‹ Le SoleilChapitre 23 sur 35 · C’est des planètes sans doute que Byron veut parler ici · texte numérisé non relu

C’est des planètes sans doute que Byron veut parler ici

nier craquement, — et puis tout redevenait ténèbres. Leur lumière désespérante, tombant en éclairs passagers sur le visage des hommes, leur donnait un aspect qui n’était pas de ce monde; les uns, étendus à terre, cachaient leurs yeux et pleuraient; d’autres appuyaient leurs mentons sur leurs poings fermés et souriaient; d’autres enfin couraient çà et là, alimentaient les bûchers funèbres, et regardaient avec inquiétude le ciel monotone étendu comme un drap mortuaire sur l’univers décédé *; puis ils se roulaient dans la poussière en blasphémant, grinçaient des dents et hurlaient; les oiseaux effrayés jetaient des cris, voltigeaient sur la terre et agitaient leurs ailes inutiles; les animaux les plus sauvages étaient devenus timides et tremblants; et les vipères rampaient et s’entrelaçaient au milieu de la foule ; elles sifflaient, mais ne piquaient pas : — on les tuait pour les manger. , ■

« Et la Guerre, qui s’était quelque temps reposée, recommençait à se gorger de carnage ; — un repas était acheté avec du sang, et chacun rassasiait à part son appétit farouche et sombre. Plus d’amour ; toute la terre n’avait qu’une pensée, — celle de la mort et d’une mort immédiate et sans gloire. — Toutes les entrailles étaient en proie aux tortures de la faim ; les hommes mouraient, et leurs os comme leur chair restaient sans sépulture; maigres et décharnés, ils se dévoraient entre eux; les chiens eux-mêmes attaquaient leurs maîtres, tous, un seul excepté; resté auprès d’un cadavre, il en écarta les oiseaux, les

1. Si le Soleil seul était éteint, nous aurions encore le magnifique spectacle du ciel étoilé, mince consolation, il est vrai, pour une population d’affamés et de gelés.

animaux de proie et les hommes affamés, jusqu’à ce que la faim les eût fait succomber eux-mêmes, ou que d’autres morts alléchassent leurs maigres mâchoires; lui-même ne chercha aucune nourriture; mais, exhalant un hurlement plaintif et prolongé avec un cri rapide de douleur, il mourut en léchant la main dont les caresses ne lui répondaient plus.

« Peu à peu, la famine moissonna la foule; d’une cité populeuse , deux hommes seulement vivaient encore, et ils étaient ennemis : ils se rendirent tous deux derrière les cendres mourantes d’un autel où une multitude de choses saintes avaient été entassées pour un usage sacrilège; transis de froid, de leurs mains glacées et décharnées ils grattèrent les cendres encore chaudes, et leur faible souffle, en quête d’un peu de vie, parvint à faire une flamme qui à peine en était une; sa lueur s’étant un peu augmentée, ils levèrent les yeux l’un vers l’autre, — se virent, jetèrent un cri, et moururent; — ils moururent au spectacle de leur laideur mutuelle, chacun d’eux ignorant qui était celui sur le front duquel la famine avait écrit : « Maudit ! »

« Le monde était désert; les pays populeux et puissants n’étaient plus qu’une masse inerte où il n’y avait ni saisons, ni végétation, ni arbres, ni hommes, ni vie, — une masse de mort, — un chaos « d’argile durcie. Les fleuves, les lacs et l’Océan étaient immobiles, et rien ne remuait dans leurs silencieuses profondeurs; les navires sans équipages pourrissaient sur la mer, et leurs mâts tombaient pièce à pièce; en tombant, ils dormaient sur l’ablme que rien ne soulevait plus; les vagues étaient mortes ; les marées étaient dans la tombe, où les

avait précédées la Lune, leur reine ; les vents s’étaient flétris dans l’air stagnant, et les nuages n’existaient plus; les ténèbres n’en avaient plus besoin.

« Les ténèbres étaient l’univers ! b

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