‹ Le soi et ses enveloppesChapitre 18 sur 21 · Mândukyopanishad · texte numérisé non relu

Mândukyopanishad

l’objet des enveloppes

a disparu; nul aulre que le pur ne peut l’atleindre ; nul autre que le. dévot ne peut le connaître ; nul autre que le sage ne peut y entrer ; car il est écrit encore :

Ce Soi ne peut être atteint que par la vérité, par la méditation, par la connaissance pure et la constante discipline. Il est au milieu du corps, fait de lumière translucide, celui que les hommes exercés, leurs péchés lavés, contemplent ^

C’est Brahman. C’est le Logos de Tâme. C’est rAtmâ conscient de lui-même. Mais moins on en parle, mieux cela vaut, et bien que je ne puisse passer cet état sous silence, je le quitte à la hâte, parce que pour l’atteindre il faut être tourmenté d’aspirations, parce que cette vision exige de la véracité, de la sagesse, de la dévotion et de la pureté, et ce n’est qu’au prix de nombreuses luttes que le pur peut contempler le Pur. On nous dit que c’est la béatitude. Le bonheur est la fin de la douleur. Ici-bas il y a lutte, il y a angoisses et agonie, mais au bout de tout cela il y a la béatitude, et une béatitude inexprimable. Si bien que dans toute l’épreuve de la vie, au milieu des tourments et

l. Mundakopanishad. III. 1.5,

des misères qui peuvent accabler l'âme humaine, dans cette lutte où elle cotoie Tabîme du désespoir, ceux qui ont su une fois savent à jamais; au plus profond de l’agonie, le centre qui est daiisle cœur-reste calme, sachant que tout finira dans la paix et que l’harmonie doit être la conclusion de la vie. Ainsi consolés, revenons à des régions où nos pas soient plus sûrs, à des régions plus praticables pour vos pieds et pour les miens, encore attachés à la boue terrestre, en attendant d'apprendre à fouler le sentier qui aboutit au bonheur inénarrable.

Revenons à une étude plus humble, maintenant que du sommet de la montagne nous avons pu Jeter un coup d’œil vers le pays de l’au-delà, vers les vallées d’une terre qui nous est échue en partage ; tâchons de comprendre , le moyen d’atteindre ce but, le sentier qui y mène et les méthodes qui nous y guideront; car s’il est bon pour un moment de se représenter le but, il est encore plus important de trouver le chemin qui y mène, et de commencer, non pas simplement à l’espérer et à en rêver, non pas seulement à y aspirer et à le désirer, mais à l’atteindre ici, dans la vie que nous menons maintenant, dans l’endroit où nous pouvons appren-

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dre à poser nos pieds sur le sentier, et à trouver enfin notre voie par la science unie à la dévotion. J’en viens donc à l’action des enveloppes. Avant de conclure en vous montrant leur utilité je veux vous faire voir leur action, parce qu’en saisissant la façon dont elles agissent, nous résoudrons de nombreux problèmes qui nous embarrassent tous les jours, qui gênent notre croissance, qui nous entravent et nous empêchent de marcher librement, qui obscurcissent à tel point notre esprit, que nous nous décourageons et retombons parfois dans le manque de croyance, trop faibles pour nous crampon-r ner à une croyance qu’il est si difficile de comprendre. Le premier résultat de l’activité d’Atmâ dans ces diverses enveloppes est l’organisation de plusieurs « moi » illusoires, entités conscientes en apparence ; quand nous regardons en ,nous-mêmes, nous y trouvons une lutte, un conflit, une guerre, comme si nous étions composés de plusieurs « moi » et non d’un seul, de plusieurs Ego au lieu d’un Ego unique. La conscience doit être une unité; néanmoins nous sommes confondus par cette multiplicité apparente, et ces « moi > qui ne sont pas le «Moi» sont une source constante d’embarras, de trou-

ble mental et d'erreur morale. Essayons donc de comprendre ce qu'ils sont, et comment ils se produisent. Examinons jusqu’à quel point ils sont illusoires, et ce qui les fait paraître réels. Car, remarquez-le, que les combattants soient illusoires ou non, pour nous le conflit est bien réel.

