DÉCOUVERTE DE LA ROTATION
Enfin, il en survint une troisième ; la première disparut d’abord, et les autres quelques jours après. Je flottais entre l’espérance et la crainte de ne pas les revoir; mais, dix jours après, la première reparut à l’orient. Je compris alors qu’elle faisait une révolution, et depuis le commencement de l’année je me suis confirmé dans cette idée, et j’ai fait voir ces taches à d’autres, qui en sont persuadés comme moi. Cependant j’avais un doute qui m’empêcha d’abord d’écrire à ce sujet, et qui me faisait même repentir du temps que j’avais employé à ces observations. Je voyais que ces taches ne conservaient pas entre elles les mêmes distances, qu’elles changeaient de forme et de vitesse ; mais j’eus d’autant plus de plaisir, lorsque j’en eus senti la raison. Comme il est vraisemblable, par ces observations, que les taches sont sur le corps même du Soleil, qui est sphérique et solide, elles doivent devenir plus petites et ralentir leurs mouvements, lorqu’elles arrivent sur les bords du Soleil. Nous invitons les amateurs des vérités physiques à profiter de l’ébauche que nous leur présentons : ils soupçonneront sans doute que le Soleil a un mouvement de conversion, comme l’a dit Jordanus Bruno (dans son Traité sur l’univers, publié en 1591) et en dernier lieu Képler, dans son livre sur les mouvements de Mars, car, sans cela, je ne sais ce que nous ferions de ces taches. »
Si Fabricius, comme on le voit par ce passage que cite Lalande, a bien nettement observé les mouvements apparents de taches noires à la surface du Soleil, et proposé comme explication probable le mouvement de rotation (ou de conversion) de l’astre, Galilée a été plus précis et plus explicite. Il a fixé
la durée de la période de visibilité des taches, qui est de 14 jours environ. Il a réfuté l’hypothèse du jésuite Scheiner qui croyait les taches éloignées du Soleil, les assimilant à des planètes tournant autour du Soleil et nous présentant leurs faces obscures, comme il arrive de Mercure et de Vénus aux époques de leurs passages au-devant du disque solaire.
Scheiner fut convaincu par les raisons de Galilée; il fit lui-même un nombre considérable d’observations, qu’il consigna dans un in-folio de 800 pages, publié en 1630 sous le titre de Rosa ursina, sive Sol ex admirando facularum et macularum phœnomeno varius.
La rotation du Soleil fut ainsi découverte un demisiècle environ avant celle des planètes Vénus, Mars et Jupiter, et du même coup se trouva radicalement ébranlée une vieille idée que nous avaient léguée les anciens, celle de l’incorruptibilité des cieux ou des astres. Le Soleil lui-même, ce foyer de lumière, ce type de la pureté absolue, fut reconnu avoir des taches, et, comme nous l’allons bientôt voir, des taches variables, mobiles, indices de changements incessants à sa surface.