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MOUVEMENT DE TRANSLATION DU SOLEIL DANS L’ESPACE

Opinion de Lalande sur la probabilité d'un mouvement de translation du Soleil ; liaison de ce mouvement avec la rotation. — Aperçus de Lambert. — W. Herschel résout le problème; point vers lequel se dirige le système solaire. — Le mouvement universel.

Ainsi, non-seulement nous savons que le Soleil est une étoile, mais encore nous pouvons dire quelle est sa situation dansl’univers sidéral ; il fait certainement partie de l'immense agglomération d’étoiles, d’amas d'étoiles et de nébuleuses, connue sous le nom de Voie lactée, t

Il reste à savoir si nous sommes immobiles ou en mouvement dans cette fourmilière d’étoiles. Je dis. notes, parce que la Terre et toutes les planètes, si le Soleil se meut, le suivent nécessairement dans sa pérégrination interstellaire.

Déjà nous avons vu que le Soleil a un mouvement de rotation sur lui-môme. Eh bien, ce seul fait eût suffi, à défaut d’observation directe, pour rendre extrêmement probable le mouvement de translation dont on va voir qu’il est animé. Dès 1776, Lalande avait soupçonné ce mouvement, et fait voir sa liaison nécessaire et logique avec le mouvement de rotation ; voici en quels termes il exprimait cette opinion dans l 'Encyclopédie méthodique :

« La rotation du Soleil, disait-il, indique un mouvement de translation ou un déplacement du Soleil qui sera peut-être un jour un phénomène bien remarquable dans la cosmologie. Le mouvement de rotation considéré comme l’effet physique d’une cause quelconque est produit par une impulsion commu-

niquée hors du centre ; mais une force quelconque imprimée à un corps et capable de le faire tourner autour de son centre, ne peut manquer aussi de déplacer le centre, et l’on ne saurait concevoir l’un sans l’autre. Il est donc évident que le Soleil a un mouvement réel dans l'espace absolu ; mais comme nécessairement il entraîne la Terre, de même que toutes les planètes et les comètes qui tournent autour de lui, nous ne pouvons nous apercevoir de ce mouvement, à moins que, par la suite des siècles, le Soleil ne soit arrivé sensiblement plus près des étoiles qui sont d’un côté que de celles qui sont opposées; alors les distances apparentes des étoiles entre elles auront augmenté d’un côté et diminué de l’autre, ce qui nous apprendra de quel côté se fait le mouvement de translation du sytème solaire. Mais il y a si peu de temps que l’on observe, et la distance des étoiles est si grande, qu’on ne pourra de longtemps constater la quantité de ce déplacement. » Fontenelle,Bradley, Tobie Mayer, Lambert avaient également entrevu comme une hypothèse probable le mouvement de translation du Soleil, mais sans la formuler d’une manière aussi précise. « Chaque étoile fixe, dit Lambert dans ses Lettres cosmologiques, a dans les plaines de l’espace son orbite tracée, qu’elle parcourt en traînant à sa suite tout son cortège de planètes et de comètes. Si l’on pouvait démontrer que tout corps qui tourne sur son axe doit aussi se mouvoir dans une orbite, on ne pourrait plus disputer à notre Soleil ce dernier mouvement puisqu’il a le premier. Il y a apparence que le mécanisme du monde exige la liaison de ces deux mouvements, quoique nous n’en voyons pas distincte-

ment la cause. Ce qu’il y a de certain, c’est que le Soleil se déplace. ...» Parlant plus loin des mouvements propres des étoiles, il ajoute : <c Comme ce déplacement apparent des étoiles fixes dépend du mouvement du Soleil aussi bien que du leur propre, il y aurait peut-être moyen -de conclure de là vers quelle région du ciel notre Soleil prend sa course. Mais que de temps ne s’écoulera-t-il point avant que nous connaissions celui de la révolution du Soleil ! Une année platonique (26,000 ans) y suffirait-elle? Peut-être que, dans une pareille année, il ne parcourt qu’un signe de son zodiaque. »

Dans tout ceci, on le voit, il ne s’agit que de prévisions théoriques, de conjectures. 11 était réservé à W. Herschel de les appuyer le premier sur la base solide des observations, et il faut avouer que c’était une tâche plus ardue que celle de concevoir l’hypothèse elle-même, quelque élevée qu’elle fût à l’époque où elle fut mise au jour pour la première fois.

