SCENE III
Les Mêmes, M. ROBERT, LYONNIS.
A cet instant la porte s'ouvre, Jules va tirer, mais il reconnaît ces nouveaux personnages en même temps qu'il en est reconnu et tous jettent à la fois un cri d'étonnement.
JULES, en même temps et laissant tomber ses armeé. Mon père!..
Il se précipite à ses pieds.
CAROLINE, àpirt. Lyonnis! .
M. ROBERT. Mon fils!..
A ce mot qui la frappe , Caroline s'incline aussi respectueusement devant M. Robert qui, attendri et cédant à un premier mouvement , relève ses enfans et les presse dans ses bras , tandis que Lyonnis les contemple avec l'expression de l'intérêt et de la surprise. Mais à ce tableau de bonheur succède bientôt la plus vive inquiétude : Jules n'a pu supporter l'émotion que lui a causé la vue de son père , il s'évanouit.
CAROLINE, vivement. O ciel! il perd connaissance!..
M. ROBERT , se joignant à elle et à Lyonnis qui lui prodiguent leurs soins Le malheureux!... Réduit à ne pouvoir supportei les regards de son père!.. 11 faut qu'il soit bien coupable!
LYONNIS. Monsieur, de l'indulgence...
CAROLINE. Oh ! oui, car il est bien à plaindre; et ce n'est pas sur lui seul que doivent retomber vos reproches. Le ciel m'est témoin qu'aujourd'hui seulement j'ai su quel sacrifice il m'a fait; mais si je ne l'avais pas aimé, il serait resté fidèle à son devoir : accablez-moi donc de votre colère, de votre mépris , je ne murmurerai pas, je les mérite; mais lui, il ne peut avoir perdu ses droits à votre tendresse?... car cette lettre vous le prouvera, monsieur, il y était résolu, il se séparait de moi pour aller leur livrer sa vie; et , si tout à l'heure il voulait se défendre lorsque vous êtes entré, c'est que le désespoir s'était emparé de lui, c'est que privé de cet uniforme, et voyant l'impossibilité d'exécuter ce projet, il préférait la mort à la honte. M, ROBERT, qui a parcouru la lettre. Pauvre femme ! LYONNIS, soutenant Jules. Il revient à lui... M. Robert, l'auriez-vous pressé dans vos bras, sans lui accorder son pardon? M. ROBERT. Excellent jeune homme! vous me priez aussi, vous, à qui je sais maintenant tout ce qu'il a fait perdre.
LYONNIS. Je n'étais pas aimé, monsieur, je n'ai donc pas même le mérite d'être généreux.
CAROLINE. Ah! monsieur, cette noble conduite vous assure du moins toute mon estime et ma reconnaissance !
JULES, rouvrant les yeux, mais sans les porter encore sur aucun objet. Est-ce une illusion?... il m'avait semblé que là, il n'y a qu'un instant... Oh ! non, ce serait trop de bonheur !
CAROLINE, avec tendresse. Non, non mon Jules, tu ne t'es pas abusé; le ciel nous a pris en pitié, il nous accorde même plus que nous n'espérions!., celui que j'ai secouru, c'était ton père. .. ton père qui t'a sauvé !
JULES , vivement. Qu'entends-je !..
M. ROBERT, lui tendant les bras et tenant déjà Caroline. Mon fils!... mes enfans!...
JULES, avec émotion et après qu'ils se sont embrassés. Ce n'est point un rêve !.. et le courroux n'est point dans vos yeux ! . . . je suis sur votre cœur... J'ai senti vos larmes... [pleurant aussi : ) ah!... ah! mon père, tant de bonté m'accable!... (apercevant Lyonnis) Et vous, Lyonnis, vous que j'ai compromis, offensé... LYONNIS, lui tendant la main. On ne se venge pas d'im ami malheureux...
JULES. Eh bien! alors, que je vous doive un dernier service : en s' exposant pour moi, mon père m'a sauvé l'honneur et la vie; mais chaque jour peut amener une bataille, et vous jugez si je puis souffrir que son sang coule en échange du mien ?... Maintenant qu'il m'a pardonné et que je suis sûr de l'intérêt que ma Caroline lui inspire, je ne forme plus qu'un vœu, c'est celui de me rendre digne de vous tous, Lyonnis. Dfonlei ma
cause auprès du colonel; peignez-lui mon repentir, obtenez que je reprenne ma place dans les rangs de mes frères, et diteslui que pour prix de celte grâce, s'il est un message périlleux ;'t remplir, un poste dangereux à occuper, jedemande, je le supplie qu'il me choisisse.
M. ROBERT, avec joie. Bien!... bien mon Jules! je ne doute plus de toi. Et vous, chère Caroline, vous que j'adopte pour ma fille, affermissez-le dans la noble résolution qu'il vient de prendre; car de ce moment seul vous pouvez avouer votre amour. Quant aux dangers auxquels il s'exposerait , imitezmoi, ne les redoutez paS"; le ciel est en aide aux vrais braves!
LYONNIS, regardant au fond. On vient de ce côté.... c'est justement le colonel: rentrez, Jules; vous aussi, M. Robert, et comptez sur mon zèle comme sur mon amitié.