‹ Le socialisme suivant les peuplesChapitre 34 sur 37 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

choses. Des résolutions volées en commun n'engagent pas dans le même sens, ni dans la même mesure, ceux qui les votèrent. Ce n'est point par hasard que l'histoire des deux premières Internationales fut, conime on l'a dit « une longue suite de malentendus tragiques ». Trahison parfois ; mais, le plus souvent, fatalité naturelle de la distinction des races, des peuples, des âmes collectives. L'internationalisme n'est peut-être, comme d'autres mythologies, qu'une (( maladie du langage ».

Et les nations s'individualisent de plus en plus. Elles reprennent, récréent leur histoire, comblant par un acte de vouloir-vivre des hiatus séculaires : elles approfondissent, prolongent leurs traditions, se font du passé retrouvé, mieux connu et mieux aimé que jamais, un tremplin vers leurs destinées à venir. Comme les individus, en vertu d'une loi de psychologie sociale bien connue et toujours vérifiée, elles sont de plus en plus elles-mêmes, elles accentuent d'autant plus leur nature propre et leur type original qu'elles sont engagées dans un plus grand nombre de relations distinctes.

Les elTorts qui sont tentés pour faire bâtir, non point par ces individualités nationales vigoureuses, mais par on ne sait quelle humanité moyenne, vague et indift'érenciée, la cité sociale de l'avenir ; les inévitables faillites d'hier et de demain ramènent à la mémoire l'antique malédiction de la Genèse sur les constructeurs de Babel :

« Alors toute la terre avait un même langage et une même parole.

u Et ii arriva qu'étant partis d'Orient, ils trouvèrent une campagne au pays de Sinhar, où ils habitèrent....

« Et ils dirent : Allons, bâtissons-nous une ville, et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-

nous un nom afin que nous ne soyons pas dispersé sur la face de toute la terre.

...« Et r éternel dit : descendons et confondons leur langage, afin qu'ils n'entendent plus la langue les un^ des autres.

« Et l'Eternel les dispet-sa de là par toute la terre, et ils cessèrent de bâtir la ville.... »

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