Nous avons compris qu’Atmâ agissait dans toutes les enveloppes. En les prenant l’une après l'autre, nous avons conçu quelque chose de la nature de chacune et de l'action qui accomplit ; et il est très facile de nous rendre compte que si nous nous tenons à l’extérieur et si nous les observons du dehors, nous verrons non pas l'acteur unique mais l’enveloppe mobile, et que cette enveloppe mobile, en tant que differente d’une autre enveloppe mobile, suscitera tout d'abord une individualité apparente, une séparation apparente, laissant ainsi place au conflit. Ainsi du dehors j’observe le corps en action, de là je remonte à l’activité de Prâna, puis je regarde les passions entraîner l’homme, enfin je vois l’intelligence intervenir et le retenir ; en étudiant ainsi de l'extérieur je vois toutes ces choses diverses en guerre l’une contre l’autre, parce que je regarde du

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côté des objets différenciés et non d’un centre où l’unité d’action puisse être perçue. De même qu’en entrant dans un atelier plein de machines, vous allez voir de nombreuses roues tourner, de nombreuses tiges apparemment indépendantes se balancer de côté et d’autre, tandis qu’un mécanicien vous conduirait à l’endroit où toute la force est produite, d’où l’ensemble est mis en mouvement et dirigé ; ainsi par la sagesse nous pouvons nous placer au point central et voir l’unique énergie expansive se différencier dans l’enveloppe et non dans le Soi lui-même, si bien qu’il n’existe en réalité qu’un acteur, tandis que la diversité apparente résulte de ce en quoi il agit. Mais il y a plus, et cette explication est incomplète. Considérons le corps ; non seulement nous avons appris que les atomes, les molécules et les cellules qui le composent ont leur existence indépendante, et sont vivants en tant qu’atome, en tant que molécule, en tant que cellule, mais nous avons appris aussi que ces éléments sont coordonnés dans l’enveloppe charnelle, qu’ils agissent en tant qu enveloppe. C’est-à-dire qu’ils travaillent ensemble sous l’influence de l’énergie coordonnée ; ils agissent, dirigés par la vie commune,

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en tant qu’enveloppe ; et nous avons appris en outre que de cette action résulte ce que nous appelons l’automatisme. Autrement dit, quand une enveloppe a agi longtemps et à maintes reprises selon une ligne donnée, son énergie inhérente, — qui naturellement est Atmâ, mais Atmâ dans l’enveloppe, — tend à reproduire, sous la direction de la conscience centrale, les actions qu’elle a répétées continuellement ; de sorte qu’il s’établit une action automatique à laquelle la conscience centrale ne prend plus aucune part active.

Ce phénomène a une double cause ; l’habitude de répéter ce qui à l’origine était causé par un acte délibéré. Je vous ai fait remarquer que quand vous appreniez à écrire, c’était par un effort volontaire, par une tentative bien concentrée; la main d’un enfant est dressée à écrire, et trace, ligne après ligne, tous les mots qu’il désire former. Le penseur est à l’œuvre et modèle cette main enfantine comme un instrument de ses propres desseins.Une fois qu elle a appris l’acte et qu’elle est entraînée, elle peut le répéter indéfiniment sans effort conscient ; c est 1 enveloppe qui se met à l’œuvre et répète les mouvements accoutumés ; elle continue automatique-

