parti en 1893 de Sydney avec plusieurs amis, et est allé fonder au Paraguay la colonie communiste de Cosmé ou Nouvelle- Australie, qui existait encore en 1899.

Depuis, le collectivisme moderne a pénétré dans, les bureaux du Worker et a fait paraître arriérées les idées de Lane. « C'était, nie dit-on, un homme excellent, mais qui, comme les gens de 1848, croyait à une panacée. » On est plus moderne aujourd'hui à Brisbane ; j'y ai trouvé, dans les bureaux du Worker, des trad actions de Mars, de Loria et de collectivistes contemporains en plus grand nombre qu'ailleurs. Le mot « socialisme » avait même été franchement adopté par le parti ouvrier du Queensland, seul en Australie. « Socialisme à notre époque », telle était la devise que M. Iliggs, rédacteur en chef du journal, mettait en épigraphe au Worker. M. ïliggs, en 1899, a quitté le journal pour devenir député ouvrier. Son successeur a fait disparaître l'épigraphe : il m'a avoué, sans réticence, que le mot faisait peur au Queensland comme dans le reste de l'Australasie. La chose a-t-elle disparu avec le mot ? Les députés ouvriers avec qui j'ai causé, même M. Higgs, m'ont paru dans les sentiments des chefs du jeune trade unionisme en Angleterre. Les plus audacieux vont jusqu'à John Burns et même jusqu'à Keir Hardie, c'est-à-dire jusqu'au socialisme sentimental, un peu religieux, très syndical et en même temps très pacifique. Sous ce rapport, la différence n'est pas très grande entre les chefs ouvriers du Queensland et ceux des autres colonies.

Le ton des journaux et surtout du Worker, les caricatures, les mots sont plus véhéments qu'ailleurs. Ainsi le propriétaire et le capitaliste sont généralement représentés sous les espèces d'un veau gras ou d'un porc. La révolte des travailleurs prend dans les images des formes

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violentes. La déclaration de guerre au Transvaal y esl indiquée par une caricature peu claire mais plutôt défavorable. Cette allure, sans cloute, est celle qui convient aux tondeurs et mineurs turbulents du Queensland. Mlle a une autre raison d'être el la voici.

Le parti ouvrier du Queensland était eu 189'.) le seul qui resta dans l'opposition. Partout ailleurs, le gouvernement s'appuyait sur le Labour Parti/ ; à Brisbane, il le combattait systématiquement. C'est, on le voit, la situation de beaucoup des partis socialistes en Europe, et il ne faut pas s'étonner si elle conduit aux mêmes procédés de polémique.

Mais pourquoi cette anomalie qui distinguait le Queensland ? C'est qu'en 1896, le chef du parti libéral a, pour des raisons personnelles, fait alliance avec le chef du parti conservateur, en adoptant le programme de ce dernier et en faisant accorder aux planteurs l'autorisation d'employer le travail polynésien dans les districts de canne à sucre. Cette coalition irritait d'autant plus les mécontents qu'elle avait pour conséquence l'élévation de Sir Samuel Griffith, le chef des libéraux, au rang du président de la Cour suprême, avec une forte augmentation des appointements attachés à la charge, et c'était l'époque de la crise, où l'on réduisait tous les traitements par économie ! On cria à la trahison, mais, en dépit de tout, les conservateurs renforcés se maintenaient au pouvoir avec nue énorme majorité. Sur 72 membres, les libéraux fidèles à leur programme ne restaient que 8, dédaigneusement appelés les débris. Aussi l'opposition était-elle dirigée par le leader du parti ouvrier qui comprenait alors 22 membres.

Le ministère, appuyé sur une majorité de 10 voix seulement, avait failli plusieurs fois tomber. S'il était mis en minorité, c'est le chef du parti ouvrier qui prenait le pouvoir. Si le Hueensland était, comme on l'a proposé plusieurs fois, divisé du nord au sud en trois colonies ayant respectivement pour capitales Brisbane, Ilockbampton, ïownsville, les conservateurs ne garderaient la majorité que dans la première; le Labour Parti/ gouvernerait les deux autres. C'est sans doute cette perspective qui a contribué à rendre le parti plus modéré qu'autrefois.

Son programme électoral, adopté en 1898 par le Congrès général, demandait des réformes démocratiques dont plusieurs ont été accomplies dans les autres colonies (un seul vote par électeur, plus de membres à vie dans la Chambre haute, des écoles gratuites); il demandait encore l'établissement d'impôts progressifs sur la propriété et le revenu comme en Sud-Australie et Nouvelle-Zélande. Enfin, il réclamait des lois de protection ouvrière comme celles qui ont été adoptées depuis 1890 en Victoria et Nouvelle-Zélande ; sur ce dernier article seul le gouvernement avait fait quelques concessions ; ce point excepté, on peut dire qu'à l'Assemblée toutes les proportions du Labour Parly étaient systématiquement écartées. Les deux points sur lesquels l'échec du parti ouvrier se marquait le plus en 1900 étaient la question de l'immigration subventionnée par l'Etat et celle du travail des gens de couleur.

