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tirer des grandes exploitations industrielles avec leur centralisation et leur organisation aujourd'hui si étendue. Est-il rien de plus commun dans la société moderne que de voir huit ou dix mille ouvriers employés dans la même branche de production, sans que l'ordre s'en trouve le moins du monde compromis ? Et pourtant dans ces fabriques, ni les matières premières, ni les outils n'appartiennent en propre aux ouvriers ou même au directeur de l'exploitation.
En raisonnant de la sorte on perd de vue une circonstance capitale : la différence qui existe entre l'exploitation privée et l'organisation socialiste. L'ordre qui règne actuellement dans les fabriques ou autres établissements industriels est dû le plus souvent à une contrainte morale des plus sévères. Le propriétaire de la fabrique ou le directeur qui le représente exerce sur les ouvriers un contrôle presque illimité ; c'est un maître qui impose sa volonté et qui ne doit rendre compte à personne de ses ordres. L'ouvrier n'est pas forcé d'offrir ses services au maître de la fabrique, mais étant donné qu'il désire obtenir de lui du travail pour sa subsistance, force lui est bien de passer par toutes ses conditions et de se sou-
mettre entièrement au règlement imposé. La moindre infraction à ce règlement est un motif suffisant de renvoi. La contrainte voilà donc ce qui régit le mode actuel de production^ contrainte volontairement acceptée cependant par ceux que le besoin astreint aux travaux pénibles. Dans l'Etat socialiste, au contraire, les rapports de propriétaires à ouvriers sont supprimés : il n'y a plus que des compagnons respectivement égaux en droits et co-propriétaires de tous les moyens de production. En outre, toute entreprise privée de production étant interdite, l'ouvrier n'a plus à craindre son renvoi : la société est tenue de lui procurer du travail.
Battus sur ce point, certains socialistes se sont demandés si on ne pourrait pas invoquer à l'appui de leur système, les mêmes raisons qui ont fait permettre à l'État de posséder et d'exploiter des chemins de fer, des postes, des télégraphes, des charbonnages et des forêts (i), etc. Mais ici les conditions d'exploi-
(i) On sait que le bassin de Saarbruck est exploité par le fisc prussien lequel exploite également de vastes forêts où se conserve et se prépare la réserve des vieux chênes nécessaires à certaines constructions. Cfr. à ce sujet. La crise et ses remèdes, par Emile de Laveleye. . (Note du Tr.)
tations seraient toutes différentes. Dans la société moderne, les gouvernements ou leurs représentants font acte de propriétaires et agissent en véritables maîtres dans leurs rapports avec les employés et les ouvriers. Pas plus que dans les entreprises privées, l'ouvrier n'est complètement libre dans le choix de ses occupations : il doit accepter les travaux qu'on lui impose sous peine de perdre son unique gagne-pain. Pour.une simple négligence dans l'exercice de ses fonctions, pour une opinion, exprimée peut-être avec trop de franchise, plainte est portée aux chefs et les employés se voient privés d'une partie de leur salaire ou même de leur place. On le voit donc : même dans les exploitations par les Etats modernes la contrainte agit et l'obéissance stricte est de rigueur. Admettrait-on pareille organisation dans l'Etat socialiste ? Il est permis d'en douter. Dans cette société harmonienne chacun aura sa part de souveraineté et, par conséquent, aura droit à être nourri, vêtu et logé aux frais du budget commun. Chacun aura son petit mot à dire dans la réglementation du travail et la répartition des produits. De plus, les employés chargés de surveiller l'œuvre
de la production n'ayant qu'un mandat impératif seront entièrement à la discrétion du peuple souverain.