l'objet UES ENVELOPPES

ment ce qui d’abord était une action volontaire; l’action à laquelle le corps a été dressé se reproduit machinalement, et si vous voulez un changement, il faut faire intervenir la volonté ; autrement la répétition est la loi de l’action de l’enveloppe, la grande loi du rythme, loi universelle, loi de tendance à la reproduction qui agit partout ; le jour et la nuit, la lumière et l’obscurité, le flux et le reflux de l’océan, toutes les révolutions de la lune, du soleil, des étoiles, tout se répète selon un rythme régulier. C’est la loi du Grand Souffle ; tout est dominé par elle, depuis l’atome jusqu’au Soleil central dans l’espace, A plus forte raison elle dirige l’enveloppe corporelle, l’enveloppe charnelle; et cette tendance à répéter ce qui y a été imprimé une fois, représente l’action de la loi rythmique dans une enveloppe particulière, reproduisant sans l’intervention de la conscience active de l’Ego, toutes les actions qui lui ont été antérieurement et à plusieurs reprises imposées par cette volonté délibérée. De même encore vous trouvez dans la troisième enveloppe intérieure ce que nous appelons « l’inslinct ». Je n’ai pas besoin d’entrer de nouveau dans les détails. Ici il y a l’action automatique avec la sensation en

plus ; mais l’analogie est parfaite. Nous voyons se répéter inconsciemment des actes qui ont été accomplis à maintes reprises. Si nous avançons encore, nous découvrons l’origine du troisième « moi » en partie conscient de lui-mème, parce qu’il se souvient partiellement. C’est la conscience du cerveau qui possède la mémoire, fragmentaire cependant, de la vie durant laquelle il a été à l’œuvre.

Vous trouvez en chacun de nous cette conscience cérébrale du « moi » basée sur une mémoire partielle, sur le souvenir de l’existence pendant laquelle le cerveau a servi d’organe au Penseur. Et ensuite il y a le « Moi » réel, dont la conscience peut s’étendre à toutes les existences passées, réceptacle de toutes les expériences amassées au cours de milliers d’incarnations. De tous les « moi » que voilà, un seul est le vrai « Moi > ; quand une enveloppe reflète son « moi » illusoire sur le vrai « Moi » , celui-ci prête sa propre conscience au reflet projeté sur lui par l’enveloppe ; ainsi s’explique cette apparente réalité, qui est une illusion, empruntée à la conscience unique celle-ci transfère sa propre individualité à ce qu’elle regarde comme une chose séparée, et donne au

redet qui est en elle-naèmeune apparence trompeuse de vie réelle. C'est ainsi qu’il peut vous arriver de prendre l’image qui est dans un miroir pour l’homme réel. Qu’une glace soit placée de façon à ne pas être reconnue comme telle, au bout d’un corridor par exemple, vous pourrez prendre ses reflets pour des objets placés au delà et vous attendre à les rencontrer en avançant ; ainsi chaque enveloppe réfléchit dans la conscience sa propre image, et l’Ego l’attribue à tort à la conscience.

Vous apprécierez maintenant quelle clarté cette manière de voir projette sur les restrictions de notre être et notre Karma individuel. Voyez combien l’Ego conscient doit être limité par l’action de ces enveloppes; voyez comment ce qu’il a fait dans le passé lui revient sous forme d’action automatique du corps physique ou astral, lui revient dans la Manomayakosha sous forme de sensations, de mouvements, d’instincts, tous amassés par lui dans son pèlerinage au cours de nombreuses existences; voyez comme toutes ces choses doivent le gouverner, le limiter, le commander, quand il descend dans ces enveloppes pour une vie donnée. Vous ne pouvez pas dissocier une incarnation d’une autre. Vous

ne pouvez pas traiter les vies humaines comme si elles représentaient des individus séparés. La vie où vous êtes actuellement n’est qu’un jour pour l’Ego. La mort, c’est la nuit qui le termine. La renaissance vient avec l’aurore, et commence un nouveau jour de vie. Et la prochaine mort sera comme la nuit pendant laquelle vous vous couchez pour dormir. Est-il possible de séparer aujourd’hui de demain? Pouvez- vous débarrasser le lendemain de toutes les obligations dont vous vous êtes chargés la veille? La nuit va-t-elle les effacer et vous en délivrer? N’êtes-vous pas paralysés et tenus par elles, et ne devez-vous pas les accomplir pièce à pièce, fragment par fragment? Vous n’êtes pas libres, parce que vous vous êtes liés, puisqu’une journée est conditionnée par les précédentes. Il en est de même des vies. Ces vies sont des journées, et ces morts sont des nuits, et elles sont liées les unes aux autres, et le Sutrâtmâ, râme-fil, les enchaîne toutes. Vous devez commencer à voir pourquoi vous êtes liés. Vous devez commencer à comprendre la réalité du Karma qui vous limite : mais en constatant cette limitation n’allez pas oubliei votre liberté. En reconnaissant l’enveloppe