Dans toutes les autres colonies, sans exception, les partisouvriers ont fait supprimer toutes les dépenses destinées

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à favoriser l'immigration. Seul, l'état du Queensland continuait d'entretenir des agents d'émigration en Europe, d'offrir tout ou partie des frais de passage aux travailleurs agricoles ; il en faisait venir de temps à autre un plein navire, les recevait dans de grands dépôts contruits dans ses ports, les y logeait et nourrissait gratuitement jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé un emploi 1.

Le parti ouvrier se plaignait très vivement qu'on fit ainsi baisser les salaires : à mon passage, le directeur du Worker venait de publier une comparaison entre le taux des salaires en Angleterre d'après l'officielle Labour Gazette de Londres et celui du Queensland d'après la Government Gazette de Brisbane (28 juillet 1899), afin d'établir que les salaires étaient plus faibles en Queensland que dans la métropole. Les chefs du parti se montraient choqués qu'un socialiste anglais, venu l'année précédente et reçu comme un frère, eût accepté du gouvernement queenslandais la fonction salariée de conférencier pour prêcher l'émigration aux habitants d'Angleterre. C'était à leur avis une trahison caractérisée.

Contre l'emploi des gens de couleur, amenés des îles polynésiennes, l'irritation était d'autant plus vive en Queensland que cette pratique avait été rétablie après avoir été supprimée. Dans toutes les autres colonies, elle n'existait plus. Même dans le Territoire du Nord où les blancs ne peuvent rien faire, le Black Labour (travail noir) avait été interdit par Sud-Australie qui administre le territoire. Au Queensland seul, l'importation de Polynésiens et de

(1) Queensland Immigration Act, 1882 (plusieurs fois amendé) ; — Immigration Agenl's Annual Report, Brisbane.

Canaques restait autorisée sous certaines conditions, dans les districts centre et nord et pour la culture des cannes à sucre. C'était un scandale au jugement du parti ouvrier, qui protestait en s'appuyant sur deux sortes d'arguments: d'abord ceux qui servent déjà contre l'immigration, savoir l'intérêt des ouvriers ; ensuite, des assertions suivant lesquelles les Polynésiens et Canaques seraient enlevés de force, mal payés, maltraités l.

L'insuccès du parti ouvrier queenslandais sur ces questions ne faisait qu'accentuer davantage sa situation exceptionnelle qui le réduisait au rôle d'opposition contre un gouvernement conservateur -\

Nouvelle-Zélande. La législation ouvrière la plus avancée: le parti ouvrier le moins organisé.

Nouvelle-Zélande est la terre classique du socialisme d'Etat et de la législation ouvrière. Son gouvernement a été plus radical que tous les autres en matière d'impôts et de législation foncière. Il est le plus grand patron de la colonie et en même temps celui qui est le plus libéral avec les ouvriers. Il a inauguré la protection des employés de commerce et des gens de mer, l'arbitrage obligatoire en cas de grève, une foule d'autres mesures dont s'inspirent les partis ouvriers et les progressistes des autres colonies.

Il) A l'établissement de la Fédération, les services d'immigration ont passé au Commonwealth qui a donné satisfaction au parti ouvrier (p.. 25).

(2) Depuis, le parti ouvrier, dirigé par M. Dawson, a pris un instant le pouvoir au Queensland (1901). Après sa chute, la coalition conservatrice ne s'est pas reformée. Actuellement, te gouvernemenl de Queensland suit une politique de réformes sociales, suivant l'exemple de Nouvelle-Galles (voir p. 182).

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Kl pourtant, Nouvelle-Zélande est, parmi les grandes colonies, la seule qui ne possède pas un parti ouvriercompacl. (Test que le parti libéral a fait siennes les revendications du parti ouvrier. Le leader des libéraux, Ballance, a conquis la majorité et le pouvoir, en 1891, avec l'appoint des ouvriers. Sous son administration et sous celle de feu Richard Seddon, premier ministre après la mort de Ballance, le parti a conservé les voix ouvrières, grâce à une politique continue de réformes en faveur de la classe salariée. Le grand artisan de législation ouvrière a été le ministre du Travail, M. \V. 1*. Reeves, fils d'un journaliste et homme politique de Christchurch, élevé dans une université d'Angleterre, écrivain et juriste remarquable. Aujourd'hui, M. Reeves a quitté le ministère pour aller représenter la Nouvelle-Zélande à Londres. Après Richard Seddon ses amis ont conservé le pouvoir, de sorte que le ministère libéral néo-zélandais détient aujourd'hui le record de la durée en Australasie1. Seddon était si populaire et paraissait si puissant, qu'on le surnommait le roi Richard, King Dick. Ce monarque sans couronne représentait une circonscription minière d'or et de charbon, sur la cote nord-ouest de l'île sud, contrée montagneuse, à peine déboisée, d'accès presque impossible, sauf par mer : dans ce rude pays, il était propriétaire d'un hôtel quand les électeurs l'envoyèrent à l'Assemblée. Au ministère, c'est lui qui, par ses débuts, se rappro-

(1) Richard Seddon est mort au pouvoir dans sa quatorzième année de premier ministre, le i'I juin 1906. La politique démocratique et sociale lui a survécu ainsi qu'à Ballance; le premier minisire actuel est un de ses collaborateurs, sir Joseph G. Ward. — Sur la politique , néo-zélandaise, voir André Siegfried, La démocratie en Nouvelle- Zélande, pp. 39-90.

