‹ Le socialisme sans doctrines, la question agraire et la question ouvrière en Australie et Nouvelle-ZélandeChapitre 48 sur 98 · PRIX EN FRANCS · texte numérisé non relu

PRIX EN FRANCS

Maximum I Minimum avec indicat. des années.

Ainsi la statistique de Nouvelle-Galles n'accusait d'augmentation forte et à peu près continue que pour les pommes de terre.

A la fin du xixe siècle, le bon marché de la vie se marquait par la proportion entre la dépense de la nourriture et le montant du salaire. Elle était en Australie de 34,4 p. 100 ao lieu de 42,2 p. 100 en Angleterre et de 44 p. 100 en France. Et pourtant la dépense annuelle, par tête d'habitant, était plus considérable en Australie où elle s'élevait à 849 fr. 50, au lieu de 743 francs dans le Royaume-Uni et de 599 francs en France. Elle était plus élevée même que celle des Etats-Unis, évaluée à 743 francs. Un statisticien australien, M. Coghlah, donnait en 1894, pour la dépense

annuelle par tête d'australasien, le chiffre de 1 091 fr.1.

En 1899, l'australasien est l'homme qui consomme le plus de viande (254 livres anglaises par an et par habitant, au lieu de 109 en Grande-Bretagne et de 77 en France), le plus de sucre (95 livres, au lieu de 75 en Grande-Bretagne et de 20 en France), le plus de thé et de café après la Hollande, les États-Unis, les Pays Scandinaves, la Belgique. Les Australasiens usent assez peu du café, mais le thé est leur boisson nationale ; ils en sont les plus forts consommateurs dans le monde entier. Ils boivent relativement peu d'alcool.

On trouvera peut-être dans ces comparaisons. l'Australasie très favorablement partagée. D'après mon expérience de la vie australienne, je ne crois pas que ces estimations soient fort exagérées.

Pour ce qui concerne l'Australasie, nous n'avons plus d'évaluations globales pour les premières années de ce siècle : mais la statistique de Xouvelle-Galles nous donne pour cet État la moyenne de la consommation annuelle par tête dans la décade 1895-1905 :

Kg-

-Farine 107,053

Gruau d'avoine .... 2.6i*

Riz 4,449

Viande 117,359

Pommes de terre . . . 78.078

Sucre 49,077

Kg-

Beurre 10.03

Fromage 1,63

Thé 3,17

6afé 0,226

Cacao 0,332

La consommation du tabac s'était élevée de 1 135 grammes par tète en 1895-99 à 1 248 en 1905. Par contre, celle des boissons alcooliques ne cessait de

(1) ïhe Seven Colonies of Australasia, 1897-98, p. 332 à 360.

baisser. Nouvelle-Galles consommait par tête et par an :

En 1891. En 1905.

5,03 4,49 litres de spiritueux.

51,89 40.49 — bière.

3,81 2,40 — vin.

La dépense par tête à cet effet était tombée de 107 fr. 35 à 75 fr. 40. L'application de Y option locale contre les débits ' va probablement accentuer l'évolution indiquée.

La statistique de Nouvelle-Galles donne encore pour cet Ktat la proportion des diverses dépenses. En 1905, — sur 100 francs — 38,10 étaient consacrés à la nourriture, 27,80 en meubles, chauffage, éclairage, livres, journaux, correspondances, amusements, soins médicaux, 12,40 en logement, 11,20 en vêtements, 9,40 en tabacs et boissons, 1,10 en paiement d'impôts directs 2.

Pour compléter le tableau de la situation matérielle de l'ouvrier australasien, il faut dire que les articles de luxe, surtout quand ils sont importés, atteignent des prix très élevés ; de même, tous les objets qui exigent un travail qualifié, par exemple, les vêtements faits sur mesure, les beaux meubles ; de même, encore, les services des domestiques. C'est pour le superflu que l'augmentation du prix de la vie est tout à fait sensible. Le cas est d'ailleurs exactement le même aux Etats-Unis. L'hôtel de première classe, le magasin de nouveautés, le chapelier à la mode sont plus chers qu'en France : c'est ce qui fait dire aux observateurs superficiels que la vie est plus coûteuse; affirmation précisément contraire à la vérité si l'on parle des objets

(1) Voir p. 233.

(2j The Officiai Yearbk of N. S. W., pp. 460-457.

de première nécessité, notamment de la nourriture.

11 faut prendre garde aussi, dans les colonies comme en Angleterre, que les impôts indirects ne sont pas sur les mêmes objets qu'en France. Ainsi la bière, fortement taxée comme article de luxe, est chère, mais le sucre, considéré comme objet de première nécessité, est indemne de droits et coûte trois fois moins qu'en France.

Au reste, l'ouvrier australasien, comme l'anglais ou l'américain, est dépensier ; il ne regarde pas au prix d'un objet ou d'un plaisir qui lui fait envie, il ne marchande aucune satisfaction à sa famille ; aussi, la différence entre le prix de la vie et le salaire passe-t-elle souvent en dépenses d'agrément et de luxe. Voilà pourquoi on a constaté tout à l'heure que la dépense moyenne, par tête d'habitant, était plus forte en Australasie qu'ailleurs.

Cette inclination à la dépense a bien ses avantages. L'Anglais, l'Américain, l'Australasien regardent moins que le Français à payer une cotisation, à s'abonner à un périodique, à prendre un ou plusieurs journaux. L'organisation ouvrière dans les pays de langue anglaise a été certainement facilitée par le fait que les ouvriers n'épargnent guère. En tous pays, d'ailleurs, elle ne peut se développer tant que les travailleurs manuels sont obligés à l'économie la plus stricte par la faiblesse de leur salaire. Partout les ouvriers qualifiés sont mieux organisés que les manœuvres : et c'est là encore un argument que les défenseurs de la cause ouvrière font valoir en faveur des hauts salaires.

Diminution du nombre des naissances.

D'après certains critiques, la protection des lois aurait rendu l'ouvrier imprévoyant ; depuis qu'il peut compter sur l'État, il se dispenserait de songer à l'avenir et l'intervention de l'État le réduirait au rôle de bébé (making a baby of him, fathering Mm) ; ce sont là des griefs qu'on trouve dans tous les milieux conservateurs australasiens, ou plutôt, ce sont des formules traditionnelles de l'ancien « laissez-faire » qu'on répète par habitude. Aucun fait ne donne lieu de les croire justifiées ; bien au contraire, le montant des dépôts dans les caisses d'épargne, les versements aux sociétés de secours mutuels s'élèvent chaque année d'une manière continue'.

En réalité, les retraites pour la vieillesse et les institutions d'État ont délivré le salarié de certains soucis matériels qui l'absorbaient et lui ont permis d'appliquer sa prévoyance à d'autres objets, à son éducation par exemple. La question est de savoir si ce déplacement de la prévoyance n'est pas un avantage pour lanalion.

Il est un point où les Australasiens ne pèchent point par insouciance ; le nombre des naissances depuis vingt ans, baisse chaque année et partout d'une manière continue. Voici le tableau de la proportion des naissances par 4 000 habitants en 1890, 1899 et 1906 '.

Le chiffre le plus bas 23,55 se rapproche des derniers chiffres donnés pour la France en 1905, 20,0 naissances sur 1000 habitants.

(\) The New Zealand Officiai Year Book, 1900, p. llo; Officiai Y. Èk of Ihe Commonvealth ... n° I. 1008, pp. 193 et 194.

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