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qui vous limite, ne perdez pas de vue TAtmâ qui la pénètre, et qui la modèle en la pénétrant. Vous êtes Almâ : « Tu es cela. » Etant Brahman, tu ne saurais être paralysé au point de ne pouvoir remuer. Voilà le paradoxe de notre esclavage en même temps que de notre liberté : être lié par les actes de son passé, mais au fond rester Brahman, qui ne connaît pas de limites et qui n’est mû que par sa propre nature. Quand donc l’harmonie sortira-t-elle de ce conflit? Évidemment, quand tout sera subordonné à la vie unique, quand tout proviendra de la vibration de l’intérieur. Voilà la fin de la lutte. Quand le Soi aura tout pénétré et dominé, quand il aura atteint la conscience dans les enveloppes supérieures, et, peu à peu, la conscience sur tous les plans, dès lors, toutes les vibrations provenant du dedans, et nulle vibration extérieure n’ayant plus le pouvoir d’introduire aucun trouble, il y aura harmonie et coordination parfaite d’enveloppe à enveloppe. C’est pourquoi le véritable Yoguî ne connaît pas d’inquiétude. C’est pourquoi le véritable Yoguî est toujours dans l'haraionie et la sérénité. Bien que les enveloppes soient là, nulle vibration extérieure n’est assez forte pour y apporter de

désordre ; bien que les enveloppes soient là, elles ne répondent à rien qui vienne du dehors. Elles connaissent leur Maître. Elles reconnaissent la main qui les tient. Elles sont comme les chevaux bien dressés d'un char, ne répondant qu’à la main du conducteur, main qui n’est plus crispée, mais légère et souple comme celle d’un enfant. Alors régnent Tharmonie parfaite, la paix et la béatitude.

Il ne nous reste plus qu’à étudier futilité des enveloppes. Pourquoi toute cette lutte et tout ce travail ? Pourquoi ces nombreuses enveloppes, et ces milliers de vies, et ces millions d’années ? Pourquoi ces innombrables successions de vies et de morts ? Pourquoi ee défilé interminable des jours et des nuits de Brahma ? Voyons si nous pourrons comprendre tout cela. Voyons si avec les connaissances que nous avons essayé d’acquérir ensemble, nous pourrons saisir quelque chose du but de l’univers, constater un résultat capable de justifier l’existence du monde. Nous avons vu qu’il y a une récolte de science. Mais dans quel but ? Cette récolte ne suffit pas par elle-même. Chaque enveloppe fait sa moisson de connaissance dans ce but :1a science doit subsister et être employée

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mais en même temps ce qui en est le matériel doit être impuissant à semer le désordre. Nous avons vu que Tunivers extérieur se manifeste à nos sens au moyen de vibrations, et que ces vibrations ébranlent Tenveloppe. Nous avons vu encore que, tandis que la connaissance est obtenue par ces vibrations de Tenveloppe répondant aux vibrations extérieures, dans le progrès et la croissance de l’Ego, de Tindividu, toute cette connaissance se reflète sous une forme idéale, et TEgo finit par comprendre qu’elle ne l’affecte pas lui-même mais qu’elle a été amassée pour servir. Tout le procédé du développement consiste en ceci : vous apprenez à toucher, vous apprenez à sentir, vous apprenez à connaître, puis, récoltant tout cela, vous en possédez la totalité à votre usage, mais elle a perdu le pouvoir de vous troubler et de vous enchaîner ainsi aux actes que vous accomplirez. Je crois pouvoir vous montrer facilement en quelques phrases les degrés de cette croissance. Reportez votre esprit à ce point de jonction dont je vous parlais hier, où rEgo-enfant,pour ainsi dire, naît de l’union de deux vies. Cet Ego ne sait rien du monde où il vient d’entrer ; c’est bien littéralement un Ego-enfant, inconscient de la loi, igno-

