SCÈNE X
Les Mêmes, CAROLINE.
CAROLINE, paraissant à la fenêtre basse. O ciel!., un homme sans connaisance... si c'était le besoin... [Elle rentre et reparaît presqu' aussitôt, apportant une bouteille de vin dont elle lui fait boire quelques gouttes. L'examinant ensuite, et pendant que M. Robert revient lentement d lui.) Le malheureux! peut-être la fatigue...
M. ROBERT, sans la voir et avec accablement. Déserteur!..
CAROLINE, vivement surprise, et à part. Que dit-il!., si quelque autre que moi... il serait perdu !
M. ROBERT, avec douleur. Condamné!.. (// lève les yeux sur Caroline, parait avoir rassemblé ses idées, prend sa main qu'il baise avec reconnaissance, puis avec des larmes.) Ah ! pourquoi votre pitié m'a-t-elle secouru!
CAROLINE, avec intérêt. Ne parlez pas ainsi, j'éprouve une si douce joie d'avoir pu vous être utile!
M. ROBERT, avec douleur. Utile !.. en prolongeant mes souffrances!..
CAROLINE , bas et en observant autour d'elle. Et si au contraire, la providence m'avait amenée vers vous pour la faire cesser?. .
M. ROBERT, surpris. Quel langage...
CAROLINE. Je ne vous demande pas votre secret ; quelques mots qui viennent de vous échapper, m'ont, je crois, suffisamment instruite ; je ne vous ferai qu'une question, répondezy franchement, monsieur : Si je vous procurais un uniforme exactement semblable à celui de ces soldats, serait-ce vous obliger?
M. ROBERT, très vivement. Que dites-Tous, un uniforme !. . grand Dieu! quelle pensée... je pourrais... Ah! si cela était en votre pouvoir, je vous devrais plus que la vie, jugez si je croirais m'acquitter en payant au poids de l'or...
11 lui offre sa bourse.
CAROLINE, refusant. Je ne vous aï proposé qu'un service... des circonstances qu'il vous importe peu de connaître, ont fait tomber cet habit dans mes mains; j'allais le détruire pour qu'il ne compromît pas un autre infortuné, je vais vous le donner, monsieur; qu'il sauve un de mes compatriotes, et je serai encore trop heureuse !..
Elle rentre vivement chez elle.
M. ROBERT, seul sur le devant de ta scène, et encore dans Cétonnement où Cont jeté les paroles de Caroline. Oh ! mais c'est un rêve!., un pareil secours, et au moment où j'étais sans espoir... Ah! merci, mon Dieu ; car, e'est vous qui avez jeté cette femme, ou plutôt cet ange, sur mes pas; merci pour mon fils; car, maintenant, je suis certain qu'il ne le condamneront pas !
A ce moment Caroline rouvre la fenêtre et lui remettant un habit et un chapeau enveloppés dans un mouchoir.
CAROLINE. Entrez dans cette cour... (Elle lui désigne celle attenant à la maison.) vous y trouverez aussi des armes : prenez garde d'être aperçu, et que le ciel vous protège...
Elle referme la fenêtre et disparaît.