‹ Le soldat de la République;Chapitre 17 sur 29 · JULES, CAROLINE · texte numérisé non relu

JULES, CAROLINE

JULES, continuant, à cette dernière qui vient d'entrer en scène. Ah ! réponds, ce vêtement que j'avais caché là, est-cc-toi...

CAROLINE, naïvement. Oui, mon ami; ce que tu m'as confié me causait tant d'inquiétude!... Tu juges si mes recherches ont été promptes. . .

JULES, très vivement. Et tu l'as ifàfnvt ?

CAROLINE étonnée. Mon; j'allais re faire, mais au moment. ...

JULES, avec joie. Je respire !... Donne-le-moi donc, il me le faut.

CAROLINE, avec inquiétude. Que dis-lu?...

JULES. Oh ! ne cherche pas à me faire changer de résolution ; j'y ai mûrement réfléchi, et elle m'est dictée par ma conscience Comme aussi par mon amour pour toi. Cette lettre apprend tout à mon père ; c'est à lui que je te confie , c'est lui qui te protégera.

CAROLINE. Nous séparer! ohî jamais.

JULES. Mon amie , ce parti est celui du désespoir ; mais songes-y bien, il est pourtant le seul qui puisse nous sauver, car ce n'est qu'en reparaissant sous mon drapeau que je puis peutêtre encore échapper au châtiment que déjà je mérite.

CAROLINE. Non, non, ce matin tu ne le croyais pas, tu cherches à m'abuser par un espoir que tu n'as pas toi-même. C'est pour moi que tu t'es rendu coupable, et c'est encore pour moi que maintenant tu veux te perdre? N'espère pas accomplir ce projet; j'ai la moitié des torts, il me faut la moitié du péril : si tu te livres et qu'ils te condamnent, je reste; je t'accompagnerai au supplice , et leurs balles ne t'atteindront qu'après m'avoir aussi frappé sur ton cœur.

JULES, vivement. Ah! ne parles pas ainsi; tu m'ôterais mon courage. Chère Caroline , tu ne veux pas ajouter à ma souffrance l'horrible crainte de te laisser dans une position plus affreuse que la mienne ? £h bien! prends cette bourse, cette lettre, retourne en France, cours à Paris... Nous nous reverrons, Dieu le permettra sans doute; mais donne-moi cet habit, oh! donnele-moi, je t'en conjure, car il me semble que chaque minute de retard accroît nos dangers et tue mon espérance.

CAROLINE. De l'espérance ! Il n'en faut plus avoir puisque tu ne veux pas fuir... . Cet habit que tu me demandes, je ne l'ai plus; je l'ai donné

JULES si upè fait. Donné!

CAROLINE. Oui; au moment où j'allais le détruire, un infortuné, un Français était là, sous nos fenêtres, expirant de douleur et de fatigue; aux mots entrecoupés que lui arrachait le désespoir, j'ai jugé que sa position était la même que la tienne; j'ai pensé à toi^ et je le lui ai offert, croyant que je vous sauvais tous deux.

JULES. Malheureuse ! tu m'as perdu et lui aussi peut-être.... Cet uniforme est marqué de mon nom, et à la première inspection on peut s'apercevoir...

CAROLINE, avec effroi. Grand Dieu! perdus!., et par moi...

JULES, avec douleur. Ainsi mon repentir aura été sans fruits !

j'aurai voulu réparer mon crime, et un hasard affront, un ><>ri filial plus fort que ma volonté, m'en aura oté les moyens!... Il faudra que je fuie malgré moi, ou que j'attende qu'on vienne m'arracher de ces lieux pour me l rainer au supplice!...

CAROLINE, avec désespoir. Tu me fais frémir! (faisant quelques pas au fond et regardant avec inquiétude à l'une des fenêtres : ) O ciel! des soldats parcourent la rue... en voici qui se dirigent vers notre demeure...

JULES, vivement. Des soldats !.. . Déjà découvert !. .Ah! qu'ils ne pénètrent pas ici!... En me livrant librement, je pouvais affronter la mort parce que c'eût été celle des braves; mais me laisser arrêter comme un lâche... oh! non; j'ai là des armes, et malheur, malheur à eux !..

Il court vers l'armoire, repousse Caroline qui se jette au-devant de lui , et saisissant deux pistolets qu'il arme, il se place en face de la porte d'entrée.

CAROLINE, hors d'elle. Que vas-tu faire?.. JULES, de même. Me défendre et me faire tuer plutôt que de tomber dans leur mains.

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