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chait le plus du peuple, dont la faveur lui fut assurée si longtemps.

On a vu plus haut que les ouvriers australasiens ne tiennent pas absolument à être représentés au parlement par les gens de leur classe; les personnes leur importent peu, mais ils semblent tenir à former des partis ouvriers distincts des partis bourgeois. S'ils n'en ont pas constitué en Nouvelle-Zélande, c'est qu'ils en sentaient moins la nécessité, le gouvernement leur accordant ce qu'ils demandaient. « N'importe quel individu, me disait un conservateur de Wellington, griffonne n'importe quel projet et s'en va le porter au gouvernement ; le gouvernement le fait voter.»

Ces paroles sont trop aigres sans doute, mais le fait est que les ouvriers néo-zélandais n'ont pas eu besoin d'un effort d'ensemble pour s'assurer le concours des pouvoirs publics. Du reste, les conditions géographiques et économiques se prêtaient mal à l'organisation d'un parti. La Nouvelle-Zélanden'est point dominée — outvoted — parun Melbourne ou un Sydney ; elle a quatre centres : Auckland, Wellington, Christchurch, Dunedin, les trois derniers audessous de 70000 habitants, faubourgs compris; ces quatre villes se trouvent très éloignées l'une de l'autre, avec des communications lentes et difficiles.

Les organisations ouvrières les plus solides sont des groupes régionaux de syndicats fédérés comme ailleurs, autour des Trades Halls. Rien d'ailleurs des installations larges et coûteuses qu'on a vu dans les grandes villes d'Australie. Les Halls de Christchurch et de Dunedin sont de simples salles louées à un propriétaire, parfois partagées avec d'autres sociétés. Lors de mon passage à AVel-

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lington, le Conseil des syndicats avait dû quitter son local et ne réussissait pas à en trouver un autre.

Auckland, port et ville industrielle, le principal lieu de passage de la colonie, occupe une lorte proportion de nouveaux venus et d'ouvriers étrangers qui ne se syndiquent pas. C'est là, s'il faut en croire les syndicats, que les conditions du travail sont le plus désavantageuses.

Les syndicats et conseils syndicaux de la colonie ont un congrès annuel qui réunit une quinzaine de délégués '. On n'y traite guère que des questions corporatives ; on y propose des amendements aux lois de protection ouvrière inspirées par le gouvernement. On n'y a pas, jusqu'ici, esquissé le plan d'un parti ouvrier politique.

Les conseils syndicaux de Christchurch et de Dunedin se préoccupaient bien un peu de cette question lors de mon passage, c'est-à-dire à la veille des élections générales. A Christchurch, un groupe de jeunes gens, ardents et novateurs, reprochaient au parti Seddon d'être composé de politiciens, de ne songer qu'à se maintenir au pouvoir, d'encourager l'immoralité et la corruption, de n'être pas favorable à la prohibition de l'alcool : ils voulaient fonder un nouveau parti, mais ils n'avaient pas la majorité. À Dunedin, l'un des secrétaires syndicaux les plus anciens et les plus influents me disait : « Ces jeunes gens n'ont peut-être pas tort ; mais, si nous les écoutions, nous risquerions de renverser Seddon, et au profit de qui?

(1) Voir Animal Conférence of the T rades and Labour Councils of New Zealand, Wellington, 1893. — Christchurch, 1899, — deux bro- ' chures publiées sous les auspices des Trades Councils des villes où les congrès se sont tenus.

Nous l'ignorons, tandis que nous savons bien que Seddon a beaucoup fait pour nous et fera encore davantage. Gardons-le ! »

Nouvelle-Zélande est la colonie où les ouvriers apparaissent le moins organisés en parti politique de classe; ils n-e sont pas simplement coalisés comme ailleurs, ils sont presque confondus au parlement avec les progressistes ;le parti des réformes s'appelle libéral et non pas ouvrier, se compose de gens de la classe moyenne beaucoup plus que de travailleurs manuels, mais, à force de concessions et de bonne volonté, il a fini par satisfaire à peu près complètement les ouvriers.

Nouvelle-Zélande fournit la meilleure preuve que les ouvriers australasiens ou du moins la majorité d'entre eux ne se préoccupent point, à présent, de la suppression du salariat et du patronat, mais réclament le maximum d'avantages compatibles avec l'organisation capitaliste.

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