LES TÉNÈBRES
« J’eus un rêve qui n’était pas tout entier un rêve.
« Le Soleil brillant était éteint, et les étoiles 1 erraient obscurément dans l’éternel espace, dépouillées de leurs rayons et sans suivre de route réglée ; et la terre glacée flottait aveugle et noire dans l’air que la Lune n’éclairait pas ; le matin venait, s’en allait, — et revenait sans amener le jour; et les hommes avaient oublié leurs passions dans la terreur de cette désolation; et tous les cœurs, glacés, dans une prière égoïste, imploraient la lumière; et ils vivaient autour de grands feux allumés; — et les trônes, les palais des rois couronnés, — les cabanes, les habitations de tout genre, étaient brûlés pour éclairer les ténèbres; les villes étaient devenues la proie de l’incendie, et les hommes étaient rassemblés au- , tour de leurs demeures embrasées pour se regarder les uns les autres encore une fois. Heureux ceux qui vivaient à proximité des volcans et de leurs cimes lumineuses !
« Un effrayant espoir était tout ce qui restait au monde ; les forêts étaient livrées aux flammes, — mais d’heure en heure on les voyait tomber et disparaître, — et les troncs pétillants s’éteignaient avec un der-