rant tout ce qui Tentoure. Il n'y a en lui que le désir, l’énergie expansive. Il sort, attiré. Quelquefois il jouit. Il sort de nouveau. Quelquefois il souffre. Il se rétracte. Il continue ainsi à maintes reprises, pendant toute la vie, et même pendant plusieurs vies, et après un temps considérable, comme je vous le laissais entrevoir, il commence à établir le lien entre la sensation agréable ou douloureuse et Tobjet extérieur; et c'est là la première pensée; cette pensée est une perception, c’est-à-dire la relation qui unit Tobjet et la sensation, et constitue le matériel au moyen duquel le raisonnement deviendra possible. En continuant ainsi, peu à peu TEgo-enfant commence à acquérir de Texpérience, et apprend l’existence de la loi. Pour ce petit Ego qui va passer de la première à la seconde enfance, le résultat de toutes ces sensations de plaisir et de douleur, de cette liaison de la joie et de la souffrance avec les objets extérieurs, du raisonnement sur ces données, est de lui apprendre qu'il se trouve dans un monde régi par une loi, et que partout ou il y a de la souffrance il s'est heurté à la loi ; c'est seulement par l'obéissance à la loi qu'il pourra éviter la peine et trouver cette harmonie qui est

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le plaisir. Bien des centaines de vies sont nécessaires pour bien se pénétrer de cela : bien des centaines de vies, au sens où nous comptons les vies, car pour le Soi, elles n’en sont qu’une. Au cours de chacune il y a des leçons à retenir. Tout comme dans l’existence actuelle nous sommes allés à l’école, tout comme nous avons passé de classe en classe à mesure que nous apprenions et devenions dignes d’aller plus loin, puis de récole au collège et du collège à la vie extérieure du monde, ainsi cet Ego, cet individu qui se développe au cours de beaucoup d’existences, passe d’une vie à l’autre, d’un degré au suivant; acquérant delà connaissance dans chaque vie, il revient plus sage qu’auparavant jusqu’à ce qu’il atteigne sa majorité et possède quelque notion du monde où il doit vivre et travailler ; il acquiert ensuite quelque chose de plus.

En employant ainsi les enveloppes, l’Ego maîtrise le désir par l’expérience ; car si beaucoup de désirs, en harmonie avec la loi, lui donnent du plaisir, il constate néanmoins que les désirs se changent parfois en sources fécondes de douleur, par la grande loi inhérente à tout ce qui n’est pas Brahman en tant que réalité, par la loi du changement, la loi de la lassitude. Vous goûtez un

plaisir légitime, et vous vous en fatiguez. Quand vous en avez joui à satiété, vous éprouvez un sentiment de dégoût, vous êtes las. Vous mangez avec un plaisir légitime, et Tappétit satisfait se détourne de ce quiTattirait. Il en est de même de toute satisfaction matérielle. Vous en jouissez, certes, mais finalement, vous en êtes rassasiés et ennuyés. C’est le seul moyen de vous débarrasser définitivement du désir. Le désir s’évanouit du jour où vous aurez compris que tous les désirs qui ne sont pas dirigés vers le Permanent contiennent un élément de souffrance. Quand vous découvrirez que jour par jour la joie est suivie de tristesse, vous vous direz : « A quoi bon jouir un instant pour être accablé ensuite ? Cherchons la joie là où elle est permanente, là où plus j’en aurai, plus seront profonds mon contentement, mon calme et mon bonheur. » Car il y a cette différence entre la béatitude matérielle et spirituelle, que l’une rassasie et dégoûte, tandis que l’autre augmente à chaque Consommation nouvelle. Et au delà de chaque accroissement il y a un accroissement encore plus considérable. C’est là la différence entre la vie du divin et celle du matériel, entre la vie du ^oi intérieur et I4 vie ces enveloppes

