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Le soir de ma journée

On a bien voulu me demander mes mémoires , tout comme si j'étais le capitaine Goignet. Ce ne sont pas des mémoires que j'écris ; ce ne sont pas non plus des réflexions mélancoliques sur les derniers événements de ma vie.

Je suis comme un ouvrier pour qui l'âge du repos est venu, et qui, s'arrètant sur le seuil de l'atelier qu'il ne franchira plus, se rappelle toute sa vie de travail et ses joies mêlées de misères.

Ceux qui ont lu mes premiers livres liront aussi le dernier. Ils me feront un bout de conduite avant de quitter leur ami. et de l'oublier suivant les sages lois de la nature.

J'ai vu trois phases de la vie sociale : le retour offensif de l'aristocratie, la lutte et le triomphe de

(1) Le volume qui précède celui-ci a pour titre : Premières Années.

a LE SOIR DE MA JOURNEE

la bourgeoisie, les premières aspirations et les premiers mécomptes de la démocratie.

De ces trois mouvements, le premier n'est plus qu'un souvenir ; le second, quoiqu'il occupe encore la scène, est menacé de péinr. On ne sait ce qu'apportera le troisième.

J'appartiens à chaque parti par quelque côté, car je suis un bourgeois, car j'ai certains goûts aristocratiques et beaucoup d'aspirations populaires. Mais je me hâte d'avertir qu'il ne s'agit pas de ce que je suis ni de ce que j'ai fait, mais seulement de ce que j'ai vu. Je ne comparais que comme témoin.

Jules SIMON.

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