De quoi s’agissait-il , en efl’et ? De démêler, au milieu des mouvements apparents ou réels dont les étoiles sont affectées, le mouvement d’ensemble que doit produire, pour un observateur terrestre, le déplacement supposé et encore inconnu en direction du système solaire dans l’espace. La précession des équinoxes, la nutation, le mouvement annuel de la Terre autour du Soleil, l’aberration de la lumière sont autant de causes qui modifient, dans un sens ou dans l’autre, les positions des étoiles, jadis supposées fixes, sur la voûte étoilée. Chacune d’elles, en outre, a probablement un mouvement propre, comme on l’a constaté pour un certain nombre d’entre elles,

lequel indique une véritable translation dans l’espace. Imaginons qu’on ait déterminé la part qui revient à chacune de ces causes, et qu’on lui ait assigné sa vraie grandeur, puis, qu’on en fasse abstraction ; que restera-t-il ? Plus rien, si le Soleil est immobile ; mais, si, au contraire, il est entraîné, avec tout son cortège de planètes, vers une certaine région du ciel, on trouvera nécessairement pour résidu de tous les autres déplacements, apparents ou réels, un mouvement d’ensemble. Dans la direction de la plage stellaire vers laquelle il s’avance, les étoiles sembleront s’éloigner les unes des autres : leurs distances angulaires s’élargiront à mesure que le système solaire se rapprochera, tandis qu’à l’opposé il y aura un mouvement de convergence; les étoiles se resserreront, par le fait seul que nous nous en éloignerons de plus en plus.

C’est ainsi qu’un voyageur qui, au centre d’une vaste plaine, s’avance en ligne droite sur une route aboutissant à deux points extrêmes de l’horizon, voit au-devant de lui tous les objets, d’abord rapprochés, s’écarter peu à peu, tandis que derrière lui ceux qu’il quitte se rapprochent progressivement, par un effet de perspective aisé à comprendre. Sur les côtés, les arbres sembleront fuir en sens inverse de sa marche. Tons ces mouvements apparents, en sens divers ont entre eux et avec la direction de la route et la vitesse du voyageur, des rapports déterminés, de sorte- que, si celui-ci n’avait pas con- science de son propre mouvement, la corrélation dont il s’agit suffirait pour le faire reconnaître.

On voit que si le problème à résoudre était théoriquement très-simple, la solution par l’observation

directe était, au contraire, d’une grande complexité. Avec sa hardiesse et sa persévérance ordinaires, W. Herschel l’aborda, et dès 1783, il annonçait que la question était résolue, ou pour le moins largement ébauchée II avait conclu de la discussion des mouvements propres d’un petit nombre d’étoiles que le Soleil marche vers l’étoile X de la constellation d’Hercule, en un point du ciel qui, à cette époque, avait 257° d’ascension droite et 25° de déclinaison boréale.

Cinquante ans plus tard, Argelander 1 reprit, sur de nouvelles données, plus nombreuses et plus précises, la détermination du point de convergence. Puis vinrent Bravais, Otto Struve, Gauss, Galloway, dont les recherches ne firent que confirmer celles d’Herschel et d’ Argelander. Les calculs combinés de Struve et d’ Argelander donnent au point en question la position suivante pour l’époque 1840 i

Ascension droite 259° 35', 1

Déclination boréale 34° 33', 6

Struve réussit en outre à déterminer la vitesse du mouvement de translation. Vu de face, d’un point situé à la distance moyenne des étoiles de première grandeur, le chemin parcouru en une année par le Soleil aurait une valeur angulaire de 0”,34, ce qui équivaut au nombre 1,623, le rayon moyen de l’orbite de la Terre étant pris pour unité. En résumé :

« Le mouvement du système solaire dans l’espace est dirigé vers un point de la voûte céleste, situé sur la ligne droite qui joint les deux étoiles de troi-

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