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rieures. Le désir ne sera jamais mort avant que cette leçon ne soit apprise, avant que le Soi ne se tourne en dedans vers son propre centre, qui est infini, en qui le bonheur ne peut jamais être épuisé ni perdu. Ainsi donc l’usage des enveloppes n’est pas seulement d’acquérir de la science, n’est pas seulement d’apprendre la loi du plaisir et de la douleur, mais encore de se débarrasser des racines du désir, condition indispensable pour qui veut atteindre la paix et la béatitude ineffables.

Et J’allais ajouter qu’elles ont une troisième raison d’ètre, la plus importante de toutes. Je dis que c’est la plus importante, parce qu’elle concerne tous les hommes et non l’individu. Elle concerne l’humanité et non l’homme seul. La troisième utilité de l’enveloppe, c’est que dans l’enveloppe vous pouvez sentir, et en sentant vous pouvez apprendre la sympathie, et en apprenant la sympathie vous pouvez venir à l’aide de ceux qui sont dans la douleur ; car souvenez-vous que la vie divine est une vie de don. Vous rappelez-vous ce qu’a dit Shrî- Krishna ? Qu’il n’est rien qu’il ait besoin de faire. Il agit, non pour lui-même, mais parce que s’il p’agissait pas, le monde entier s’arrête-

rait. Voici un enseignement encore plus élevé que ceux que nous avions obtenus. L’utilité des enveloppes est de nous permettre d’apprendre la sympathie par la souffrance, afin que, sachant ce que c’est que d’être dans l’angoisse, nous puissions donner du secours à ceux de nos compagnons qui n’ont pas appris la leçon. Nous sentons dans l’enveloppe. Comment sympathiserons-nous? La sympathie n’est parfaite que quand nous ressentons de la douleur dans l’enveloppe, quand celle-ci vibre à chaque palpitation d’agonie venue du monde extérieur, et quand cependant le Soi se reconnaît distinct d’elle ; quand il comprend la souffrance, la ressent dans l’enveloppe, sans être troublé en luimême par la vibration qui accable l’enveloppe dont iV est revêtu. Essayez d’approfondir cette pensée. Il est possible de ressentir la douleur avec la plus profonde intensité. Il est possible de sentir tout son propre monde palpiter d’une telle agonie et d’une telle angoisse que toute notre volonté soit nécessaire pour les maîtriser. Il se peut que la Manomayakosha soit pénétrée de douleur, que chaque fibre soit tendue presque au point de se briser : et que pourtant le Soi intérieur, connaissant cette souffrance qu’il

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ressent par réflexion et parfaitement conscient de chaque palpitation d’agonie, reste neanmoins absolument tranquille, calme et immuable. Aucune douleur n^Le touche, bien que la douleur soit ressentie dans l’enveloppe ; Il peut agir avec une tranquillité parfaite, avec une parfaite sagesse, sans être aveuglé par la souffrance ni bouleversé par l’angoisse, et par conséquent se vouer au service de l’humanité, avec toutes les énergies qu’/Z épanche et toutes les forces qu’/Z possède. Voilà le triomphe.

