INTRODUCTION A LA PRÉSENTE ÉDITION
L'accueil favorable que cet Ouvrage a reçu des savants m'a encouragé à le perfectionner en lui donnant de nouveaux développements ; ce n'est donc pas simplement une seconde édition que nous offrons au public, c'est un ouvrage complètement refondu et presque entièrement nouveau.
Au moment où parut la première édition, la Science, récemment enrichie d'une découverte féconde, mettait à profit ses nouvelles ressources pour faire des progrès rapides et nombreux : aussi notre Ouvrage se trouva-t-il bientôt en arrière. Dans l'édition allemande faite par M. Schellen, j'ai cherché à combler un grand nombre de lacunes ; mais les découvertes se succédaient si rapidement, qu'il fallut reléguer dans un Appendice celles qui s'étaient faites pendant l'impression de l'Ouvrage. A cette époque, un grand nombre de faits intéressants demeuraient encore isolés les uns des autres, sans lien commun qui servît à les réunir en corps de doctrine. Les années qui viennent de s'écouler ont comblé plusieurs de ces lacunes : par exemple, la théorie des éruptions
solaires était à peine ébauchée; nous ne prétendons pas qu'elle soit complète aujourd'hui, mais elle a certainement fait de grands progrès, et nous commençons à voir les relations qui existent entre les mouvements éruptifs et les autres phénomènes de la Physique solaire. Ces questions étaient à peine indiquées dans la première édition ; nous les avons traitées dans celle-ci avec tous les développements qu'elles comportent.
Nous avons aussi donné une plus grande étendue à l'historique de plusieurs découvertes, et nous pensons avoir ainsi satisfait aux plaintes de certains savants qui nous reprochaient de n'avoir pas apprécié leurs travaux comme ils méritaient de l'être. Dans un ouvrage de longue haleine, il est bien difficile de rendre justice à tout le monde ; s'il nous est arrivé d'attacher moins d'importance qu'il ne faudrait à certains travaux, nous espérons qu'au lieu de nous supposer quelque mauvaise intention on voudra bien attribuer ce malheur à la difficulté du travail. Du reste, quoique le commerce littéraire soit actuellement très-actif, nous n'hésitons pas à affirmer que les Italiens pourraient adresser aux savants étrangers bien des réclamations de ce genre. Cela tient à deux causes : la première est le nombre toujours croissant de ceux qui se livrent à ces recherches; il devient ainsi bien difficile de se tenir au courant de ces observations si multipliées: — la seconde est la multitude de langues dans lesquelles sont publiés les travaux modernes, ce qui augmente singulièrement la difficulté que présente leur étude.
L'Angleterre est représentée par un groupe exceptionnelle-
ment nombreux de savants qui étudient avec soin la Physique solaire; leur langue étant très-répandue, il est plus facile de se tenir au courant des résultats auxquels ils parviennent : aussi avons-nous largement puisé dans leurs publications, afin de rendre justice à chacun d'eux. Notre intention n'a cependant pas été de faire une simple compilation analogue à quelques ouvrages anglais. Il y a dans la Science deux branches essentielles et vitales : l'étude des faits et la recherche des liens qui les unissent. Les faits doivent être coordonnés de manière à éviter les redites, les anachronismes et cette multitude de détails qui sont importants dans un Mémoire original, mais qui, dans un Ouvrage d'ensemble, ne peuvent que produire la confusion dans l'esprit du lecteur, par la répétition d'une foule de circonstances particulières qui se retrouvent à peu près les mêmes dans toutes les observations. En faisant une compilation et pour ainsi dire un recueil de Mémoires, il est facile d'offrir au public de gros et beaux volumes ; mais on n'y retrouve point d'unité scientifique, et le développement des idées y est à chaque instant interrompu. Ces publications ont rendu de grands services ; mais notre travail n'est pas devenu pour cela inutile, car nous nous proposions un but différent, celui de coordonner d'une manière logique l'immense multitude de faits recueillis dans ces dernières années.
Nous ne nous sommes pas contenté de réunir ces faits et de les coordonner, nous avons aussi voulu les vérifier et en acquérir une connaissance directe et approfondie en les étudiant avec soin. Nous avons donc cherché à rendre justice aux sa-
vants en conservant à chacun ses droits de propriété; mais, en même temps, nous avons tenu à exposer les faits tels qu'ils se présentent à notre expérience personnelle; c'est ainsi que notre Ouvrage a pris un cachet particulier et original. On nous a accusé à ce propos d'avoir voulu persuader à nos lecteurs que nous avons porté seul tout le poids de la chaleur et du jour! Nous n'avons jamais eu cette prétention, nos lecteurs le savent bien; nous avons seulement voulu, tout en citant les découvertes des autres, décrire les phénomènes avec cette sûreté et cette précision que l'observation personnelle peut seule donner à un écrivain. L'expérience nous a trop bien appris qu'un grand nombre de discussions naissent et se compliquent outre mesure, parce qu'on n'observe pas assez les faits qui servent de fondement aux théories.
Du reste, après avoir rendu à chacun ce qui lui appartient, nous ne devons pas nous oublier nous-même ; on ne sera pas surpris, par exemple, si nous nous attribuons l'honneur d'avoir complété, avec des soins si assidus, certaines recherches à peine indiquées par leurs auteurs, qui s'en étaient détournés pour se livrer à d'autres travaux, plus brillants peut-être, mais non plus fertiles. D'ailleurs il y a tant de savants à notre époque, presque tous armés de puissants instruments, que plusieurs d'entre eux peuvent bien se rencontrer poursuivant les mêmes idées et découvrant les mêmes faits. L'étude de la Physique solaire a donné, il y a deux siècles et demi, un exemple frappant de ces coïncidences, exemple qui peut bien se renouveler de nos jours.
Avant de terminer cette Introduction, il me reste à rendre
hommage au traducteur et à l'éditeur qui ont concouru à notre œuvre. Le R. P. Larcher a bien voulu me venir en aide, cette fois encore, pour rendre mes idées avec cette précision et cette élégance qui caractérisent la langue française : je le prie d'accepter ici tous mes remercîments.
L'éditeur, M. Gauthier-Villars, a voulu faire un Ouvrage de premier ordre au point de vue typographique. Aux difficultés inhérentes à ce genre de travail s'ajoutait encore la nécessité de consulter souvent l'auteur, tant pour le texte que pour les figures, malgré la distance qui sépare Rome de Paris. Pour mener à bon terme une pareille entreprise, il fallait un dévouement peu commun, et le lecteur reconnaîtra qu'on n'a rien négligé pour réunir la précision et la clarté du langage, la beauté et l'élégance de l'exécution typographique, malgré les difficultés que présentaient le sujet et les circonstances. Je serai heureux si j'ai pu répondre au dévouement et à l'habileté de mes deux amis.
A. Secchi.