Quand après des milliers de vies l’homme a atteint un certain degré de développement, quand après des milliers de vies l’homme a atteint ce qu’on appelle en termes théosophiques l’entrée du Sentier, alors le Gourou s’avance pour prendre cet homme par la main, le mener dans la voie du disciple et lui donner les dernières leçons qui lui permettront de comprendre les enveloppes et le Soi ; sur ce Sentier, en compagnie du Gourou qui le guide, il marche encore pendant quelques existences, apprenant ces leçons suprêmes ; quand il les a apprises, quand tout en étant là dans les enveloppes, il est pourtant, par une étrange distinction, séparé d'elles, alors arrive enfin l’instant où l’Ame, le

Soi individualisé, absolument libre de tout désir tout en demeurant dans les enveloppes, peut aller en avant vers la liberté ou revenir en arrière pour aider le monde. S’il le veut, il a le droit de poursuivre en avant dans la béatitude, en avant dans la toute-conscience, en avant, ayant conquis toutes les régions de l’univers , dans l’IInique, l’illimité, le Tout. Ou bien, s’il le préfère, il peut retourner en arrière ; non pas pour reprendre des liens, non pas pour être enchaîné de nouveau, non pas pour que le désir le saisisse et l’attache à la naissance et à la mort ; mais par un choix volontaire, par une décision spontanée, parce qu’il s’est dit; « Je n’aurai pas la paix définitive tant qu’elle ne sera pas partagée par mes frères; je n’aurai pas de liberté finale à laquelle ils ne prennent point de part, ni de joie qui ne soit la leur. Je ne veux point accepter le Nirvâna pour moi-même et laisser mes frères dans les liens de la naissance et de la mort, dans leur ignorance et leur obscurité, dans leur abandon et leur folie. Si j’ai atteint la sagesse, c’est pour les éclairer. Si j’ai gagné de la force, c’est pour leur service. Si j’ai appris à vibrer à l’unisson de l’angoisse humaine, à quoi bon rejeter les enveloppes et m’eit aller ofi aucuqe

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angoisse n’a de raison d’ètré? Je veux rester où je suis et travailler pour l’horame. Chaque douleur de l’homme me frappera. Chaque angoisse de l’homme me touchera, et me tordra le cœur. Chaque folie des hommes sera ma folie, par identification avec l’humanité, et chacun de leurs péchés et de leurs crimes sera ma souffrance jusqu’à ce que nous soyons libres tous ensemble. » Voilà ce que nous appelons le Maître. Voilà le Mahâtmâ de l’Hindou, l’Arhat du Bouddhiste, le Soi suprême et libéré qui reste volontairement dans les enveloppes aussi longtemps que ses frères sont en esclavage, qui se met au service de l’humanité par un acte de renoncement suprême, qui demeure en servitude jusqu’à ce que tous soient libres, et n’entrera en Nirvâna que quand tous pourront y entrer la main dans la main avec lui.

'fel est le but des enveloppes ; tel est le glorieux triomphe : telle est la fin sublime. Quand le Manvantara sera terminé, il y aura des millions d’individus comme floraison de ce Manvantara, et, à leur tête, ces Êtres triomphants qui les auront menés eu avant, qui les auront conduits vers le repos, vers le Nirvâna que les paroles ne peuvent décrire, vers le lieu de paix,

de tranquillité et d’omniscience réservé à l’hu¬

manité. Et ensuite, ceux qui auront triomphé rapporteront de Tautre côté leur mémoire, leur individualité et leur science, pour la construction d’un autre univers, pour la formation d’une race nouvelle. Ils sont les fils du Mental, ceux' qui sont venus au secours du monde, pour que les Ego-enfants puissent naître, et de non-* veaux individus faire leur apparition. Ainsi les Malîâtmâs du présent Manvantara reviendront pour ainsi dire en qualité de Dieux pour la construction de mondes nouveaux. Voilà ce qui est possible à tous ceux qui choisissent l’ensemble de préférence à l’individu, l’amour de préférence à l égoïsme, le service de préférence au gain. Il faut commencer aujourd’hui. Il faut commencer dès cette vie, dans nos devoirs envers femme et enfants, envers la nation et l’humanité. Un grand Être ne saurait se former si les plus petites obligations n’ont été accomplies d’abord, et ce qui est à la fin un Mahâtmà a été au commencem ‘ ^ hasta, vivant

chez lui dans l’esprit , /

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